L'élargissement de la charge fiscale maximum tolérable est, selon A.T. Peacock et J. Wiseman (1967), une des conditions de l'accroissement des dépenses publiques. L'exemple de la France est une assez bonne illustration de cette thèse, avec une contradiction flagrante entre le principe du consentement à l'impôt et la réalité des prélèvements indolores.
Le consentement à l'impôt est l'une des caractéristiques fondatrices des démocraties modernes. C'est évidemment l'impôt à base déclarative qui correspond le mieux à ce principe puisqu'il manifeste une volonté de contribuer aux charges communes. En même temps, tout accroissement de l'impôt est directement perçu par le contribuable, ce qui peut entraîner des résistances.
Le seuil d'imposition pourra être d'autant plus facilement reculé que l'impôt sera rendu indolore. Il peut l'être de plusieurs façons.
D'abord en multipliant les impôts dont le rendement individuel est faible et qui sont donc peu contestés mais dont la somme entraîne des recettes fiscales significatives. Cette pratique, dont la France s'est fait une spécialité, est contraire au principe de transparence dans les relations entre les pouvoirs publics et les citoyens car, au final, on ne peut plus dire si la charge fiscale est répartie de façon juste ou non.
Ensuite, plus généralement, en agissant sur le système fiscal lui-même. On peut noter les points suivants :
1. L'impôt direct est indolore lorsqu'il est prélevé à la source et que l'entreprise se fait collecteur d'impôt. C'est le cas au Royaume-Uni. L'effet pervers est que les négociations salariales peuvent se focaliser sur le revenu net d'impôt.
2. En France, l'impôt direct est payé avec un décalage d'un an. Si les revenus augmentent, y compris du fait de l'inflation, le poids relatif de l'impôt est réduit.
3. La taxe sur la valeur ajoutée et la taxe intérieure sur les produits pétroliers ont la caractéristique d'être particulièrement indolores (sauf en cas d'augmentation brutale du prix du pétrole). C'est peut-être pour cette raison que les Etats-Unis sont un des rares pays à résister à l'attrait de la TVA.
4. Même si cela déborde un peu de l'analyse de l'impôt, on notera que, alors qu'elles représentaient un même pourcentage du salaire lors de leur création en 1928, les cotisations sociales employeurs ont augmenté beaucoup plus rapidement que les cotisations sociales salariés.
5. La contribution sociale généralisée a permis de créer un nouvel impôt proportionnel sur la base de transferts de ressources fiscales ou sociales. La CSG est indolore dans la mesure où elle est prélevée à la source.
Chacun sait que l'on a atteint un plafond dans le rendement de ces grands impôts modernes et qu'il existe une véritable résistance à l'accroissement de la pression fiscale. Les dépenses publiques, dont la demande est aussi insatiable que les dépenses privées, sont donc confrontées à un véritable effet de seuil. On est donc reporté vers l'efficacité de la dépense par rapport aux objectifs sociaux.