La taxe Tobin à l'épreuve

De la difficulté à distinguer spéculation et opérations normales

L'introduction d'une taxe sur les opérations de change aurait pour première conséquence de supprimer les arbitrages entre deux devises lorsque le gain attendu serait inférieur ou égal à deux fois le taux de la taxe, ce qui est le cas de la majorité des arbitrages, les volumes arbitrés compensant l'étroitesse des écarts de cours acheteur et vendeur. Il serait tout à fait trompeur de qualifier ces opérations de spéculatives puisque leur logique est celle d'un fonctionnement efficace du marché. La disparition de ces arbitrages réduirait la liquidité du marché et elle dégraderait ainsi son fonctionnement puisque les opérateurs, en raison de l'existence de coûts de transaction plus élevés, n'intégreraient plus systématiquement la totalité de l'information dans les cours. Elle diminuerait par conséquent la quantité et la qualité d'information incorporée dans les prix et perturberait l'interprétation des prix relatifs puisque des écarts de prix pourraient alors subsister tant qu'ils sont inférieurs au taux de la taxe.

Si la grande majorité des transactions de change ne peut être retracée dans la balance des paiements courants, elle ne correspond pas nécessairement pour autant à des prises de position spéculatives. En effet, en dehors des arbitrages qui assurent la cohérence de l'ensemble des prix relatifs, un certain nombre d'opérations sans sous-jacent réel sont bel et bien nécessaires au bon fonctionnement du marché.

Enfin l'un des fondements même de la taxe Tobin, l'association entre opérations à court terme, spéculation et influence économique néfaste, est remise en question par certaines études empiriques.

Les travaux de Roll (1989) sur les marchés entre 1978 et 1989, ainsi que ceux Glassman (1987) montrent que si les coûts de la transaction découragent les faibles durées de détention, il n'est pas clair si les faibles durées de détention sont obligatoirement associées avec des objectifs à court terme ou de long terme. Par exemple le marché immobilier caractérisé par des coûts de transaction élevés n'est pas moins pas moins volatile que d'autres.

Qualifier théoriquement les opérations à long terme de "bonnes" opérations est questionnable. Les investisseurs directs sont aussi attentifs à leurs bénéfices et à la rentabilité que les autres. Ils sont aussi susceptibles de se retirer rapidement que les autres investisseurs, opération rendue plus facile par le recours au crédit local … Empiriquement les travaux de Claessens, Dooley et Warner (1995) constatent que la nature directe ou non des investissements ne joue pas sur leur durée, que ce soit dans les PVD ou non

 

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