Politique monétaire

1. La production d'une monnaie honnête

1.1. Réfléchir en terme de "monnaie honnête"

Documents associés - Textes de référence

L'inflation, une responsabilité politique


Friedman, Milton (1969), Inflation et systèmes monétaires, Calmann-Lévy, coll. ''Agora", p. p. 49-68, extraits


La question de fonds consiste à se demander pourquoi la quantité de monnaie s'accroît plus vite que la production. Dans le passé, il est arrivé que ce phénomène se produise pour des raisons évidentes. C'est ainsi que les États-Unis ont connu une inflation importante au cours des quinze années qui ont précédé la guerre de Sécession, par suite des découvertes d'or réalisées en Californie en 1848. Une inflation mondiale de même ampleur a pu s'observer entre 1850 et 1860, du fait des découvertes d'or américaines et de celles réalisées en Australie à peu près à la même époque. On a enregistré une inflation mondiale entre 1890 et 1913, après que l'on ait découvert le procédé d'extraction de l'or par cyanuration pour les minerais à faible teneur, ce qui entraîna un accroissement important de la quantité de monnaie, à son tour répercutée sur les prix.
    
Toutefois, à l'époque moderne, de telles sources d'inflation sont très limitées, parce que nous sommes plus avisés que nos ancêtres et qu'au lieu de laisser la quantité de monnaie se fixer en fonction de l'or, cette relique barbare, nous en confions la responsabilité à la sagesse de nos conseillers de Washington. Aujourd'hui, les changements concernant la quantité de monnaie sont le résultat de la politique gouvernementale, ce qui revient à dire qu'à l'heure actuelle l'inflation des Etats-Unis se crée à Washington et nulle part ailleurs. Il est évident qu'aucun gouvernement n'aime se voir reprocher ses mauvaises actions. Il est tout prêt à tirer avantage des heureuses initiatives d'autrui, mais pas à admettre la responsabilité de ses erreurs. C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit d'inflation, le gouvernement accuse les Arabes d'avoir fait monter le prix du pétrole ou bien les dirigeants syndicaux d'avoir fait augmenter les salaires, quand il ne s'en prend pas à l'avidité des industriels ou aux catastrophes naturelles qui ont touché la production agricole.

Ce ne sont que de faux prétextes. Aucune de ces accusations n'a de lien réel avec l'inflation. Ces différents facteurs concernent les prix relatifs, c'est-à-dire le prix du pétrole par rapport à celui d'autres produits, ou le taux des salaires dans une branche par rapport à une autre, et ainsi de suite, mais aucun n'a d'impact fondamental sur l'inflation. Comme on peut le voir à partir des graphiques et à partir d'autres preuves empiriques, lorsque la quantité de monnaie augmente plus vite que le volume de la production, il y a un phénomène d'inflation, indépendamment de la crise du pétrole, des revendications syndicales ou de l'avidité des industriels. L'inflation est créée à Washington, par la faute du gouvernement.

Reste à savoir pourquoi. Comment se fait-il que le gouvernement, aux Etats-Unis ou ailleurs, laisse augmenter la quantité de monnaie plus rapidement que la production et soit par conséquent responsable de l'inflation ?

Bien entendu. Nous sommes capables de supporter un taux d'inflation illimité (…) Le problème de fond n'est pas l'inflation considérée d'un œil objectif. Ce qui compte, c'est de savoir si le taux d'inflation est anticipé ou non. Les gens sont prêts à s'adapter à pratiquement n'importe quoi. Prenez le cas du Chili de la belle époque – bien avant Allende – dont le taux d'inflation a été de 25% par an pendant une durée d'un siècle. Si vous vous adaptez, alors très bien, vous avez des taux d'intérêt de 30%, 40% par an ; tous vos contrats contiennent des clauses prévoyant des hausses, etc. Vous pouvez vous adapter pratiquement n'importe quel taux d'inflation. Le problème réel concerne la variation du taux d'inflation. C'est la source de nos maux actuels et cela le sera encore à l'avenir si nous continuons sur cette lancée.