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L'Épargne et l'Investissement sont forcément d'un montant égal puisque, pour la communauté considérée dans son ensemble, ils ne sont que deux aspects différents de la même chose. Plusieurs auteurs contemporains (et nous-mêmes dans notre Treatise on Money) ont cependant donné de ces termes des définitions spéciales qui n'impliquent pas nécessairement leur égalité. D'autres ont fondé leurs travaux sur l'hypothèse qu'ils pouvaient ne pas être égaux, sans même commencer par les définir. Il sera donc utile, afin de rattacher ce qui suit aux autres études dont ils ont été l'objet, de classer quelques-unes de leurs diverses acceptions qui paraissent courantes.
A notre connaissance tout le monde s'accorde à désigner par Épargne l'excès du revenu sur ce qui est dépensé pour la consommation. Adopter un sens différent serait fort incommode et au surplus trompeur. Il n'y a pas non plus de divergence d'opinion sur le sens de l'expression "dépense de consommation". Les différences d'interprétations apparaissent dans la définition de l'Investissement et dans celle du Revenu.
Occupons-nous d'abord de l'Investissement. Dans le langage courant ce mot désigne l'achat par un particulier ou une société d'un capital, ancien ou nouveau. Parfois la portée du terme est limitée à l'achat d'un capital à la Bourse de Valeurs. Mais on entend tout aussi bien parler d'investissement en immeubles, en machines, en stocks de produits bruts ou finis; et l'expression "investissement nouveau" par opposition à celle de "réinvestissement" signifie, au sens large, l'achat à l'aide d'un revenu d'un capital d'une nature quelconque. Si nous considérons la vente d'un investissement comme un investissement négatif, c'est-à-dire comme un désinvestissement, notre définition concorde avec l'usage courant, puisque les échanges d'investissements anciens sont forcés de s'annuler. A vrai dire, il y a lieu de faire état des constitutions et des remboursements de créances (y compris les variations de la quantité de crédit ou de monnaie), mais puisque pour la communauté prise dans son ensemble l'augmentation ou la diminution de la position créditrice globale est toujours exactement la même que l'augmentation ou la diminution de la position débitrice, cette complication disparaît elle aussi lorsqu'on traite de l'investissement global. Par conséquent, si l'on admet que le revenu, au sens courant du mot, correspond à notre revenu net, l'investissement global au sens courant du mot coïncidera avec notre définition de l'investissement net, à savoir : l'adjonction nette aux équipements en capital de toute nature, après déduction des variations de valeur des anciens équipements qui entrent dans le calcul du revenu net.
L'investissement, ainsi défini, correspond à l'accroissement de l'équipement en capital, que cet accroissement porte sur le capital fixe, le capital circulant ou le capital liquide ; et les principales différences entre les définitions (abstraction faite de la distinction entre l'investissement et l'investissement net) viennent du fait qu'on en exclut une ou plusieurs de ces catégories.