Dans les comptes nationaux, l'investissement est retracé sous le nom de formation brute de capital fixe (FBCF). Dans le SCN 68 et le SECN, la FBCF était uniquement composée de biens, à savoir "les biens destinés à être utilisés dans les processus de production pendant au moins un an". Cette définition inclut les logements, les autres bâtiments et les ouvrages de travaux publics. Par extension, les frais liés aux transactions sur les biens, immobiliers notamment, étaient pris en compte.
Or, les économistes considèrent que l'investissement en biens ne constitue qu'une partie de l'investissement. Ils lui ajoutent ce qu'ils nomment investissements immatériels : il s'agit des dépenses qui, comme les achats de logiciels, sont destinées à avoir des effets durables, même si elles ne se traduisent pas par l'acquisition de biens. Cette notion d'investissements immatériels n'avait pas encore droit de cité au moment où le SCN 68 a été conçu, et leur niveau était très inférieur à ce qu'il est aujourd'hui.
Lors de la préparation du SCN 93, la question de l'extension de la FBCF a été évidemment posée. Les experts ne l'ont tranchée qu'après des discussions nombreuses et animées.
À vrai dire, une exception existait déjà au principe général. Les logiciels servant à faire fonctionner le gros matériel informatique étaient assimilés à ce matériel et, pour cette raison, inclus dans la FBCF. En revanche, les autres logiciels, que les entreprises achetaient ou mettaient au point pour leur propre usage, n'étaient pas pris en compte.
Ces logiciels font partie désormais eux aussi de la FBCF. Ils sont valorisés de la même façon que les biens : prix d'achat pour les logiciels achetés, prix de production de produits équivalents pour ceux mis au point au sein des entreprises. Dans les deux cas, l'évaluation s'est cependant révélée difficile. Faute d'une source spécifique, elle repose largement sur l'extrapolation d'une enquête sur les immobilisations de logiciels par les entreprises industrielles. Pour l'année 1992, la FBCF en logiciels a été estimée à 33 milliards, dont 18 milliards pour les seules Sociétés non financières, soit 2% de leur FBCF.
Le SCN 93 et le SEC 95 étendent aussi la FBCF aux dépenses de prospection minière, qu'elles aboutissent ou non. Celles qui n'aboutissent pas n'auront certes aucun effet ultérieur sur la production, mais l'idée est de regrouper l'ensemble des recherches, avec l'aléa que chacune comporte nécessairement, et de les mettre en rapport avec l'ensemble des résultats. Les dépenses de prospection minière sont importantes pour certains pays, ceux en particulier dont le sous-sol est exploré par les compagnies pétrolières à la recherche de nouveaux gisements. Elles ne sont mentionnées que pour mémoire dans le cas de la France car celle-ci n'est guère concernée sur son territoire.
Autre domaine d'extension de la FBCF, les œuvres littéraires et artistiques originales, notamment dans le domaine audiovisuel : cinéma, télévision, musique. Ces œuvres sont en effet susceptibles d'être utilisées pendant plusieurs années, et quelquefois beaucoup plus. Dans le SCN 93 et le SEC 95, elles sont incluses dans la FBCF au moment où elles sont produites, à condition qu'elles soient destinées à entrer dans un circuit commercial. Elles sont alors évaluées à leur prix de vente, si elles sont vendues ; si elles sont conservées par l'auteur ou le producteur, on utilise les coûts de production, que l'on augmente d'un taux de marge, fonction de la valeur actualisée des recettes futures attendues, taux par nature très incertain. Après leur production, les œuvres littéraires et artistiques sont à l'origine de la production de services, généralement consommés par les ménages.
Bien qu'ils aient envisagé d'autres extensions de la FBCF, les concepteurs du SCN 93 se sont arrêtés là. Leurs discussions ont été les plus vives quand ils ont dû trancher le cas des dépenses de recherche-développement. Les partisans de leur inclusion faisaient valoir que leurs effets positifs ne se manifestent pas immédiatement et qu'ils se prolongent pendant plusieurs années. La recherche-développement permet en effet de créer de nouveaux produits qui demeurent longtemps sur le marché, et de mettre au point de nouveaux procédés de fabrication qui améliorent durablement la productivité.
Les adversaires de son inclusion mettaient néanmoins en avant son caractère aléatoire, et le fait que les entreprises immobilisent rarement les dépenses correspondantes. Leur point de vue l'a finalement emporté.
D'autres extensions de la FBCF ont aussi été rejetées, après avoir été brièvement envisagées. C'est le cas des dépenses pour la formation, pour les grandes campagnes de publicité et pour la constitution de réseaux commerciaux.
Les choix faits en matière d'extension de la notion de FBCF sont importants. Ils conditionnent les comparaisons internationales : les différents pays ne consacrent pas les mêmes sommes aux achats de logiciels, à la recherchedéveloppement, à la formation. Le classement des pays en termes de part de la FBCF dans le PIB est très différent selon que l'on retient une définition plus ou moins élargie. Le choix influe aussi sur les évolutions temporelles : les formes nouvelles de l'investissement prennent en effet une importance croissante, et l'évolution de la FBCF est plus rapide quand elles sont prises en compte.
Un autre changement, d'une nature très différente, a été introduit dans le cas de la FBCF. Il touche spécifiquement les dépenses militaires, et ne concerne donc que les Administrations. Dans les précédents systèmes, ces dépenses militaires étaient considérées comme de la consommation intermédiaire, même quand elles servaient à l'acquisition de biens durables. En effet, ces biens n'entraient pas dans un processus de production. Le SECN, comme le SCN 68, faisait une seule exception : les dépenses pour les logements des militaires de carrière, traités de la même façon que les autres logements. Ce traitement a été étendu à toutes les dépenses destinées à "l'acquisition d'actifs fixes du même type que ceux qui peuvent être acquis par des utilisateurs civils" : il s'agit principalement des aérodromes, des routes, des hôpitaux, des camions de transport de troupes. Par contre, les avions et les navires militaires, les chars, restent classés en consommation intermédiaire. Cette extension représente un montant de 15 milliards pour 1992.