Analyse du sujet
- Mots clefs : origine sociale, position sociale
- Liens entre les notions : il s’agit de réfléchir sur le lien entre origine sociale et position sociale. La position sociale des individus découle-t-elle de leur origine sociale ? Si cette relation se vérifie souvent en partie, ce n’est pas toujours le cas. Dans ces conditions, quels seraient les autres facteurs qui influencent la position sociale qu’occupent les individus ?
- Hypothèse de travail retenue : l’origine sociale peut être un facteur explicatif de la position sociale occupée par les individus ; toutefois, elle ne permet pas à elle seule de la comprendre. Il faut donc étudier d’autres éléments qui ont aussi une influence sur la place qu’occupent les personnes dans la hiérarchie sociale.
- Hypothèses ne permettant pas de traiter le sujet :
- hypothèse 2 : après avoir montré que l’origine sociale détermine la position sociale, il s’agira de relativiser son impact sur la structure sociale
- hypothèse 3 : la position sociale des individus est conditionnée en partie par leur origine, mais il n’en demeure pas moins qu’il existe une certaine fluidité sociale
- hypothèse 4 : après avoir constaté que la position sociale est conditionnée par l’origine sociale des individus, il s’agira de s’intéresser aux différents mécanismes de reproduction sociale
Mobilisation des connaissances de cours pour traiter le sujet
- égalité des chances
- inégalité des chances
- mobilité
- immobilité
- destinée
- recrutement
- mobilité structurelle
- mobilité nette
- reproduction
- capital économique
- capital culturel
- capital social
- justice sociale
Mobilisation des savoir-faire pour traiter le sujet
- Lire un tableau à double entrée (document n°1 : sur 100 fils d’agriculteurs, seuls 21,8 % d’entre eux sont devenus agriculteurs)
- Repérer des tendances contenues dans un tableau statistique (document n° : la diagonale représente les immobiles ; dans ce cas, l’immobilité sociale apparaît comme plus marquée aux extrêmes de la hiérarchie salariale ; document n°1 – repérer les trajectoires des individus et notamment les trajectoires courtes : sur 100 fils d’employés, 29 d’entre eux deviennent ouvriers alors qu’un peu plus de 27 exercent une profession intermédiaire)
- Etablir des corrélations entre différents critères utilisés pour construire une représentation graphique (document n°2 – le taux de réussite scolaire est lié à l’origine socioculturelle : plus les parents des enfants seront diplômés du supérieur, plus la réussite scolaire sera forte ; document n°6 : le taux de réussite est d’autant plus élevé que les élèves sont issus de milieux disposant d’un capital culturel élevé)
- Repérer les différents arguments pouvant étayer une hypothèse de travail permettant de traiter le sujet (document n°2 : la thèse de la reproduction sociale à partir de l’explication de la position sociale occupée par un individu reposant sur son environnement socioéconomique, mais aussi et surtout par la transmission d’un capital culturel)
- Repérer une explication principale par rapport à une explication secondaire (document n°2 : explication de la position sociale d’un individu par la transmission d’un capital culturel par rapport à celle mettant en avant l’environnement socioéconomique)
- Etablir des liens entre plusieurs arguments contenus dans le dossier documentaire (position sociale occupée par la transmission de capitaux : transmission d’un capital culturel dans le document n°2 et transmission d’un capital relationnel dans le document n° 5)
Etude du dossier documentaire
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Document n°1 – Catégorie socioprofessionnelle du fils selon celle du père (tableau)
Les catégories situées aux extrêmes de la hiérarchie salariale sont marquée par une certaine forme de reproduction sociale : 40 % des fils de cadres deviennent eux-mêmes cadres alors que près d’un fils d’ouvrier sur deux devient ouvrier.
En revanche la fluidité sociale est plus forte dans les milieux intermédiaires ; toutefois, si la mobilité y est plus forte, elle s’inscrit plutôt dans le cadre de trajectoires courtes ; par exemple, les fils d’employés vont exercer pour 27,5 % d’entre eux une profession intermédiaire.
Enfin, la mobilité d’autres catégories est fortement contrainte par les transformations économiques (mobilité structurelle) : seuls 27,8 % des fils d’agriculteurs deviennent agriculteurs ; de même, seuls 11,8 % des enfants d’artisans, commerçants et chefs d’entreprises occupent la même position sociale que celle de leur père.
Document n°2 – Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, "Rapport 2003-2004" (extrait)
La variable socio-économique apparaît comme un premier facteur explicatif des difficultés scolaires de certains enfants issus des milieux défavorisés.
En revanche, la variable déterminante serait constituée par la transmission d’un capital culturel ; ce dernier serait mesurable par le niveau de diplômes des mères : 3 cadres sur 4 souhaitent que leurs enfants poursuivent des études au-delà de 20 ans alors que ce n’est le cas pour un ouvrier sur deux.
Document n°3 – Niveau de diplôme des jeunes à la sortie du système éducatif selon leur origine socioculturelle (graphique)
L’obtention des diplômes est en partie corrélée à l’origine sociale des parents : seuls 8 % des enfants d’ouvriers (quand les deux parents le sont) sortent du système éducatif avec un niveau de diplômes égal ou supérieur à BAC + 3 alors que la proportion atteint les 57 % quand les deux parents sont cadres.
De plus, l’origine socioculturelle peut s’avérer aussi discriminante dans le sens où quand le père des enfants est né hors de France, la réussite de ces derniers est moins forte que celle enregistrée par ceux qui sont nés ainsi que leurs parents en France.
