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Comment peut-on expliquer l’exclusion sociale aujourd’hui ?

  
Autres centres étrangers – juin 2009 – enseignement obligatoire

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Thème : cohésion sociale
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire

Dossier réalisé par Dominique Szczesny

Analyse du sujet

  • Mots clefs : expliquer, exclusion sociale
  • Liens entre les notions : il s’agit de réfléchir aux différents facteurs explicatifs de l’exclusion sociale. Par conséquent, il faudra mettre en exergue les éléments explicatifs déterminants de l’exclusion sociale mais aussi l’aspect cumulatif du processus d’exclusion sociale. Enfin, le cadre temporel est limité à la période dans laquelle nous nous situons.
  • Hypothèses de travail possibles : 
    • hypothèse 1 : le travail et la précarité apparaissent aujourd’hui comme les principaux facteurs explicatifs de l’exclusion sociale qui sont renforcés par le cumul d’autres éléments
    • hypothèse 2 : le chômage et la précarité expliquent de manière principale l’exclusion sociale. Néanmoins, il ne faut pas négliger d’autres facteurs explicatifs
  • Choix retenu pour traiter le sujet : hypothèse 1
  • Hypothèses ne permettant pas de traiter le sujet :
    • hypothèse 3 : après avoir présenté les différentes formes d’exclusion (hors sujet), il s’agira de s’intéresser aux facteurs explicatifs
    • hypothèse 4 : après avoir étudié les facteurs explicatifs de l’exclusion sociale, il s’agira de préciser les mesures mises en œuvre pour y remédier (hors sujet)

Mobilisation des connaissances de cours pour traiter le sujet

  • cohésion  sociale
  • intégration
  • instances d’intégration
  • lien social
  • exclusion
  • pauvreté
  • anomie
  • déviance
  • individualisme
  • solidarité mécanique/organique
  • protection sociale
  • assurance/assistance
  • identité

Mobilisation des savoir-faire pour traiter le sujet

  • Repérer des informations contenues dans un document pouvant être mobilisées dans des parties différentes du développement (document n°1 : l’idée selon laquelle le chômage et la précarité de l’emploi apparaissent comme des facteurs importants de l’exclusion sociale sera développée dans la première partie du développement alors que celle relative au cumul de handicaps sera précisée dans la seconde)
  • Savoir lire un schéma d’implication (document n°2 : la perte de l’emploi génère à la fois des effets économiques comme la perte de revenus et sociaux c'est-à-dire le délitement progressif du lien social ; le cumul des deux effets se traduit par l’exclusion sociale)
  • Etablir un lien entre deux documents de nature différente (documents n°2 et 3 : délitement progressif du lien social)
  • Savoir lire des données statistiques contenues dans un tableau (document n°4 : sur 100 demandeurs d’emploi, environ 37 ne sont pas indemnisés)
  • Savoir illustrer une hypothèse de travail à partir d’éléments contenus dans un document  (document n°5 : la famille ne constitue pas toujours un rempart efficace contre l’exclusion : « on a assisté, au cours des deux dernières décennies, à la désinstitutionalisation des relations familiales et, en conséquence, à l'affaiblissement des solidarités entre les membres de la famille »)
  • Effectuer des comparaisons à partir de données chiffrées contenues dans un tableau (document n°6 : la perte d’emploi constitue toujours le principal élément explicatif de la pauvreté ; la situation familiale y joue aussi un rôle : les personnes seules ou les familles monoparentales sont plus touchées que les couples par la pauvreté) 

Etude du dossier documentaire

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Document n°1 – François Dubet, "Inclus/exclus : une opposition pertinente ?" (extrait)

La progression du chômage cumulée à celle de la précarité fragilise le travail comme instance d’intégration. Souvent, ces deux éléments représentent la première phase du processus de l’exclusion sociale.
De même, l’exclusion apparait comme un processus cumulatif de handicaps sociaux ; on assisterait à une fracture sociétale, à la naissance du dualisme : les uns intégrés par les liens sociaux qui ont été tissés, les autres cumulant les handicaps sociaux.

