Politique agricole

3. L'agriculture face à la mondialisation

3.3. Les formes de résistance nationale des pays développés

Documents associés - Textes de référence

L'agriculture et la mise en valeur des ressources de l'espace rural


MAHE, Louis-Pascal, ORTALO-MAGNE, François, (2001), Politique agricole : un modèle européen, Paris, Presses de Sciences Po, p. 212-214


L'autre vocation de l'agriculture tient de sa liaison privilégiée et quasi fatale avec l'espace, dans un contexte historique où la technologie agricole et les opportunités de revenus externes au secteur conduisent à la baisse de la densité de la population agricole et au développement de la pluriactivité chez les ménages d'agriculteurs. L'agriculture ne peut plus être le seul support d'une densité de population suffisante pour maintenir un tissu social assez dense pour assurer la fourniture de proximité immédiate des services collectifs et pour nourrir l'animation sociale. Ces services sont pourtant indispensables pour procurer aux populations rurales les conditions de vie suffisantes pour éviter la désertion des campagnes. Dans la plupart des zones agricoles et rurales profondes, seules les autres activités économiques et la demande résidentielle ou récréative liée aux emplois dans les pôles ruraux ou au tourisme pourront maintenir une population rurale durable. La vie sociale des campagnes sera organisée de toute façon autour des pôles ruraux d'urbanisation, pour son animation et la fourniture des services collectifs.

Toute politique d'installation en décalage avec les fondamentaux économiques n'aura que des effets temporaires et très modestes sur le tissu rural, sauf dans les zones qui sont menacées de désertion par un processus cumulatif d'effondrement du tissu social et économique portant aussi sur l'agriculture. Une politique de soutien des prix couplés aux volumes de production agricole non seulement sera sans effet durable sur le développement mais elle aura des effets pervers par la concentration des exploitations qu'elle entraînera en donnant des capacités d'épargne et d'investissement difficiles à justifier aux exploitations déjà les plus grandes. La loi d'orientation fait également et à juste titre ce constat en soulignant les risques de déséquilibres territoriaux et renforce assez nettement le dispositif de la politique des structures en privilégiant l'installation d'unités viables par rapport aux stratégies d'agrandissement que l'on a vu s'amplifier récemment. On est conduit à penser que ce dispositif sera peu opératoire si les aides restent couplées aux volumes produits ou aux tailles d'exploitation car elles vont conforter la pression à l'agrandissement et renchérir le coût de l'installation. Elles vont entretenir une force contradictoire à la politique structurelle. Le maintien des incitations financières indirectes à l'agrandissement continuera alors de nourrir la concentration et l'hétérogénéité structurelle qu'il sera bien difficile de contrecarrer par une politique volontariste des structures.

Dans l'Agenda 2000, la Commission européenne reconnaît plus explicitement la nécessité de fonder le maintien du tissu économique et social des campagnes sur une diversification des activités des agriculteurs et de leurs familles "en tirant parti de toutes les possibilités qui s'offrent aux entrepreneurs du monde rural". Cette approche nous semble plus réaliste, c'est pourquoi nous avons proposé de réorienter les aides actuelles, de l'agriculture productive, par ailleurs affranchie de contraintes excessives par le biais du zonage, vers la mise en valeur des zones protégées de façon à en renforcer l'attractivité résidentielle ou récréative, tout en favorisant le développement économique des pôles ruraux sur la base d'activités en harmonie avec leurs atouts économiques fondamentaux.