Document n°4 – François Dubet, L'école des chances : Qu'est-ce qu'une école juste ? (extrait)
La méritocratie apparaît comme un moyen de lutter contre la reproduction sociale dans le sens où elle permet à chacun de concourir pour l’obtention de situations enviables en fonction de son mérite.
L’égalité des chances apparaît donc comme un moyen de produire des inégalités que l’on pourrait qualifier de justes ; l’école permettrait alors potentiellement à chacun de gravir l’échelle sociale.
Document n°5 – B. Bertin-Mourot et M. Bauer, Des élites françaises en circuit fermé (extrait)
Les élites peuvent s’appuyer sur des réseaux qu’elles ont construits pour aider leurs enfants.
De même, les grandes écoles publiques permettent de tisser des réseaux.
L’appartenance à l’élite se consolide par l’entretien d’un capital relationnel qui contribue à une forte reproduction sociale (ex : consanguinité selon F. Dubet).
Document n°6 – Taux d'accès à une profession supérieure ou intermédiaire, selon le diplôme, le sexe et le milieu d'origine (graphique)
Les taux d’accès aux professions supérieures sont fortement corrélés à la détention des diplômes quel que soit le milieu social mais aussi quel que soit le sexe ; l’école permettrait donc une plus grande fluidité sociale et l’hypothèse méritocratique tendrait à se vérifier : les enfants non bacheliers accèdent pour moins d’un dixième des cas en général à une profession intermédiaire ou supérieure alors que ceux qui sont diplômés du supérieur long peuvent y prétendre dans près de 80 % des cas.
Toutefois, des inégalités demeurent : les taux d’accès à diplôme égal sont différents d’un milieu social à l’autre mais aussi entre les populations masculine et féminine.
Plan détaillé
Introduction
Les sociétés démocratiques ont permis la mise en place des libertés publiques et ont pu garantir une égalité des droits entre les citoyens. Elles se sont également construites à partir d’une égalité des chances entre ces derniers. Les positions sociales seraient alors accessibles au plus grand nombre en fonction du mérite. La place occupée par un individu dans une société dépend-elle uniquement des qualités individuelles ? L'origine sociale ne joue-t-elle pas un rôle dans la position sociale occupée par les individus ? De même, si cette dernière est conditionnée en partie par la place occupée par les parents dans la structure sociale, ne dépend-elle pas d'autres facteurs ?
Il s'agira d'exposer dans un premier temps en quoi l'origine sociale peut constituer un facteur explicatif de la position sociale occupée par les individus. Mais la position sociale s’explique également par d’autres facteurs, permettant de relâcher quelque peu l’hypothèse du déterminisme sociologique.
Première partie : l'origine sociale peut apparaître comme une explication à la position sociale occupée par les individus
A. La famille peut contribuer à reproduire la hiérarchie sociale
- Les milieux situés aux extrêmes de la hiérarchie salariale connaissent une reproduction sociale plus marquée que les autres catégories sociale (ex : cadres et ouvriers) (document n°1).
- La variable socio-économique permet de comprendre en partie la réussite ou l’échec scolaire qui débouchent sur des places différentes dans la structure sociale (document n°2).
- La variable culturelle apparaît encore aujourd’hui comme déterminante pour appréhender la position sociale des individus (document n°2).
B. L’école contribue en partie à conforter ce phénomène
- La réussite scolaire est corrélée à l’origine sociale des élèves ce qui tendrait à conforter l’hypothèse de l’école comme instrument de reproduction sociale (documents n°3 et 4).
- De plus, l’origine socioculturelle a aussi une incidence sur cette réussite (documents n°3,4 et 6).
Deuxième partie : néanmoins, il faut proposer d'autres hypothèses de travail pour appréhender les autres facteurs qui influencent la position sociale
A. Les changement structurels influencent aussi l’évolution de la structure sociale
- La mobilité est en partie structurelle dans l’hypothèse de la disparition progressive de certains emplois (ex : le cas des fils d’agriculteurs, des fils d’artisans, commerçants et chefs d’entreprises) (document n°1).
- Elle peut aussi s’expliquer par la création de nouveaux gisements d’emplois (ex : dans le secteur tertiaire et en particulier les emplois qualifiés d’intermédiaires) ; d’ailleurs, la fluidité sociale est plus forte dans ces catégories intermédiaires (document n°1).
B. Les stratégies des acteurs peuvent aussi permettent de comprendre la position sociale occupée par les individus
- La mise en place de réseaux contribue à expliquer la position sociale ; c’est notamment le cas des écoles prestigieuses (document n°5).
- Le développement de la méritocratie permet aussi de comprendre la réussite sociale . Si la sociologie se propose avant tout d’expliquer les régularités sociales, elle ne doit pas non plus négliger l’analyse de la réussite scolaire et sociale de bon nombre d’enfants d’origine modeste (documents n°4 et 6).
Conclusion
L’origine sociale apparaît encore aujourd’hui un élément important dans l’analyse des parcours des individus dans la hiérarchie sociale. La famille mais aussi l’école permettent en partie de reproduire la structure sociale. Toutefois, le développement de la méritocratie et de la mobilité dans les sociétés démocratiques tend à amender le constat.
Cela dit, les trajectoires de mobilité sont souvent courtes, quand elles ne sont pas déterminées par les évolutions de la structure sociale. C’est pourquoi les interventions de la puissance publique pour encourager la mobilité sociale, et tout particulièrement les politiques de discrimination positive, peuvent être pleinement justifiées.