Edward C. Prescott est né le 26 décembre 1940 à Glens Falls (New York, États-Unis). Il est le cadet d'une famille de trois enfants dont la mère est bibliothécaire et le père ingénieur. Il poursuit sa scolarité à Glens Falls et décide de poursuivre des études de physique au Swarthmore College près de Philadelphie plutôt que dans une des prestigieuses Universités de l'Ivy League. En 1962, il obtient sa licence de mathématiques au Swarthmore College puis une maîtrise en recherches opérationnelles à l'Université Case-Western Reserve (Cleveland, Ohio) en 1963. En 1967, il soutient sa thèse à l'Université Carnegie-Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie). Durant ses années universitaires, il est influencé par les travaux de Michael C. Lovell, qui sera son directeur de thèse, et de John Muth. Ces années sont aussi celles des rencontres et des échanges avec Robert E. Lucas (Prix Nobel 1995) sur sa théorie du capital ainsi qu’avec Lawrence R. Klein (prix Nobel 1980) et Edmund S. Phelps (prix Nobel 2006) sur la macroéconomie.
De 1966 à 1971, il enseigne à l'Université de Pennsylvanie. Puis, il retourne à l'Université Carnegie Mellon jusqu'en 1980. En 1978, il est professeur invité à l'Université de Chicago puis à l'Université Northwestern jusqu'en 1982. De 1980 à 2003, il est titulaire d'une chaire à l'Université du Minnesota. Depuis cette date, le professeur Edward C. Prescott enseigne à l'Université d'État de l'Arizona (W.P. Carey School of Business). Il convient par ailleurs de souligner que le professeur Edward C. Prescott a été l’un des principaux conseillers économiques de la Banque fédérale de Minneapolis, dont il fut membre puis directeur du centre de recherche entre 1980 et 2003.
Depuis sa consécration par le Nobel il dispose aussi d'une chaire à l'Université de Californie, Santa Barbara, comme son co-lauréat Finn E. Kydland, et détient la Shinsei Bank Visiting Professorship à l'Université de New York.
Le professeur Edward C. Prescott a été honoré de nombreuses récompenses académiques. En 2008, il est élu membre de l'Académie Nationale des Sciences. En 2002, il est docteur honoris causa de l'Université d'économie de Rome et en 2007 de l'Université de mathématiques d'Athènes. De 1992 à 1995, il a été président de la Society of Economic Dynamics and Control et de la Society for the Advancement of Economic Theory, après avoir eu des responsabilités éditoriales dans de nombreuses revues académiques.
Le 11 octobre 2004, le professeur Edward C. Prescott a reçu le prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel. Il partage ce prix avec le professeur Finn E. Kydland pour "leurs contributions à la macroéconomie dynamique : l'analyse de la cohérence temporelle des décisions de politique économique et celle des forces responsables des fluctuations économiques".
Selon le jury du Nobel, leurs contributions conjointes, particulièrement celles de 1977 ("Rules rather than discretion: The inconsistency of optimal plans") et celle de 1982 ("Time to build and aggregate fluctuations"), ont transformé la recherche en économie et modifié les politiques économiques, notamment la politique monétaire.
"Rules rather than discretion: The inconsistency of optimal plans" : leur article publié dans le Journal of Economic Policy en 1977 démontre que les gouvernants qui ne s'engagent pas à suivre une règle d'inflation intangible mèneront une politique inflationniste contraire à leurs promesses.
Les professeurs Finn E. Kydland et Edward Prescott montrent en effet que les autorités politiques font face à des contraintes de court terme relativement coûteuses et qui les rendent réticentes à augmenter les taux d’intérêts pour contenir l'inflation : c'est le problème de la cohérence dynamique (ou inter-temporelle) de la politique monétaire. D'une manière générale, les deux auteurs établissent que le succès des politiques économiques est lié aux anticipations des individus, ce qui doit conduire les gouvernements à maintenir certaines décisions difficiles. En effet, les individus ayant des anticipations rationnelles, ils modifient leurs comportements avec les changements de politiques économiques. Ils ont, autrement dit, une "cohérence temporelle".
Ces travaux modifient notre perception de la politique économique après trois décennies de discussion autour de la "courbe de Phillips". Les raisonnements reposant sur un "trade-off" entre inflation et chômage, voire l'idée même de policy-mix sont remis en cause avec la démonstration d'une inefficacité des politiques économiques discrétionnaires.
Avec les modèles d'incohérence temporelle, la réflexion sur la politique économique se déplace d'un problème d'affectation vers celui de la coordination entre les autorités en charge de la politique économique. Les agencements institutionnels deviennent alors centraux : il faut assurer le respect de règles et garantir la crédibilité des instances de régulation, notamment en les rendant indépendantes des gouvernements.
