James Tobin (1918 - 2002)

Prix Nobel 1981 (Etats-Unis)

James Tobin est né en 1918 aux Etats-Unis, dans l'Illinois, d'un père journaliste et d'une mère assistante sociale. Il accomplit de brillantes études à l'Université d'Harvard où il obtient un doctorat. Il comptera notamment Joseph Schumpeter comme  professeur. Il découvre dès 1936 l'ouvrage fondamental de Keynes, la théorie générale, qui aura une influence majeure sur sa vision de l'économie.
James Tobin sera ainsi toute sa vie un farouche opposant des monétaristes qui, dès les années 1950, montent en puissance sous l'égide de l'Ecole de Chicago de Milton Friedman. A l'issue de la guerre, il obtient un poste de professeur d'économie à Yale, poste qu'il occupera jusqu'en 1988. En 1961-62, il est l'un des trois membres du Conseil économique de la présidence Kennedy. Il participe à cette occasion à la mise au point d'une politique de taxation et de dépenses publiques qui permettra au taux de chômage américain d'atteindre l'un de ses niveaux les plus faibles depuis 1945. Il devient président de l'American Economic Association en 1970.

Lors d'une conférence à l'Université de Princeton en 1972, il propose la création d'une taxe de 0,1 % sur les opérations de change afin de lutter contre la spéculation monétaire et de réguler les marchés. Ainsi est née la "taxe Tobin", qui sera ensuite détournée – malgré son opposition – par les groupes anti-mondialisation tels qu'ATTAC, pour en faire un argument tiers-mondiste.
L'Académie Nobel rendra hommage à ses travaux sur l'offre de monnaie et à sa "théorie de sélection de portefeuille". Cette dernière analyse les décisions des agents qui possèdent des actifs réels et financiers, tout en souscrivant des emprunts. Tobin y développe son "théorème de séparation", en soulignant que les décisions résultent d'un arbitrage entre la prise de risque et le taux de rendement anticipé. Quel que soit le niveau du risque encouru par l'agent, le taux de rendement le plus élevé est obtenu en combinant un portefeuille avec un emprunt ou un prêt. L'agent place donc ses fonds en commençant par choisir un portefeuille d'actions, qu'il complète par un emprunt ou prêt correspondant au risque qu'il est en mesure de supporter.

Tobin s'intéresse également aux effets des variations de la valeur réelle des actifs financiers sur les décisions de consommation et d'investissement, en arguant que l'investissement ne dépend pas seulement du niveau des taux d'intérêt. Selon lui, il est fonction du ratio de la valeur marchande de la dette et des fonds propres de l'entreprise sur le coût de remplacement des actifs : c'est le fameux "ratio Q de Tobin". Lorsque la valeur du matériel excède son coût de remplacement (ratio >1), les entreprises ont intérêt à investir. Dans le cas inverse, il peut être préférable d'acquérir des actifs par voie de croissance externe (fusions) plutôt que de les acheter directement.

D'autre part, Tobin tente d'analyser les mécanismes de formation des salaires, en montrant qu'en raison de leur manque de flexibilité à court terme, une variation de la demande de biens ou de travail résulte en une variation de l'emploi supérieure à celle des prix et des salaires.

Principales publications

(1998), Money, Credit and Capital, avec S. Golub, Irwin Mac Graw Hill
(1996), Full Employment and Growth, Edward Elgar, 1996
(1990), “One or two cheers for « the Invisible Hand »”, Dissent, 229-36, Printemps
(1987), Policies for prosperity : Essays in a Keynesian Mode, MIT Press
(1974), The New Economics One Decade Older, Princeton University Press
(1972), Essays in economics, Markham, North Holland & MIT Press
(1966), National economic policy, Yale University Press
(1958), “Liquidity preference as behavior towards risk”, Review of Economic Studies 25, n° 67, 124-31