http://www.lobbying-europe.com/ (“Interviews”)
"Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre société et la nature de vos activités ?
Euralia est une société de Conseil en Affaires européennes que j'ai créée début 1993 à Paris puis développée assez rapidement à Bruxelles où l'essentiel de notre équipe est installée. J'ai exercé une grande partie de ma carrière dans le secteur bancaire et financier, notamment comme Secrétaire Général du Groupement des Cartes Bancaires. Mon expérience avec les Institutions européennes, Commission et Parlement, à l'occasion de dossiers délicats de promotion de la monétique européenne, mais aussi de droit de la concurrence, m'a permis de comprendre précisément l'environnement et les processus de décision communautaire.
Après une sérieuse étude de marché à Bruxelles et une réflexion sur la stratégie à mener, j'ai donc décidé de fonder ma propre société qui s'est structurée par métiers et internationalisée avec un réseau de partenaires. Euralia se définit volontiers comme "Ambassadeur des entreprises à Bruxelles". Ceci recouvre plusieurs activités très complémentaires. La "Veille" politique, réglementaire et normative ou Monitoring, tout d'abord, qui est à la base du métier de Conseil. Cette connaissance précise "en amont" des enjeux et acteurs permet de construire une stratégie solide et une tactique efficace pour optimiser l'impact du message préparé avec notre client, et ce, au bon moment du processus législatif. Cette deuxième activité, qualifiée de lobbying, est un art difficile fait d'imagination mais aussi de beaucoup de rigueur et d'une déontologie irréprochable. Les consultants d'Euralia y sont très attachés. L'identification des projets européens et l'assistance technique aux présentations de soumissions constituent un troisième volet d'intervention que les entreprises recherchent activement. (…) La communication et les relations Presse avec un nouveau pôle de services récemment créé, représentent la quatrième activité qui vient compléter tout naturellement les actions de lobbying. Les aspects de dissémination et de promotion sont également fréquents dans les projets européens de Recherche & Développement. Enfin, la formation des Dirigeants et cadres aux rouages communautaires et aux enjeux représentés par l'achèvement du Marché intérieur, est dispensée par des consultants d'Euralia France à des grands groupes ou associations professionnelles lesquels deviennent d'ailleurs souvent clients, à l'issue de nos interventions. (…)
Sur quel type de problématiques travaillez-vous particulièrement ?
Compte tenu de mon passé de banquier, vous ne serez pas étonné que nous représentions à Bruxelles plusieurs associations bancaires et financières ainsi que des établissements de crédit. Dans ce secteur, la réglementation est en pleine mouvance et les enjeux sont considérables. Les nouvelles techniques financières et le développement du commerce électronique amènent également la Commission et le Parlement à préparer un nouveau cadre réglementaire en Europe.
Nous nous sommes également fait une spécialité du suivi des nouvelles technologies, en particulier les applications de la carte à puce dans de nombreux domaines. Les conséquences industrielles au niveau des normes et de la Recherche-Développement ainsi que les enjeux au plan commercial et politique des consommateurs, justifient une relation étroite avec la Commission et les Parlementaires.
Euralia est aussi très "pointue" dans le secteur des vins et spiritueux ainsi que dans le domaine de la propriété intellectuelle, notamment la lutte contre la contrefaçon. Ceci est un "héritag " du cabinet Philippe Guérin et Associés qu'Euralia a acquis en 1996 à Bruxelles. Enfin, on ne peut oublier l'environnement qui est un des grands enjeux de société et concerne quasiment tous les secteurs d'activités. Le Parlement est particulièrement sensible à ces questions. Pour une société de Conseil comme la nôtre, il convient de savoir écouter, respecter les points de vue et, bien entendu, faire preuve de conviction pour les causes que nous défendons.
Comment voyez-vous l'avenir du lobbying "à la française" ?
Je n'ai pas le sentiment personnel que notre société de Conseil se distingue des autres cabinets anglo-saxons par une approche très différente des problèmes. C'est surtout l'organisation des "grands" cabinets de Public Affairs américains ou britanniques qui diffère de sociétés plus petites comme Euralia. Ces cabinets appartiennent souvent à de grands groupes de communication, dont l'activité essentielle est consacrée à la publicité et qui souhaitent offrir un service " Corporate " à leurs grands clients. Je suis cependant étonné par le nombre limité de cabinets français implantés à Bruxelles et suffisamment structurés avec une équipe de consultants à même de répondre aux nombreuses préoccupations des clients, entreprises ou associations. Pour réussir dans ce métier, il me semble impératif d'être à Bruxelles et de "vivre" Bruxelles. Malgré les 14 Thalys par jour, rien ne remplace cette présence et cette visibilité permanente (…).
Pouvez-vous nous parler de la " démarche club " dont vous êtes l'initiateur ?
Pour prolonger mes propos, il m'apparaît, ainsi qu'à certains de mes confrères bruxellois, que nous avons à promouvoir cette spécificité. Nous projetons ainsi de lancer un Cercle des conseils en affaires européennes qui permettra de renforcer notre visibilité auprès de groupes et d'associations françaises désireux de mieux suivre l'environnement communautaire et de recourir aux services de nos sociétés.
Par ailleurs, notre profession doit obéir à des règles de transparence et d'intégrité strictes, ce qui implique une réflexion en commun sur notre déontologie et nos comportements. Vis à vis des Institutions européennes, des futurs États membres mais aussi de nos propres clients, la capacité à traiter des questions complexes, à mettre en œuvre des stratégies de communication, mais aussi à appliquer des règles et des comportements clairs, y compris au niveau des honoraires, me semble une des clés du succès d'un métier d'avenir.
Pourquoi les lobbyistes n'osent pas dire qu'ils sont lobbyistes ?
Effectivement, j'ai constaté depuis plusieurs années que les lobbyistes français répugnaient eux même, à utiliser le terme de " lobbyistes". C'est d'ailleurs un titre que vous ne verrez jamais sur une carte de visite. Ils vous diront qu'ils sont "responsables des relations institutionnelles", "chargés des relations avec le Parlement", "responsables des relations européennes" ou "chargés de mission".
Mais les Anglo-saxons eux même, préféreront se présenter en tant que " gouvernmental affairs", "corporate affairs" ou "public affairs". Quand on en parle à Paris, c'est toujours à voix basse, sourire en coin et col remonté. Mais à Bruxelles, que les entreprises françaises le veuillent ou non, le « lobbying » a pignon sur rue. Mieux, c'est une véritable institution, que plébiscite la Commission, car avec ses 10 000 fonctionnaires, elle en a besoin pour élaborer la montagne de législation de 377 millions de citoyens. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : dans la capitale politique de l'Union européenne, il y a autant de fonctionnaires que... de lobbyistes."