Sources et limites de la croissance

5. Les NTIC et la croissance

5.1. Les nouvelles technologies du point de vue de l'offre

Documents associés - Textes de référence

La contribution des nouvelles technologies à la croissance


IGNAZIO, VISCO, L’observateur de l’OCDE



 
 mis en ligne le 7 décembre 2000
 http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php3/aid=187

Les TIC contribuent à accroître les taux potentiels de croissance selon trois mécanismes. Le premier repose sur les secteurs producteurs de TIC eux-mêmes : ils contribuent directement à la croissance globale par le biais de leur production (de plus en plus efficiente). Le deuxième mécanisme passe par l'augmentation des investissements dans les TIC : ces derniers renforcent l'intensité capitalistique de la production de tous les secteurs économiques, en raison de la nette amélioration de la qualité et de la baisse des prix des équipements en TIC. Le troisième mécanisme réside dans les effets dits "induits" -- développement de l'Internet et du commerce électronique entre autres – qui sont susceptibles de réduire notablement les coûts des entreprises et d'améliorer leurs modes de gestion. Au niveau de l'économie globale, les économies et les gains d'efficience ainsi réalisés se traduisent par une expansion plus rapide de la composante de la croissance indépendante de l'augmentation de la quantité (et de la qualité) de travail et de capital physique utilisés dans le processus de production -- ce que les économistes appellent la croissance de la productivité multifactorielle.

La phase actuelle de "nouvelle" économie n'est pas sans précédents dans l'histoire économique. Bien au contraire. Les deux derniers siècles ont été marqués par une succession de progrès technologiques, tels que la révolution de l'électricité et l'invention du moteur à combustion interne. Le secteur des communications a bénéficié de découvertes aussi importantes que le télégraphe, le téléphone, ou bien sûr la radio et la télévision, sans même parler des moyens de transport. Tous ces changements ont transformé nos modes de vie. Mais ces "nouvelles économies du passé" ont-elles entraîné une accélération permanente de la croissance en longue période ? Telle est la question posée par les économistes.

Difficile d'y répondre, même si ces innovations ont permis d'améliorer sensiblement nos niveaux de vie. Dans un premier temps, l'introduction d'une nouvelle technologie peut très bien entraîner un ralentissement de la productivité et une réduction du taux de croissance économique. La diffusion d'une nouvelle technologie, ainsi que la réorganisation et le développement du capital humain qu'elle implique, s'opère selon un processus foncièrement pragmatique, impliquant son lot d'essais et d'erreurs. Par conséquent, le lien existant entre l'introduction d'une nouvelle technologie dans l'économie et ses effets sur la croissance de la productivité est tout sauf simple.

Ces effets finissent naturellement par se manifester, et les gains de productivité apparaissent alors dans les statistiques. Mais ces bénéfices ne sont durables qu'à une condition : d'autres forces que celles qui sont directement liées à l'accumulation de capital humain et physique doivent continuer à jouer, procurant à la collectivité des avantages globaux supérieurs aux coûts de l'innovation. Une innovation peut être mise en œuvre rapidement, mais il faut souvent un certain temps pour qu'elle porte ses fruits sur le plan social.

C'est là une partie du problème et c'est ainsi que peut s'expliquer le paradoxe de la productivité – le ralentissement observé pendant les années 70 et 80. Et, de l'avis de certains, il pourrait en aller de même pour la nouvelle économie dont on fait tant de cas aujourd'hui. Ont-ils raison ?