Politique agricole

1. L'agriculture face au marché

1.3. La menace de mise en culture de nouvelles terres est constante

Documents associés - Textes de référence

Expansion future des terres avec et sans irrigation


ALEXANDRATOS, Nikos (1995), Agriculture mondiale : horizon 2010, Rome, FAO, p. 139,140


La superficie cultivée dans les pays en développement (Chine non comprise) pourra passer des 760 millions d'ha de 1988/90 à 850 millions d'ha en 2010, soit une augmentation de 90 millions d'ha (…). Cet accroissement se situera essentiellement en Afrique sub-saharienne (42 millions d'ha […]) et dans la région Amérique latine/Caraïbes (27 millions d'ha […]). Il y aura aussi un certain accroissement en Asie de l'Est, mais presque pas en Asie du Sud ni au Proche-Orient/Afrique du Nord.
(…)

On peut formuler les observations ci-après :

a)    Même si l'accroissement des terres arables ne dépasse pas 90 millions d'ha, celui des superficies récoltées pourrait atteindre 124 millions d'ha à cause de l'augmentation de l'intensité de culture qui, selon les projections, atteindrait en moyenne 85 pour cent en 2010 pour toutes les classes de terre, contre 79 pour cent en 1988/90. L'accroissement des intensités de culture et la réduction des jachères est un phénomène bien connu, encore qu'on ne dispose pas de séries rétrospectives de données complètes et homogènes, qui accompagne l'intensification de l'agriculture et reflète notamment l'accroissement de la densité démographique et celui de la proportion des terres irriguées. L'intensité de culture augmente aussi en agriculture pluviale et cette augmentation se poursuivra à des rythmes différents selon les régions et les classes de terre. (…)

b)    Les superficies irriguées pourraient augmenter dans les pays en développement de 23 millions d'ha ou 19 pour cent. Il s'agit d'une augmentation nette, c'est à dire s'ajoutant à la superficie des terres irriguées qui doivent être remises en état ou remplacées par de nouveaux périmètres parce que rendues inutilisables par des pénuries d'eau ou par la salinisation. Il n'a pas été possible de projeter les pertes de terres irriguées. Les rares données dont on dispose pour le passé sont trop incertaines et anecdotiques pour permettre des extrapolations fiables. (…)

c)    Les projections utilisées ici en ce qui concerne l'irrigation sont fondées sur ce que l'on sait des plans d'expansion de l'irrigation dans les différents pays, du potentiel d'expansion et de la nécessité d'accroître la production végétale. Elles comprennent certains projets locaux (gérés par les communautés) qui jouent un rôle important en Afrique sub-saharienne. L'intensité de culture dans les terres irriguées continuerait d'augmenter, en particulier dans les régions pauvres en terre, de sorte que la superficie irriguée récoltée augmenterait de 45 millions d'ha alors que la superficie arable (physique) irriguée n'augmenterait que de 23 millions d'ha. L'accroissement projeté de la superficie irriguée est bien inférieur aux 40 millions d'ha des vingt années précédentes, surtout en valeur relative puisqu'il n'atteindra que 0,8 pour cent par an, contre 2,2 pour cent pendant les années 70 et 1,9 pour cent pendant les années 80. Ce ralentissement tient à la pénurie de plus en plus sévère d'eau, au coût croissant des équipements pour l'irrigation et au ralentissement prévu de la production agricole.
 
d)    Il ne faut pas oublier que l'expansion de l'irrigation ne se fait pas nécessairement au dépens des "réserves" de terres aptes à l'agriculture pluviale puisqu'elle peut rendre exploitables des terres arides et hyper-arides qui ne sont comprises dans le total des terres aptes aux cultures que si elles ont actuellement irriguées. Dans certaines régions et certains pays, les terres arides et hyper-arides irriguées représentent une partie importante des terres actuellement cultivées (environ 1/5 au Proche-Orient/Afrique du Nord). Globalement, la prise en compte de ces terres ajoute 36 millions d'ha au chiffre estimatif des terres aptes à l'agriculture dans les pays en développement (…).