disponible sur
www.cae.gouv.fr/rapports/dl/38.pdf
La règle générale est de définir comme objectif principal, et souvent unique, le taux d'inflation à moyen terme. Cet objectif est parfois permanent, parfois défini pour les deux ou trois années à venir avec l'intention de l'abaisser graduellement. Le tableau ci-dessous résume la situation actuelle et indique également la date d'adoption de cette stratégie. L'adoption de cette approche a été graduelle tout au long des années quatre-vingt-dix, puis s'est accélérée à partir de 1998.
Parmi les pays dont le taux d'inflation est bas, l'objectif est en moyenne de l'ordre de 2%. Cet objectif est parfois formulé comme une fourchette, parfois comme un taux unique et, souvent, accompagné d'une marge de tolérance de l'ordre de 2 à 3%. Ce tableau présente également la performance réalisée (moyenne et écart-type) depuis l'année d'adoption de la stratégie de ciblage jusqu'en 2001. Dans l'ensemble, et bien que la période d'observation soit souvent trop brève pour être significative, la performance est très honorable.
Pratiquement toutes les banques centrales utilisent comme instrument le taux d'intérêt à court terme [1]. Suivant les pays, ce sont des taux qui vont d'une maturité de 24 heures à 15 jours, voire à un mois. La raison de ce choix est simple : c'est le seul taux qu'une banque centrale peut effectivement contrôler de manière sûre. En effet les actifs de très court terme sont très proches de la monnaie (liquidité), et la banque centrale a un monopole pour l'émission de monnaie. En contrôlant l'offre de liquidité, la banque centrale exerce une influence décisive sur les taux courts. En revanche, au fur et à mesure que la maturité augmente, les taux incorporent les anticipations du marché (taux courts futurs, inflation, change) et échappent de ce fait au contrôle de la banque centrale.
Cependant, mis à part quelques pays où des circonstances spéciales leur donnent un rôle important, les taux courts n'ont qu'un impact indirect sur l'économie. La revue des canaux (…) indique, en effet, que la politique monétaire agit indirectement, et que les anticipations jouent un rôle essentiel. L'efficacité de la politique monétaire ne dépend donc pas seulement de la précision du contrôle des taux courts, mais aussi de la capacité de la banque centrale à affecter les anticipations des marchés financiers.
Une mesure simple – et imparfaite – de la capacité d'une banque centrale à affecter les anticipations est l'effet des taux courts, qu'elle contrôle, sur les taux longs, qui sont déterminés par les marchés. Le tableau ci-dessous présente cet effet pour quatre banques centrales qui ne pratiquent pas le ciblage de l'inflation (BCE, Bundesbank, Banque du Japon et Réserve fédérale) et trois banques centrales qui ont adopté le ciblage (Réserve de Nouvelle-Zélande, Banque d'Australie et Banque d'Angleterre). L'effet s'est accru après l'adoption du ciblage en Australie et Nouvelle-Zélande, mais pas au Royaume-Uni. La précision du contrôle des taux longs n'est pas clairement inférieure dans les pays qui ne pratiquent pas le ciblage, mais elle est la plus faible dans la zone euro et était assez basse en Allemagne.
En définitive, s'il n'est pas clairement établi que le ciblage de l'inflation assure aux autorités monétaires un impact plus puissant, il est probable qu'une définition claire des objectifs et de l'utilisation de l'instrument améliore la capacité d'une banque centrale à influencer les anticipations de marché. Cette question soulève immédiatement celle de la manière dont les choix des autorités monétaires sont présentés et expliqués.
[1] Jusque vers la fin des années soixante-dix, de nombreuses banques centrales, dont la Banque de France, contrôlaient directement le volume du crédit bancaire au moyen de procédures de rationnement. Cette approche a donné des résultats très insatisfaisants. Le coût du crédit, le taux d'intérêt, ne reflétait pas des conditions de marché, et servait donc de signal erroné. Plus grave encore, la demande étant rationnée, la distribution du crédit ne se faisait pas nécessairement vers les utilisateurs les mieux à même d'en tirer le meilleur parti. En fait, l'Etat avait priorité, produisant un puissant effet d'éviction. Cette pratique a été abandonnée, universellement ou presque.