Politique monétaire

1. La production d'une monnaie honnête

1.2. Les coûts économiques de l'inflation

Documents associés - Textes de référence

L'inflation oblige à s'endetter mais accroît les risques de l'endettement


Allais, Maurice (1977), L’impôt sur le capital et la réforme monétaire, Paris, Hermann, p. p. 174-175


L'apologue des deux marchands de clous de Nuremberg

Le déroulement de l'inflation et l'"illusion monétaire" peuvent conduire les entreprises à des situations très différentes suivant qu'elles ne financent pas, ou qu'elles financent, leurs activités par des emprunts. Ces deux situations peuvent être illustrées par un apologue: l'apologue des deux marchands de clous de Nuremberg.

La ruine par l'inflation du premier marchand de clous de Nuremberg qui n'emprunte pas

Au début de l'hyperinflation, un marchand de clous possède 10 000 kilos de clous dont chacun vaut 100 francs. Il les revend 200 francs le kilo et gagne ainsi un million mais quand il se réapprovisionne, le kilo de clous vaut 400 francs et il ne peut plus en acheter que 5 000 kilos. Dans la période suivante, il les revend 800 francs et gagne ainsi deux millions, mais, quand il se réapprovisionne, le kilo de clous vaut 1600 et il ne peut plus en acheter que 2 500 kilos, et ainsi de suite, jusqu'au moment où notre marchand de clous, après avoir gagné des sommes fabuleuses, n'a plus q'un clou… avec lequel il se pend.

L'enrichissement par l'inflation du second marchand de clous de Nuremberg qui emprunte

Au début de l'hyperinflation, un marchand de clous emprunte un million avec un taux d'intérêt de 10% avec lequel il achète 10 tonnes de clous au prix de 100 francs. Il les revend 200 francs le kilo, rembourse son emprunt en principal et intérêt et garde ainsi neuf cent mille francs, Les clous valent maintenant 40 francs le kilo mais il emprunte 6 millions au taux d'intérêt de 15% et peut ainsi acheter 17,25 tonnes de clous. Il les revend 800 francs le kilo et encaisse 13,8 millions. Il rembourse sa dette de 6,9 millions et il lui reste 6,9 millions. Le kilo de clou vaut maintenant 1 600 francs en gros, mais il emprunte 36 millions au taux d'intérêt de 42,9 et peut ainsi acheter 42,9/1,6 = 26 tonnes de clous et ainsi de suite. Notre marchand de clous est certes de plus en plus endetté en valeur nominale à des taux d'intérêt de plus en plus élevés, mais grâce à la hausse rapide des prix, ses gains sont de plus en plus élevés en valeur réelle, car son actif est constitué par des biens réels dont la valeur intrinsèque est préservée de l'inflation, alors que son passif est constitué par des dettes dont la valeur réelle ne cesse de diminuer avec elle.