La rationalisation des choix budgétaires visait à réaliser un budget de programmes et non de moyens, sur le modèle des démarches Planning Programming Budgeting System (PPBS) engagées à l'étranger et notamment aux États-Unis. Cette méthode proposée par R. Mac Namara, ministre de la Défense, consiste à fixer des objectifs de moyen terme à l'action publique, puis à établir des programmes d'actions pluriannuels et à les traduire en tranches budgétaires annuelles avec un suivi de leur exécution. La pertinence des actions engagée est appréhendée à partir du corpus microéconomique. La mise en oeuvre de celui-ci s'avère toutefois délicate car les politiques à évaluer sont complexes, les données manquent, les outils d'évaluation sont parfois insuffisants. Ces difficultés conduisent à réformer le PPBS aux États-Unis mais il a cependant ouvert la voie à un processus d'approfondissement de l'évaluation institutionnelle, en liaison avec le monde universitaire, qui continue encore aujourd'hui.
En France, la réforme est pilotée par la Direction du budget du ministère des Finances qui la fonde sur le volontariat : des incitations financières (crédits du chapitre 37-93) visent à stimuler des travaux d'évaluation au sein de l'administration, ces travaux sont suivis par une commission interministérielle RCB. La réforme ne débouche cependant pas sur une véritable optimisation des dépenses publiques car le cadre budgétaire n'évolue pas : les budgets de programmes réalisés dans le cadre de la RCB ne constituent qu'un appendice à la procédure budgétaire classique qui continue à se dérouler dans le cadre défini par l'ordonnance de 1959. Le Parlement, qui n'a pas été impliqué en amont dans la réforme, ne se saisit pas des études réalisées. Faute de débouchés, la RCB périclite et se réduit à des crédits d'études gérés par les « cellules RCB » créées au sein de chaque ministère. La RCB n'en a pas moins suscité un développement substantiel des études et recherches à caractère évaluatif au sein des administrations (500 études mises en chantier, dont quarante études lourdes à caractère interministériel, Concorde, RER, sécurité routière, périnatalité, etc.).
La rationalisation des choix budgétaires, née de la convergence entre une volonté du monde politique de progresser vers une bonne gestion publique et une appétence des ingénieurs-économistes de la sphère administrative pour le calcul économique(5), échoue donc. La prédominance d'une vision tutélaire de la dépense publique par le ministère des Finances a sans doute freiné l'instauration d'une démarche de partenariat avec les ministères dépensiers (objectifs des politiques, indicateurs…) ainsi qu'avec le Parlement. De cette période est resté un certain scepticisme sur la possibilité d'établir un lien direct et contraignant entre le résultat des évaluations et les décisions budgétaires.