La fusion du Crédit local de France et du Crédit communal de Belgique est une initiative heureuse dans la voie de la construction européenne. D'un côté une banque spécialisée dans le prêts aux collectivités territoriales, de l'autre une banque de dépôt disposant de liquidités, sans oublier la Banque Internationale (Luxembourg) spécialisée, quant à elle, dans la gestion d'actifs. Cette opération a été rendu possible par la mise en application de la directive européenne sur la libéralisation du marché bancaire européen (1993).
Jusqu'en 1989, la directive de coordination relative aux activités bancaires (établie en 1977) avait permis de fixer des principes communs aux banques et institutions de crédit européennes. Cependant, jusqu'à la fin des années 80, il n'existe pas de véritable marché unifié des activités bancaires européennes, notamment parce que les services bancaires ne peuvent pas être offerts à travers les frontières de tous les pays membres, et parce qu'il reste très difficile de créer des succursales dans les pays membres.
La directive de décembre 1989 va permettre de lever ces obstacles. Elle entre en application en 1993. A partir de cette date, n'importe quel établissement financier ressortissant européen peut s'installer dans n'importe quel Etat de la CEE moyennant des critères prudentiels (solvabilité, fonds propres…). Dès lors, la libéralisation et la déréglementation du marché bancaire européen permet aux banques d'entrevoir des stratégies de consolidation au niveau national puis européen.
Ainsi à partir de 1996 les mouvements de rapprochement entre établissements français se sont multipliés : en 1996, le Crédit agricole a acquis Indosuez et Sofinco ; en 1998, les Banques populaires ont racheté Natexis tandis que le Crédit mutuel prenait le contrôle du CIC.
Entre 1998 et 1999, c'est au niveau européen qu'a lieu une véritable restructuration et concentration bancaire. Ce mouvement a été initié en 1996 par la création de Dexia, première alliance transfrontalière en Europe entre le Crédit local de France (CLF) et le Crédit communal de Belgique (CCB).
Dexia naît en octobre 1996 de la fusion du Crédit Communal de Belgique et du Crédit Local de France. A l'époque, ce sont deux acteurs de taille moyenne comparés aux banques françaises ou européennes. Le Crédit Local de France est surtout une banque de financement des collectivités locales : c'est donc un établissement très spécialisé qui ne dispose pas de base de dépôts. Quant au Crédit Communal de Belgique, crée en 1860, c'est une banque généraliste, qui est devenu en 1991 actionnaire majoritaire de la Banque Internationale à Luxembourg (la plus vieille Banque Luxembourgeoise). En 1996, le CCB a une activité banque de réseau qui collecte les dépôts via 1000 agences en Belgique.
Plusieurs raisons expliquent le rapprochement du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique: les deux groupes ont des profils similaires (présence importante dans le métier du financement au secteur public et profils de risques limités) et complémentaires (par leurs structures bilantielles et leurs localisations géographiques), qui doivent leur permettre de créer un leader européen du financement des collectivités locales et de se consolider financièrement pour ne pas être marginalisés dans le secteur bancaire européen. Dexia est avant tout une consolidation financière et non une consolidation économique/opérationnelle. Il s'agit pour Dexia d'atteindre une taille critique avec 20 à 22 milliards d'euros de capitalisation boursière. En effet, même si la course à la taille n'est pas nécessairement un gage de rentabilité, atteindre une taille critique est devenu obligatoire, dans un marché désormais mondialisé.
Jusqu'en 1999, deux sociétés holding contrôlent les entités du nouvel ensemble (Dexia Belgium et Dexia France). Ensuite une seule société holding contrôlera les entités du groupe.
La fusion du Crédit Local de France et du Crédit communal de Belgique a été réalisée en deux grandes étapes : d'abord un rapprochement juridique des deux sociétés et une coordination de leurs activités, et ensuite la construction du groupe Dexia proprement dit.
