Autres centres étrangers – juin 2009 – enseignement obligatoire
Thème : cohésion sociale
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire
Dossier réalisé par Dominique Szczesny
La progression du chômage cumulée à celle de la précarité fragilise le travail comme instance d’intégration. Souvent, ces deux éléments représentent la première phase du processus de l’exclusion sociale.
De même, l’exclusion apparait comme un processus cumulatif de handicaps sociaux ; on assisterait à une fracture sociétale, à la naissance du dualisme : les uns intégrés par les liens sociaux qui ont été tissés, les autres cumulant les handicaps sociaux.
La perte de l’emploi produit à la fois une perte de revenus mais aussi un délitement du lien social. De plus, il enclenche un processus cumulatif : chômage – perte progressive des droits – revenus de plus en plus faibles – précarité économique. Ce processus s’inscrit aussi dans une dimension sociale : chômage – délitement progressif du lien social – risque de fragilisation des liens familiaux – perte de reconnaissance sociale (d’identité) – exclusion.
Deux aspects sont présentés quant aux effets du chômage : le premier insiste sur le délitement progressif du lien social : ce processus peut aboutir à la stigmatisation, à la dévalorisation de soi. Ce délitement du lien social est aussi perceptible dans toutes les activités sociales de l’individu, ce qui met en avant l’aspect cumulatif du processus d’exclusion : retrait des activités culturelles, associatives, du militantisme, de la participation politique.
Le deuxième volet de l’argumentation contenue dans le document met en avant les conséquences économiques du chômage : ce dernier peut provoquer la pauvreté monétaire.
Cette dernière peut être amplifiée par la prise en charge plus difficile des risques sociaux par la protection sociale.
Différentes formes de pauvreté peuvent être étudiées : celle qui découle de la perte d’emploi (36 % des demandeurs d’emploi non indemnisés), celle qui s’inscrit dans le cade de la pauvreté de long terme (les allocataires du RMI depuis plus de trois ans). Ces deux formes de pauvreté permettent d’illustrer que le fait de ne plus avoir une activité professionnelle rémunérée constitue la principale cause de pauvreté.
En revanche, il faut aussi mettre l’accent sur l’existence de travailleurs pauvres : 8 % des personnes ayant un emploi vivant dans un ménage sont pauvres.
En parallèle, l’exclusion peut aussi se mesurer par l’accès réduit voire au non accès à certains droits fondamentaux : le renoncement aux soins, l’accès au logement social, l’accès à l’école. Enfin, les handicaps peuvent être cumulés : la perte d’emploi génère des difficultés financières entraînant un accès moindre aux droits (accès aux soins).
Le travail et la famille constituent les deux principaux lieux d’intégration. Leurs transformations et plus particulièrement leur fragilisation peuvent, a contrario, produire l’exclusion sociale.
La montée du chômage a réduit le rôle direct du travail comme intégrateur social mais aussi son rôle indirect dans le sens d’une plus grande difficulté à financer la protection sociale et en faire bénéficier les individus (système de protection sociale en partie d’inspiration bismarckienne).
De même, la famille est traversée par de profondes mutations qui peuvent fragiliser le lien social et amenuiser les systèmes de solidarité : montée du divorce, des familles monoparentales.
Enfin, la réduction des solidarités au sein des familles peut aussi contribuer à accentuer le processus d’exclusion résultant de la perte d’un emploi, renforçant alors le processus cumulatif de l’exclusion.
Quelle que soit la situation familiale, le chômage constitue le principal facteur de pauvreté. Toutefois, la structure familiale peut constituer, dans certains cas, un amortisseur ou, dans d’autres, un amplificateur du processus d’exclusion. En effet, le taux de pauvreté monétaire est moins important chez les couples alors qu’il est plus important dans les familles monoparentales ou chez les personnes seules.
Enfin, il est à noter que la pauvreté existe aussi dans certaines structures familiales caractérisées par la présence deux actifs ayant un emploi annuel à temps complet.
La période des Trente Glorieuses, marquée par une progression importante des richesses crées au sein des économies des pays développés, a aussi été caractérisée par une élévation des niveaux de vie et une réduction progressive de la pauvreté. Par conséquent, l’exclusion sociale a été fortement réduite au cours de cette période. Depuis le début des années 1980, cette dernière s’est de nouveau développée. A quoi cela est-il dû ?
La crise du travail peut apparaître comme l’un de ses principaux facteurs explicatifs. De même, ses transformations et plus particulièrement la montée de la précarité viennent renforcer ce constat. Toutefois, l’exclusion est aussi multiforme et il s’avère que d’autres facteurs cumulatifs viennent l’expliquer.
L’exclusion sociale apparaît donc comme un processus multiforme où le travail et la précarité constituent les principaux facteurs déclenchant. De plus, ce processus peut être renforcé par la fragilisation d’autres instances d’intégration comme la famille, l’école, etc.
L’exclusion sociale est donc un processus cumulatif et peut apparaître come une spirale sans fin : la perte de l’emploi entraînant la pauvreté monétaire mais aussi la stigmatisation et la fragilisation d’autres liens, et notamment familiaux.
Toutefois, de nouvelles solidarités apparaissent même si elles sont mues par des sentiments que l’on pourrait qualifier d’individualistes. Il serait alors intéressant de mener une étude sur le long terme sur la montée de cet individualisme et la naissance de nouvelles solidarités.