Ces travaux ont un grand retentissement pour deux raisons. Tout d'abord, ils fournissent une explication à l'échec des politiques de lutte contre l'inflation dans les années 1970 et 1980. Ensuite, ils offrent une nouvelle légitimité aux partisans de l'indépendance des banques centrales. Cet héritage théorique se retrouve, pour certains économistes, dans l'article 107 du Traité de Maastricht, qui stipule que la Banque Centrale Européenne (BCE) "ne peut solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des Etats membres ou de tout autre organisme" et dans la rédaction du Pacte de stabilité et de croissance.
Les professeurs Finn E. Kydland et Edward Prescott sont des représentants de la Nouvelle Macroéconomie Classique (NEC).
La NEC apparaît comme une radicalisation des thèses monétaristes avec les hypothèses de prix flexibles, d'économie en l'équilibre, de neutralité à court et long terme de la monnaie, etc. Cependant, son identité repose davantage sur l'exploration de l'hypothèse des anticipations rationnelles, introduite par John Muth dès 1961 et généralisée dans les modèles macroéconomiques par Robert Lucas : les agents économiques connaissent le "bon" modèle économique, ils utilisent toute l'information à leur disposition et ne font pas d'erreurs systématiques de prévision. Ces postulats permettent de remettre en cause les politiques économiques conjoncturelles. Grâce à cette hypothèse, le professeur Robert Lucas a démontré l'inefficacité des politiques monétaires, le professeur Robert Barro l'inefficacité des politiques budgétaires ("théorème de l'équivalence ricardienne") et les professeurs Kydland et Prescott l'inefficacité des politique discrétionnaires (monétaires ou fiscales) compte-tenu de l'incohérence temporelle. Les politiques économiques conjoncturelles restent sans effets sur l'activité réelle dès lors qu'elles sont anticipées par les agents. De surcroît, les fluctuations cycliques de l'activité ne dépendent pas de l'action à court terme des gouvernants car elles sont des réponses optimales de l'économie à des chocs exogènes. Les professeurs Finn E. Kydland et Edward Prescott ont mis en évidence l'importance des chocs sur l'offre, comme une forte hausse des prix des matières premières ou l'arrivée d'innovations technologiques, comme déterminants des variations de la production. Bref, la NEC enlève toute légitimité théorique à l'intervention étatique.
Les fortes critiques adressées à ce courant – notamment celles du professeur Robert Solow (prix Nobel 1987) qui affirme que "les modèles de type Lucas-Prescott n’ont eu aucune espèce de validation empirique sur les données américaines" – ou les remises en cause de modèles fondés sur l'hypothèse d'un unique consommateur immortel représentatif, n'ont pas diminué le succès de cette école. La crise financière de l'année 2008 devrait cependant conduire à une réévaluation des postulats de la NEC.
Le professeur Edward C. Prescott a influencé des nombreux chercheurs dont le professeur Finn E. Kydland, co-lauréat du prix Nobel, ou les professeurs Costas Azariadis, Edward Green ou Rajnish Mehra.
Prescott est reconnu pour les recherches qui lui valurent le prix Nobel (modèle stochastique d'accumulation du capital, introduction d'un paramètre "time-to-build" dans les modèles économiques, etc.) mais aussi pour ses réflexions méthodologiques et ses travaux sur la modélisation des cycles d’affaires (filtre « Hodrick-Prescott » pour lisser les fluctuations d'une série temporelle). Pour le professeur Edward C. Prescott, les fluctuations économiques peuvent être expliquées par des chocs touchant la productivité des entreprises davantage que par des variations de la demande. Les théories économiques doivent donc expliquer ces "chocs de productivité" et les différences de productivité entre pays.
Du point de vue méthodologique, la macroéconomie se construit, selon lui, sur des fondements microéconomiques : il s'agit de partir du comportement des ménages et des entreprises pour en déduire les relations agrégées. De plus, Prescott accorde une place importante à la réflexion temporelle, à une "macroéconomie dynamique" et aux anticipations rationnelles des agents pour comprendre la crédibilité des décisions de politique économique.
Dans un article publié par la Federal Reserve Bank of Minneapolis Quarterly Review (Vol. 28, No. 1, July 2004, pp. 2–13), le professeur Edward C. Prescott se pose la question suivante: "Why Do Americans Work So Much ?"