En 1997 et 1998 Dexia se dote d'une nouvelle organisation juridique et crée les premières structures de coordination du groupe. Dans cette nouvelle organisation, deux holdings de tête contrôlent les sociétés opérationnelles à l'origine de la fusion : le CCB et le CLF. Les deux titres sont cotés, à Paris et à Bruxelles. Les premières structures de coordination du groupe sont créées. Il s'agit d'un Comité consortial pour définir la stratégie du groupe, d'un Comité exécutif pour assurer la coordination opérationnelle des différentes entités et d'un Centre consortial qui exerce les fonctions de pilotage de l'activité.
Mais la structure juridique élaborée en 1997 est peu lisible pour les marchés, notamment parce que l'action française de Dexia présente une décote d'environ 10-15% par rapport à l'action belge. De plus, la structure juridique complique les montages financiers réalisés lors des acquisitions.
En 1999, Dexia simplifie donc sa structure juridique en fusionnant les deux holdings de tête. Il n'y a plus dorénavant qu'un seul titre Dexia, coté à Paris et à Bruxelles. La structure de direction Groupe est mise en place, elle comprend un Comité exécutif chargé du pilotage de l'activité par grande ligne de métier et des Fonctions centrales. La construction de Dexia comprend également la mise en place d'une organisation par métier et l'unification et l'harmonisation de l'image du Groupe.
En 1999, Dexia s'organise en trois lignes de métiers autonomes, placées chacune sous la responsabilité d'un membre du comité exécutif nouvellement crée. Ces lignes de métiers sont la Banque de détail (entité Crédit Communal de Belgique), les Services financiers au secteur public (Crédit Local France) et la Banque privée/Gestion d'actifs (entité Banque Internationale à Luxembourg).
En 2000, Dexia harmonise les dénominations de ses principales sociétés opérationnelles : le Crédit Communal devient Dexia Bank, le Crédit Local France devient Dexia Crédit Local et la Banque Internationale à Luxembourg devient Dexia Banque Internationale à Luxembourg. Dexia se crée également une identité visuelle commune au sein des sociétés du Groupe, avec un nouveau logo, un agencement commun des agences, une charte graphique commune, etc... Dexia veut ainsi renforcer son image de marque, à l'extérieur auprès de ses clients, mais également en interne pour fédérer les collaborateurs du Groupe.
Le contexte de concentration bancaire de la fin des années 90 incite Dexia à procéder à de nombreuses acquisitions entre 1998 et 2001. En 1998, 900 millions d'euros sont investis pour l'acquisition de la banque italienne Crediop, la Banque industrielle mobilière et privée, UBS Asset Management (qui deviendra Dexia Asset Management France), Smap (assureur belge), Sofaxis (assureur français acquis pour 24 millions d'euros). La Banque industrielle mobilière et privée deviendra Dexia Banque Privée. Entre 1999 et 2001, Dexia investit 9 milliards d'euros pour acquérir Artesia (une banque d'affaires et de gestion de patrimoine flamande, achetée 3,2 milliards d'euros), FSA (banque américaine spécialisée dans les services financiers au secteur public), Kempen & Co (banque d'affaires néerlandaise), Bank Labouchère (banque néerlandaise spécialisée dans la gestion patrimoniale), PH Bank A/S (conseil dans le courtage de titres danois) et Bancoval (une banque espagnole spécialisée dans la gestion d'avoirs financiers). Les plus importantes de ces acquisitions étant Artesia (en mars 2000), FSA (en mars 1999) et Kempen Labouchère (en août 1999 et en août 2000). En ce qui concerne les banques Kempen et Labouchère, Dexia les a achetées et les a fusionnées avant d'intégrer la nouvelle entité au groupe.
