La célèbre œuvre de psychologie sociale de Stanley Milgram, La soumission à l'autorité, fait la différence entre l'obéissance et la conformité. L'obéissance est un ordre qui s'impose à un individu, et qui lui est donné par un supérieur hiérarchique, qui a de l'autorité. C'est en vertu de cette autorité que les ordres doivent être suivis, au risque d'être sanctionné. Mais un autre mode de contrôle social passe par ce que Milgram appelle le conformisme : l'individu ne reçoit pas d'ordre particulier, mais obéit volontairement à une norme.
Il est nécessaire d'établir une distinction entre conformisme et obéissance. Le terme conformisme, en particulier, a une très large signification. Toutefois, dans le cadre de cette discussion, je la limiterai à la désignation de l'attitude du sujet qui agit à l'instar de ses pairs, des gens de son statut, n'ayant aucunement le droit de lui dicter sa conduite. Le terme obéissance sera réservé au comportement du sujet qui se soumet à l'autorité. Examinons le cas du conscrit qui fait son service militaire. Il exécute scrupuleusement les ordres de ses supérieurs. En même temps, il adopte les habitudes, la routine et le langage de ses pairs. La première attitude représente l'obéissance, la seconde le conformisme.
Une série de remarquables expériences sur le conformisme a été réalisée par S.E. Asch (1951). On montrait à six sujets une ligne d'une longueur donnée et on leur demandait de trouver son équivalente parmi trois autres lignes. En réalité, tous les sujets du groupe, à l'exception d'un seul, avait secrètement reçu comme instruction de choisir une ligne « fausse » à chaque test ou dans un certain pourcentage de tests. Le sujet naïf était placé de façon à pouvoir entendre les réponses des autres membres du groupe avant de donner la sienne. Asch a constaté que la plupart des sujets exposés à cette forme de pression sociale se rangeaient à l'avis du groupe plutôt que d'accepter le témoignage irréfutable de leurs yeux.
Les sujets d'Asch se conforment au groupe. Les nôtres obéissent à l'expérimentateur. Obéissance et conformisme se réfèrent tous deux à l'attitude de l'individu qui abandonnent à une source externe l'initiative de son action, mais ils présentent des différences importantes :
1. Hiérarchie : L'obéissance à l'autorité survient à l'intérieur d'une structure hiérarchique dans laquelle l'auteur de l'action estime que la personne placée au-dessus de lui a le droit de la lui prescrire. Le conformisme détermine la conduite parmi des gens de statut égal ; l'obéissance lie un statut à un autre.
2. Imitation : Le conformisme est de l'imitation pure et simple, ce qui n'est pas le cas de l'obéissance. Il entraîne une homogénéisation du comportement du fait que la personne influencée en vient à adopter la conduite de ses pairs. Dans l'obéissance, il y a soumission sans imitation de la source d'influence. Le soldat ne se contente pas de répéter l'ordre qui lui est donné, il l'exécute.
3. Explicitation : Dans l'obéissance, la prescription de l'action est explicitée sous la forme d'un ordre ou d'un commandement. Dans le conformisme, la pression collective qui contraint le sujet à s'aligner sur le groupe demeure souvent implicite. Ainsi, dans l'expérience d'Asch, les membres du groupe n'exigent pas ouvertement que le sujet agisse comme eux ; celui-ci le fait spontanément. D'ailleurs, beaucoup d'individus opposeraient une résistance certaine aux instances explicites du groupe de se conformer à l'attitude commune, car la situation est définie par le fait qu'elle ne comporte que des égaux n'ayant strictement aucun droit de se commander entre eux.
4. Volontarisme : Cependant, la distinction la plus nette entre l'obéissance et le conformisme se place après l'action, c'est-à-dire qu'elle est révélée par la façon dont les sujets expliquent leur conduite. Tous nient le conformisme et invoquent l'obéissance comme mobile de leur conduite.
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Nous voyons donc que conformisme et obéissance ont des effets psychologiques différents. L'un et l'autre sont des formes puissantes de l'influence sociale.