Le constat est clair : les Américains travaillent 50% de plus que les Français et, d'une manière générale, plus que les principaux pays européens. Le professeur Edward C. Prescott rappelle que cette situation est nouvelle puisque c'était l'inverse dans les années 1970. Cet écart dans les temps de travail pourrait s'expliquer pas la faible productivité des salariés américains. En effet, les données agrégées de l'OCDE montrent que la productivité française est supérieure de 10% à celle des État-Unis. Néanmoins, pour le professeur Edward C. Prescott, la forte différence dans les comportements d'offre de travail ne s'explique pas par l'intensité de l'effort productif mais par les différences des taux d'imposition, notamment du taux marginal d'imposition sur les revenus du travail.
Cette découverte d'une différence dans l'offre de travail expliquée par la fiscalité a d'importantes implications en matière de politique économique. Pour le professeur Edward C. Prescott elle détermine les choix à faire en matière de financement des pensions de retraite.
Les problèmes de financement peuvent, selon lui, être résolus en modifiant le système fiscal de manière à inciter les Européens à travailler davantage. Le modèle qu'il utilise, fondé sur les hypothèses et résultats de la Nouvelle Economie Classique (modèle d'équilibre général avec un ménage représentatif, aux préférences quadratiques, confronté à l'arbitrage travail-loisirs et consommation-épargne) permettent de déterminer une forte élasticité l'offre de travail. Cette forte élasticité (qu'il chiffre à environ 3) offre des marges de manœuvre aux politiques économiques. En effet, si l'offre de travail est inélastique, alors les choix politiques sont restreints : il faut augmenter les taxes sur les jeunes actifs ou réduire les pensions des retraités. La forte élasticité de l'offre de travail indique qu'à mesure que la population vieillit, la promesse de pensions aux retraités, présents et futurs, peut être honorée en réduisant le taux marginal d'imposition sur le travail. Pour cela, en faisant l'hypothèse que l'épargne des individus pour la retraite n'est pas assimilée une taxe (et donc ne réduit pas l'offre de travail), le professeur Edward C. Prescott défend l’idée qu'en changeant le système de retraite, de manière à favoriser les systèmes par capitalisation, les Européens pourront augmenter leurs richesses.
La question est au cœur de l'ouvrage du professeur Edward C. Prescott coécrit avec Stephen L. Parente. Traditionnellement, on démontre que les inégalités reflètent la part de la production que chaque pays consacre à l'investissement. Dans les " Les richesses défendues" (Barriers to Riches), ce sont les différences dans la "productivité totale des facteurs" (PTF) de chaque pays qui expliquent les inégalités entre les pays. Ces différences de productivité doivent beaucoup aux attitudes des gouvernements et des industriels face à l'innovation.
Pour le professeur Edward C. Prescott, certains pays ne sont pas aussi riches que les États-Unis car ils découragent l'importation des technologies, qui concurrencent les producteurs nationaux, et la diffusion d'innovation, qui remet en cause les structures traditionnelles. Les barrières, internes et externes, mises en place pour limiter la diffusion des technologies, notamment celles qui sont facilement disponibles, limitent la hausse de la productivité des facteurs de production.
Le professeur Edward Prescott est aussi engagé politiquement. Pendant la campagne présidentielle américaine de 2008, il fait partie des "100 économistes" soutenant le candidat John McCain qui ont vertement critiqué le programme économique du candidat Barack Obama. D'une manière générale, il trouve un large écho auprès des Républicains en prônant une baisse des taux d'imposition, et en particulier l'abolition de la taxation des revenus du capital. En janvier 2009, avec plus de 250 économistes, il est signataire d'une lettre ouverte au Président Barack Obama pour s'opposer au Recovery and Reinvestment Act.
Livres
(2007) Great Depressions of the Twentieth Century, co-édité avec T. J. Kehoe, Federal Reserve Bank of Minneapolis.
(2000) Barriers to Riches, avec S. L. Parente, MIT Press (traduction française, Les Richesses défendues).
Articles avec Finn E. Kydland
Kydland, F. and E. Prescott (1977), “Rules rather than discretion: The inconsistency of optimal plans”, Journal of Political Economy, 85, 473-490.
Kydland, F. and E. Prescott (1982), “Time to build and aggregate fluctuations”, Econometrica, 50, 1345-1371.
Kydland, F. and E. Prescott (1988), “The workweek of capital and its cyclical implications”, Journal of Monetary Economics, 21, 343-360.
Articles avec d'autres co-auteurs
Cooley, T. and E. Prescott (1995), “Economic growth and business cycles”, in Cooley, T. (ed.), Frontiers of Business Cycle Research, Princeton University Press: Princeton, 1-38.