L'objectif de ces acquisitions pour Dexia est d'atteindre une taille critique pour pouvoir rester autonome et participer à la consolidation du secteur : Dexia entend en particulier accroître le volume des actifs placés sous sa gestion (objectif de 130 Mrd € pour 2003 contre 62 Mrd €) et porter sa capitalisation boursière à 20 Mrd €. Dans sa stratégie d'acquisitions, Dexia privilégie les activités de Banque Privée et de gestion d'actifs ; plus particulièrement, en acquérant Artésia, Dexia espère réaliser des synergies de coût et se développer dans la Banque de Détail en Belgique. Avec le rachat de FSA, Dexia suit une logique de"Revenue Driven", c'est à dire l'accroissement des revenus dans l'activité Public and Project Finance et une logique de diversification géographique, et en acquérant Kempen et Labouchère (deux banques néerlandaises), Dexia veut renforcer son activité de gestion d'actifs et acquérir une clientèle haut de gamme.
Dexia adopte des stratégies d'intégration différentes en fonction des particularités de ses acquisitions. Ainsi, pour FSA, l'extension américaine de Dexia Crédit Local, spécialisée dans le financement au secteur public, Dexia opte pour une intégration"coordination", c'est à dire que FSA reste très autonome et conserve ses effectifs (250 personnes), ses structures et ses méthodes de travail. Dexia Crédit Local impose seulement sa politique de risques et ses méthodes de reporting ; le degré d'intégration est faible.Pour Kempen et Bank Labouchère, Dexia adopte une intégration"création", les deux banques sont d'abord fusionnées avant d'être rattachées à la BIL, et les back offices sont absorbés ; le degré d'intégration reste là aussi modéré.
Parmi les principales acquisitions de Dexia, Artesia est celle qui a nécessité l'effort d'intégration le plus important. En effet, Dexia attend de cette acquisition des synergies importantes, en termes de coûts notamment, et Dexia prend donc la tête de l'entreprise et impose ses hommes et ses méthodes de travail. La réalisation des synergies de coût entraîne la fermeture d'un grand nombre d'agences Artésia.
Dans le processus d'intégration"absorption" d'Artésia, la Direction Générale de Dexia a fait le choix de principes clés : la vitesse et l'encadrement. La vitesse tout d'abord, car la Direction Générale veut enclencher rapidement le processus d'intégration pour éviter une période de flottement. D'où la nomination rapide d'un comité d'intégration responsable du pilotage de l'intégration, la nomination rapide des responsables de la nouvelle entité et le lancement des groupes de travail dès les nominations des N-1. L'encadrement ensuite, pour éviter au maximum les écueils, d'où l'implication forte de Dexia dans le processus d'intégration contrairement aux acquisitions précédentes, la mise en place d'un processus d'intégration très contrôlé avec des ressources internes dédiées à l'intégration et un consultant extérieur présent dès le début de la fusion et tout au long du projet.
En 1999, le Groupe Dexia se dote d'une DRH Groupe dont le rôle est de développer des actions pour favoriser l'intégration des entités au sein de Dexia. Elle se charge en particulier de la gestion des cadres dirigeants et des hauts potentiels, elle met en place une nouvelle politique de rémunération au niveau Groupe (développement de l'actionnariat salarié, stock options, …)et elle développe de nouveaux outils de formation (mise en place d'un séminaire de découverte du groupe pour les nouveaux arrivants, mise en place d'un séminaire de réflexion pour les cadres…)
Les principaux résultats de Dexia témoignent de la pertinence de la stratégie du groupe et de ses acquisitions récentes. En effet, le produit net bancaire du Groupe a progressé de 18,8 % en 2000, en passant à 3,76 milliards d'euros. Le bénéfice net du Groupe a quant à lui progressé de 31,5%. Ces résultats permettent à Dexia de figurer parmi les cinq premiers en Europe en termes de bénéfices. Cette progression s'est faite au bénéfice des actionnaires puisque le bénéfice net par action est passé à 11, 02 euros (soit une augmentation de 17,1% par rapport à 1999). Les différents rachats ont donc permis à Dexia de connaître une croissance durable et régulière de son résultat et de sa rentabilité.