Politique budgétaire

1. Fondements et mécanismes de la politique budgétaire

1.1. Les cycles de l'activité économique

Documents associés - Illlustrations

L'appréhension statistique du cycle


Ladiray, Dominique (2003), "Conjoncture, statistique et économétrie", Economie et Prévision, 359-360, avril, p. 4-5

Disponible sur le site de l'Insee



La notion de "cycle économique" et les différentes questions sur sa nature, son estimation, ses liens avec les cycles de la théorie économique, sont intimement liées à l'histoire et au développement de l'économétrie et de l'analyse de la conjoncture. […]

La "définition" du cycle économique la plus citée dans la littérature économique a été proposée par Burns et Mitchell en 1946 [1] : "Les cycles économiques désignent un type de fluctuations qui affectent l'activité générale des pays dans lesquels la production est essentiellement le fait d'entreprises privées. Un cycle est constitué d'expansions qui se produisent à peu près au même moment dans de nombreuses branches de l'activité, expansions qui sont suivies par des phases de récessions, des contractions et des reprises, qui affectent elles aussi l'ensemble des activités économiques, les reprises débouchant sur la phase d'expansion du cycle suivant. Cette suite de phases n'est pas périodique (au sens strict du terme) mais seulement récurrente ; la durée des cycles d'affaires varie entre plus d'un an et dix ou douze ans ...".

Plus que d'une définition, il s'agit plutôt d'un ensemble de caractéristiques. Il est cependant possible d'exploiter cette idée de phénomène commun à plusieurs variables économiques, pour proposer une estimation du cycle. C'est l'optique suivie par Lenglart et al., Bouton et al. qui utilisent une analyse factorielle pour extraire ce facteur commun, assimilé au cycle économique. Le défaut majeur de cette approche, souligné par Koopmans en 1947 dans un article célèbre ("Mesure sans Théorie") est que ce cycle n'a a priori aucun lien avec la théorie économique. Une alternative, et c'est l'optique retenue par Bentoglio et al., est de définir le cycle économique global comme la somme de deux cycles identifiés par la théorie économique : un cycle court correspondant aux variations de stocks et un cycle plus long lié à l'investissement. Mais ce choix, pour important qu'il soit, ne constitue que la première étape du travail. Pour pouvoir faire son estimation du cycle, le conjoncturiste va aussi devoir choisir les variables observées sur lesquelles baser l'estimation (PIB, enquêtes de conjoncture dans les services, l'industrie, etc.), choisir une technique d'estimation […], préciser le cas échéant la forme du cycle ou l'algorithme d'estimation. Et chaque choix conduira à une appréciation différente du cycle économique.
Voilà la principale difficulté du travail de conjoncturiste : pour commenter l'évolution récente de l'économie et évaluer la situation présente, il doit situer cette économie dans un cycle qu'il ne peut pas directement observer et dont il n'existe pas de définition consensuelle. Pour résoudre ce problème, l'analyse conjoncturelle repose sur un savoir-faire, mélange de pragmatisme et de technicité, dans lequel la modélisation joue un grand rôle.



[1] Burns A. F. et Mitchell W.C. (1946), Measuring Business Cycles, NBER.