L'experience rating est un mécanisme ancien aux Etats-Unis, mais qui relève de chaque Etat. Il a été généralisé dans les années 80. Toutefois, son application n'est pas uniforme. Différents systèmes subsistent, dont l'efficacité semble toutefois similaire.
L'experience rating consiste à faire supporter à chaque employeur les coûts générés par ses licenciements. Il ne s'agit pas d'un mécanisme fiscal, mais d'une méthode de calcul des cotisations sociales. En règle générale, l'administration prend en compte l'historique de l'entreprise depuis sa création, et applique un barème de calcul tenant compte du volume de licenciements de chaque employeur. Celui-ci ne supporte toutefois pas l'intégralité des coûts du licenciement. La démutualisation n'atteint en moyenne que 60 %.
Les économistes sont d'accord pour estimer que ce système est performant. Il empêche les comportements de cavalier clandestin. Sans l'experience rating, les employeurs licenciant beaucoup bénéficient de la mutualisation de l'assurance-chômage. Il y alors une subvention implicite au profit de l'entreprise qui licencie. Plus compétitive, elle peut alors offrir des salaires plus élevés. L'experience rating semble diminuer le niveau de l'emploi en haut du cycle économique, mais diminuer plus encore le chômage en bas du cycle. Certains économistes considèrent que le niveau de l'emploi annuel augmenterait de 4,3 % si l'experience rating était parfaitement appliqué (c'est-à-dire si les employeurs assumaient la totalité des coûts des licenciements).
La validité du modèle dépend toutefois de variables propres au marché du travail américain. Les auteurs de cet article soulignent en particulier les spécificités de l'indemnisation du chômage outre-Atlantique. Elle est beaucoup moins élevée et beaucoup moins longue qu'en France, ce qui fait que l'experience rating ne nuit pas démesurément à la compétitivité des entreprises. D'autant que le chômage de longue durée y est beaucoup moins fréquent, ce qui diminue d'autant le coût à supporter pour les entreprises. Ces quelques remarques sur la spécificité du marché du travail américain permettent de comprendre pourquoi le CAE et Pierre Cahuc proposent non pas l'importation du modèle américain, mais la création d'un système voisin, plus spécifique au marché du travail français.