Politique monétaire

3. Les règles de la politique monétaire

3.2. L'indépendance de la banque centrale : qui gardera les gardiens ?

Documents associés - Textes de référence

Indépendance de la Banque centrale : la recette miracle contre l'inflation ?


Barro, Robert (1997), Les facteurs de la croissance économique, une analyse transversale par pays, Paris, coll. ''Economica"


Une source prometteuse d'instruments pour lutter contre l'inflation réside dans l'existence de réserves légales garantissant plus ou moins l'indépendance de la banque centrale. Une littérature récente (…) soutient qu'un degré supérieur d'indépendance conduit à des taux moyens de croissance monétaire et d'inflation plus faibles, et à une stabilité monétaire plus grande. L'indépendance aiderait la banque centrale à s'engager de toutes ses forces en faveur de la stabilité des prix, et par là à contenir l'inflation à un faible niveau. Cette vision repose sur l'hypothèse d'une forte préférence des responsables de cette banque centrale en faveur d'une faible inflation. Alesina et Summers (1993) ont trouvé une relation négative étonnante pour seize pays développés entre 1955 et 1988, entre un indicateur du degré d'indépendance de la banque centrale et la moyenne et la variance de l'inflation. Dans ce contexte, l'indépendance de la banque centrale offre un pouvoir explicatif important de l'inflation. (…)

Le résultat de Alesina-Summers (1993) montrant un lien négatif entre l'inflation et l'indépendance de la banque centrale se révèle être très fragile. Dans leur échantillon de seize pays développés, la corrélation entre l'inflation moyenne (entre 1960 et 1990) et leur mesure de l'indépendance est - 0,82. Si l'on garde leur échantillon mais que l'on se tourne vers l'indicateur apparemment plus précis de l'indépendance fondé sur l'information de Cukierman (1992), la corrélation baisse alors à - 0,59. Si l'on reste attaché aux pays développés mais qu'on élargit l'échantillon aux vingt-trois pays de l'OCDE pour lesquels Cukierman a des données relatives à l'indépendance, l'ampleur de la corrélation diminue jusqu'à - 0,18 (l'Islande est particulièrement gênante dans cet échantillon.) Enfin, si l'on considère l'échantillon complet de soixante-sept pays ayant des données (…), la corrélation devient quasiment nulle (- 0,02).

Ce résultat négatif relatif au rôle de l'indépendance de la banque centrale suggère qu'une faible inflation ne peut être obtenue en instituant simplement des changements légaux destinés à promouvoir une banque centrale plus indépendante. Ce résultat signifie donc aussi que nous devons chercher d'autres instruments pour clarifier la relation entre la croissance et l'inflation.