De la crise financière à la crise économique

La crise financière commence à se transmettre à l'économie réelle, le principal canal de transmission est la raréfaction et le renchérissement du crédit.

Monnaie et financement
Mise en ligne : 18/11/2008
Dossier réalisé par Judith Leverbe

De la crise financière à la crise économique

Après avoir retenu l'attention des médias et de l'opinion publique, la facette financière de la crise est aujourd'hui en voie de règlement, parfois douloureux, grâce à une intervention massive des autorités publiques pour éviter l'effondrement en chaîne des grandes institutions financières.

Les inquiétudes se tournent vers la transmission de la crise financière à l'économie dite "réelle", en clair la sphère de la production et de la consommation des biens et des services.

La dégradation des grands indicateurs macro-économiques

 Les prévisions de croissance du FMI pour 2009 sont de plus en plus pessimistes : quasi stagnation aux USA et dans la zone euro, recul au Royaume-Uni ... Dans la foulée, les perspectives d'évolution de l'emploi s'assombrissent et la remontée du chômage est déjà perceptible dans de nombreux pays.

Les canaux de transmission

Les principaux "canaux de transmission" de la sphère financière à la sphère réelle ont tous la même origine : l'accès au crédit, tant pour les entreprises que pour les ménages, avec un "effet-prix" (le coût du crédit) et un "effet-volume" (credit crunch 1).

Les entreprises, au premier rang d'entre elles les PME, rencontrent déjà des difficultés croissantes à couvrir leurs besoins de trésorerie courante (des programmes immobiliers, par exemple, sont interrompus par manque de préfinancement), et l'investissement productif commence à souffrir de la contraction du crédit bancaire, surtout dans les pays où les taux d'autofinancement sont traditionnellement peu élevés (la France, par exemple).

Du côté des ménages, la stagnation voire le recul des revenus réels et les restrictions à l'emprunt laissent augurer une contraction durable de la demande de logements d'une part, de la consommation courante d'autre part.

Ces comportements de prudence sont renforcés par "les effets de richesse" (2) : les ménages propriétaires de leur logement voient diminuer la valeur de leur patrimoine, les détenteurs de portefeuilles d'actions voient aussi la valeur de leurs avoirs "ponctionnée" par l'effondrement de la Bourse.

Le phénomène peut prendre une ampleur différente selon les pays, très forte aux USA (où la faible épargne des ménages ne peut jouer le rôle d'amortisseur) probablement moins intense en Europe où, par exemple, les systèmes de retraite par répartition atténueront l'impact pour les ménages retraités.

Il reste que s'installe progressivement un climat anxiogène dont l'Histoire économique a maintes fois montré qu'il pouvait auto-entretenir la situation de crise.

 

Evolution des crédits accordés par les IFM *
au secteur privé dans la zone euro

Evolution des crédits accordés par les IFM

 *  IFM : Institutions financières monétaires
 ** SNF : Sociétés non financières

Le ralentissement des accords de crédit aux SNF et aux ménages se confirme. La contraction affecte surtout les crédits aux ménages, au premier rang desquels les crédits immobiliers et dans une moindre mesure, les crédits de trésorerie.

 

(1) "credit crunch " : rationnement du crédit.

(2) " Effets de richesse" : effets sur la dépense privée suscités par un changement de la richesse. Les effets de richesse sont généralement associés à des changements de la valeur des actions, des obligations et des biens immobiliers.

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