Accumulation du capital, progrès technique et croissance

3. L'investissement dépend de la rentabilité et du taux d'intérêt

3.1. La relation entre investissement et taux d'intérêt

Documents associés - Textes de référence

De la distinction entre intérêt de la monnaie et profit du capital


Wicksell, Knut (1907), The influence of the rate of interest on prices, p. 213-220


 

disponible sur http://phare.univ-paris1.fr/textes/Wicksell/Interest.html, ( traduction française Melchior)

Selon l'opinion répandue chez les économistes, à long terme, l'intérêt de la monnaie est déterminé par le profit du capital, profit lui-même déterminé par la productivité du capital réel et par sa relative abondance, ou en terme économique plus moderne, par sa productivité marginale. Ceci étant, comme, en effet, d'après nos suppositions, cela doit être, ne serait-il pas du tout, possible pour les banques de fixer le taux d'intérêt à un niveau plus élevé ou plus bas que son niveau normal, déterminé par l'état simultané du profit moyen du capital ?

Cette question mérite une attention toute particulière et, en réalité, son analyse adéquate nous rapprochera grandement de la solution du problème entier.

Intérêt de la monnaie et profit du capital sont deux choses différentes et ne sont pas directement liés l'un à l'autre. S'ils l'étaient ils ne pourraient pas différer du tout ou seulement différer d'un certain montant à chaque instant. Il y a sans aucun doute quelque lien entre eux mais la nature propre et le degré de ce lien n'est pas si facile à définir.

Si nous examinons seulement les transaction de crédit entre les individus, hors de toute intervention des banques, la relation entre intérêt et profit du capital semble en effet évidente. Si en investissant votre capital dans une entreprise industrielle, vous pouvez obtenir, après une prise en compte convenable du risque, un profit, disons de 10%, alors, bien entendu, vous ne prêterez pas ce capital à un taux inférieur, et si l'emprunteur n'a d'autre recours que des personnes dans la même situation que vous, il ne pourra obtenir de monnaie à un taux plus avantageux.

Mais c'est tout à fait différent avec les formes modernes de crédit qui impliquent presque toujours l'intervention d'une banque ou d'un prêteur de monnaie. Les banques, dans leur activité de prêteur ne sont non seulement pas limitées par leur propre capital, elles ne sont limitées, au moins de façon immédiate, par aucun capital quel qu'il soit. En concentrant presque tous les paiements dans leurs mains, elles créent elles-mêmes la monnaie qui leur est nécessaire, ou, ce qui revient au même, elles augmentent, ad libitum, la vitesse de circulation de la monnaie. La somme prêtée aujourd'hui pour l'achat de marchandises est placée par le vendeur du bien sur son compte dans la même banque ou dans quelque autre banque et peut être prêtée dès le lendemain à une autre personne avec les mêmes conséquences. Comme dit justement l'auteur allemand Emil Struck dans son esquisse célèbre du marché anglais de la monnaie, aujourd'hui, demande et offre de monnaie sont devenues à peu près la même chose, la demande créant dans une large mesure sa propre offre.

Dans un système pur de crédit, où tous les paiement seraient réalisés par transferts bancaires, les banques seraient capables d'accorder, à tout instant, n'importe quel montant de prêt, à n'importe quel taux d'intérêt, très faible toutefois.

Que devient alors la relation entre intérêt et profit ? A mon avis, un tel lien n'existe pas, sauf à travers précisément l'effet sur les prix qui serait déterminé par la différence entre intérêt et profit.

Quand le taux d'intérêt est faible, par rapport au taux de profit existant, et si, comme je le suppose, les prix par là même augmentent, alors, bien entendu, le commerce aura besoin de plus de monnaie banque centrale et de billets, et en conséquence les sommes prêtées ne reviendront pas toutes à la banque, mais une partie restera dans les caisses et les bourses du public, par conséquent les réserves des banques fonderont, alors même que le montant de leurs dettes aura probablement augmenté, ce qui les contraindra à augmenter leur taux d'intérêt.

Le contraire de tout cela, bien sûr, arrivera lorsque le taux d'intérêt sera, par hasard, devenu trop élevé par rapport au taux de profit moyen du capital. Jusqu'ici, vous le remarquerez aisément, ma proposition est assez conforme à des faits bien connus du marché de la monnaie. Si ce n'était pas le cas, si au contraire comme Thomas Tooke le prétendit et comme même Ricardo, dans ses premiers écrits semble l'avoir cru, un faible taux d'intérêt, en rendant meilleur marché, comme ils le disent, un des éléments de la production, ferait baisser les prix et un fort taux d'intérêt les ferait augmenter – un argument des plus spécieux reposant toutefois sur la supposition injustifiable que la rémunération des autres facteurs de production pourraient, dans de telles circonstances, rester la même – la politique des banques doit être alors exactement l'inverse de ce qu'elle est réellement, elles baisseraient leurs taux lorsque les prix augmenteraient et leurs réserves baisseraient, elles les augmenteraient dans le cas inverse.