http://www.nea.fr/html/ndd/reports/2002/nea3809.html
Si l'on étudie de manière approfondie les émissions de GES1 des différentes filières de production de l'électricité, l'énergie nucléaire apparaît comme celle qui a la plus faible intensité de carbone, avec des émissions de 2.5 à 5.7 g de GES (exprimés en grammes d'équivalent C) par kWh d'électricité produite (gCeq/kWh) contre 105 à 366 gCeq/kWh pour la production thermique classique et 2.5-76 gCeq/kWh pour les énergies renouvelables. Si l'on fait l'hypothèse que les tranches nucléaires actuellement en service remplacent des centrales thermiques classiques modernes, l'énergie nucléaire permet d'abaisser aujourd'hui les émissions de CO2 du secteur énergétique de plus de 8% dans le monde entier (pour le secteur électrique, cette réduction représente 17%).
Dans les pays de l'OCDE, les centrales nucléaires ont déjà contribué, depuis 40 ans, à nettement diminuer la production de gaz à effet de serre du secteur électrique. Sans l'énergie nucléaire, les émissions de dioxyde de carbone des centrales des pays de l'OCDE seraient supérieures d'environ un tiers à leur niveau actuel. L'économie ainsi réalisée représente près de 1 200 millions de tonnes de dioxyde de carbone ou environ 10% des émissions totales de CO2 imputables à la consommation d'énergie. Les objectifs du Protocole de Kyoto demandent une réduction totale des émissions de dioxyde de carbone d'environ 700 millions de tonnes vers 2008-2012, par rapport au niveau de 1990. Si toutes les centrales nucléaires des pays de l'OCDE devaient cesser de fonctionner dans les prochaines décennies il faudrait, pour atteindre les objectifs de Kyoto, compenser l'accroissement des émissions de CO2 qui risquerait de résulter de ces arrêts soit par leur remplacement intégral par des sources n'émettant pas de carbone, soit par une réduction additionnelle de 1 200 millions de tonnes de CO2 dans les autres secteurs de l'économie.
Le Protocole de Kyoto n'interdit pas de bénéficier des avantages de l'énergie nucléaire en termes de réduction des émissions de dioxyde de carbone. La construction de nouvelles centrales nucléaires aidera les pays qui ont choisi de recourir à cette source d'énergie pour satisfaire une partie de leurs besoins domestiques à atteindre les objectifs de Kyoto.
En revanche, le Protocole de Kyoto contient des dispositions qui aboutissent en fait à exclure l'énergie nucléaire des solutions envisageables pour la mise en œuvre de deux des trois "mécanismes de flexibilité" auxquels les Parties visées à l'annexe I2 peuvent recourir, en plus des mesures prises au niveau national, pour remplir leurs engagements. (…) Les arguments pour et contre le recours à l'énergie nucléaire dans le cadre des mécanismes de flexibilité semblent découler de différentes conceptions du développement durable et des types de systèmes énergétiques correspondants à ces conceptions. Pour certains, l'énergie nucléaire ne possède aucune propriété fondamentale qui pourrait l'exclure définitivement des stratégies énergétiques durables, et il faut conserver les moyens d'y recourir et de la développer à moyen et à long terme. D'autres, au contraire, lui attribuent des spécificités, liées à la sûreté, au stockage des déchets radioactifs et à la prolifération des armements nucléaires, interdisant de considérer son exploitation comme durable.
[1] GES : gaz à effet de serre