Conflits et mobilisation sociale

1. Mutations du travail et conflits sociaux

1.1. Conflits et mobilisation sociale

Documents associés - Textes de référence

L'embourgeoisement des ouvriers


Lockwood J. et Goldthorpe D., ((1972)), L'Ouvrier de l'abondance, Paris (1968-1969), Seuil, p. 211 et suiv.



cité par Bosc, Serge ((1993)), Stratification et classes sociales. La société française en mutation, Paris, Nathan, p. 148-149


La thèse de l' embourgeoisement [...] surestime sérieusement les changements dans la stratification sociale qui ont accompagné la croissance des économies industrielles [...].

 

(Est-il) bien justifié d'accorder une telle importance à l'accroissement de l'aisance matérielle et à l'évolution des modes de résidence en zone urbaine, en tant que facteurs susceptibles d'entraîner à eux seuls une restructuration radicale de la hiérarchie des strates sociales ? Ces changements peuvent sans aucun doute influencer très profondément les conditions et l'environnement matériels des membres de la classe ouvrière. Ils modifieront par exemple les revenus, les types de maison, les lieux de résidence, etc. Mais, au sens où nous l'entendons, la stratification est avant tout une question de relations sociales, qui seront indiscutablement appelées à se transformer ; mais cela n'entraînera pas nécessairement un changement dans la structure des classes et des statuts, ni dans les positions occupées par les individus ou les groupes à l'intérieur de ces structures. Un ouvrier d'usine peut voir son niveau de vie doubler et cependant rester quelqu'un qui vend son travail à un employeur en échange d'un salaire ; il peut travailler à un pupitre de commande plutôt que dans une chaîne d'assemblage, tout en demeurant un rouage secondaire dans l'organisation de la production ; il peut habiter sa propre maison, dans un quartier ou dans une banlieue où prédominent les classes moyennes, sans s'insérer pour autant dans l'univers social des cols blancs. En résumé, les rapports de classe et de statut n'évoluent pas obligatoirement en fonction des changements dans l'infrastructure économique, technologique et écologique de la vie sociale [...].

Par contre on peut observer une « convergence normative » entre certains groupes de manuels et de non-manuels, ce qui constitue une interprétation plus plausible que celle de l'embourgeoisement pour expliquer les changements survenant aux zones frontières de la classe ouvrière et des classes moyennes.

 

Chez les cols blancs, ce processus implique essentiellement une évolution de leur individualisme traditionnel vers une plus grande confiance dans les moyens collectifs pour réaliser leurs objectifs économiques ; il se manifeste chez les travailleurs manuels par l'abandon d'une forme de vie sociale orientée vers la communauté, la famille et son avenir devenant alors les préoccupations principales. On peut parler à cet égard de privatisation des modes de vie.