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Le terme méthodes de macro-modélisation est utilisé dans le Manuel pour désigner les méthodes qui produisent une estimation de la totalité de l'ENO, au moyen d'un modèle unique. Ces méthodes sont évoquées dans le Manuel, sans être pour autant considérées comme utiles pour obtenir des estimations exhaustives du PIB ou pour évaluer la production souterraine. Elles tendent au contraire à aboutir à des mesures singulièrement élevées, qui – bien qu'elles ne reposent sur aucune base scientifique solide – retiennent considérablement l'attention des milieux politiques et de la presse.
Le graphique ci-dessous a été réalisé à partir d'un récent document de travail du Fonds monétaire international (FMI)1, qui passait en revue des estimations de "l'économie de l'ombre" obtenues à l'aide de méthodes de macromodélisation dans divers pays du monde. Hormis pour la Pologne et la Hongrie, ces estimations ont été obtenues à l'aide d'un modèle monétaire. Il existe plusieurs versions de ce modèle, mais l'idée fondamentale sur laquelle elles reposent est que les transactions de "l'économie de l'ombre" se règlent exclusivement en espèces, si bien que toute augmentation du ratio entre avoirs liquides et dépôts ne correspondant pas à un changement explicable par des facteurs tels que les taux d'intérêt, l'évolution des habitudes de paiement ou la hausse des niveaux de revenu, est due à la croissance de "l'économie de l'ombre". Ce modèle ne mesurant que le changement de taille de "l'économie de l'ombre", il faut ensuite formuler des hypothèses quant à la taille de cette économie à un moment donné de la période considérée. On postule généralement qu'elle était de zéro au cours d'une année de référence initiale.
Un autre modèle communément utilisé part du principe que le "vrai" PIB – c'est-à-dire la somme de ses composantes "officielles" et de ses éléments "de l'ombre" – augmente parallèlement à la consommation d'électricité. C'est en appliquant ce modèle qu'ont été obtenus les chiffres qui figurent dans le graphique ci-dessous pour la Pologne et la Hongrie. Cette méthode suppose également de formuler une hypothèse concernant la taille de "l'économie de l'ombre" au cours d'une année de référence. Les évaluations fondées sur la consommation d'électricité tendent à produire des estimations encore plus élevées de l'"économie de l'ombre" que celles obtenues à l'aide de modèles monétaires.
Il convient de noter que les estimations de "l'économie de l'ombre" qui figurent dans le graphique ci-dessous s'ajoutent aux activités non observées qui sont déjà incluses dans les estimations de PIB officielles. Si l'on considère, par exemple, le cas de la Hongrie en fixant à 100 son PIB officiel, dont 16 % sont déjà non observés (voir "les activités non observées incluses dans le PIB"), Schneider et Enste affirment qu'il existe une autre quantité égale à 28 que les statisticiens officiels n'ont pas mesurée. Le "vrai" PIB de la Hongrie serait donc de 128, dont une quantité de 16+28 (= 44, soit 35 % de 128) correspondant à des activités "non observées / cachées / de l'ombre / souterraines", etc. Mais en quoi pourraient donc consister ces activités de l'ombre ? Et comment l'administration fiscale et l'office statistique pourraient-ils être négligents au point de n'en rien voir ? Après avoir minutieusement examiné ses sources statistiques, Statistique Canada a estimé qu'en 1992, la limite supérieure de l'économie souterraine était de 2,7 %, alors que Schneider et Enste citent des estimations obtenues à l'aide de méthodes de macromodélisation qui vont de 10 % à 13,5 % pour la même période.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'économie non observée se concentre fortement dans un petit nombre de secteurs. La production d'électricité, l'industrie lourde, les chemins de fer, les transports aériens, les administrations publiques, la banque et les télécommunications, par exemple, n'offrent guère de place à l'économie "de l'ombre". Les activités souterraines ne peuvent avoir lieu que dans un nombre relativement limité de secteurs "propices", comme les réparations de logement, le commerce de détail, le transport par taxis, le camionnage, ou les cafés et restaurants. Pour comprendre les implications de cette restriction, examinons le graphique du document "les activités non observées incluses dans le PIB", qui montre que l'économie non observée représente environ 16 % du PIB officiel en Hongrie. Cela signifie que dans les secteurs propices, 30 % à 40 % de la valeur ajoutée n'est pas observée à l'heure actuelle. Ce chiffre est déjà très élevé, mais si l'on se base sur l'estimation de Schneider et Enste selon laquelle l'économie fantôme équivaut à 28 % supplémentaires du PIB officiel, le poids de l'économie non observée dans les secteurs propices atteint le niveau incroyable de 70 %, voire davantage.
Taille supposée de "l'économie de l'ombre" dans 20 pays de l'OCDE
Activités "omises" en pourcentage du PIB officiel
Source : Shadow Economies Around the World: Size, Causes and Consequences, Document de travail du FMI, WP/00/26, Fonds monétaire, international, Washington D.C., 2000.
1 Friedrich Schneider et Dominik Enste, Shadow Economies Around the World: Size, Causes and Consequences, Document de travail du FMI, WP/00/26, Fonds monétaire international, Washington D.C. 2000.