Document n°2 – Illustration d'après J. Brémond, A. Gélédan, Dictionnaire des Sciences Economiques et Sociales

La perte de l’emploi produit à la fois une perte de revenus mais aussi un délitement du lien social. De plus, il enclenche un processus cumulatif : chômage – perte progressive des droits – revenus de plus en plus faibles – précarité économique. Ce processus s’inscrit aussi dans une dimension sociale : chômage – délitement progressif du lien social – risque de fragilisation des liens familiaux – perte de reconnaissance sociale (d’identité) – exclusion.

Document n°3 – Jacques Freyssinet, Le chômage (extrait)

Deux aspects sont présentés quant aux effets du chômage : le premier insiste sur le délitement progressif du lien social : ce processus peut aboutir à la stigmatisation, à la dévalorisation de soi. Ce délitement du lien social est aussi perceptible dans toutes les activités sociales de l’individu, ce qui met en avant l’aspect cumulatif du processus d’exclusion : retrait des activités culturelles, associatives, du militantisme, de la participation politique.
Le deuxième volet de l’argumentation contenue dans le document met en avant les conséquences économiques du chômage : ce dernier peut provoquer la pauvreté monétaire.
Cette dernière peut être amplifiée par la prise en charge plus difficile des risques sociaux par la protection sociale.

Document n°4 – Indicateurs de la pauvreté et de l'exclusion en France (tableau)

Différentes formes de pauvreté peuvent être étudiées : celle qui découle de la perte d’emploi  (36 % des demandeurs d’emploi non indemnisés), celle qui s’inscrit dans le cade de la pauvreté de long terme (les allocataires du RMI depuis plus de trois ans). Ces deux formes de pauvreté permettent d’illustrer que le fait de ne plus avoir une activité professionnelle rémunérée constitue la principale cause de pauvreté.
En revanche, il faut aussi mettre l’accent sur l’existence de travailleurs pauvres : 8 % des personnes ayant un emploi vivant dans un ménage sont pauvres.
En parallèle, l’exclusion peut aussi se mesurer par l’accès réduit voire au non accès à certains droits fondamentaux : le renoncement aux soins, l’accès au logement social, l’accès à l’école. Enfin, les handicaps peuvent être cumulés : la perte d’emploi génère des difficultés financières entraînant un accès moindre aux  droits  (accès aux soins).

Document n°5 – Dominique Schnapper dans L'exclusion, l'état des savoirs (extrait)

Le travail et la famille constituent les deux principaux lieux d’intégration. Leurs transformations et plus particulièrement leur fragilisation peuvent, a contrario, produire l’exclusion  sociale.
La montée du chômage a réduit le rôle direct du travail comme intégrateur social mais aussi son rôle indirect dans le sens d’une plus grande difficulté à financer la protection sociale et en faire bénéficier les individus (système de protection sociale en partie d’inspiration bismarckienne).
De même, la famille est traversée par de profondes mutations qui peuvent fragiliser le lien social et amenuiser  les systèmes de solidarité : montée du divorce, des familles monoparentales.
Enfin, la réduction des solidarités au sein des familles peut aussi contribuer à accentuer le processus d’exclusion résultant de la perte d’un emploi, renforçant alors le processus cumulatif de l’exclusion.

Document n°6 – Pauvreté après transferts (tableau)

Quelle que soit la situation familiale, le chômage constitue le principal facteur de pauvreté. Toutefois, la structure familiale peut constituer, dans certains cas,  un amortisseur ou, dans d’autres, un amplificateur du processus d’exclusion. En effet, le taux de pauvreté monétaire est moins  important chez les couples alors qu’il est plus  important dans les familles monoparentales ou chez les personnes seules.
Enfin, il est à noter que la pauvreté existe aussi dans certaines structures familiales caractérisées par la présence deux actifs ayant un emploi annuel à temps complet.

Plan détaillé

Introduction

La période des Trente Glorieuses, marquée par une progression importante des richesses crées au sein des économies des pays développés, a aussi été caractérisée par une élévation des niveaux de vie et une réduction progressive de la pauvreté. Par conséquent, l’exclusion sociale a été fortement réduite au cours de cette période. Depuis le début des années 1980, cette dernière s’est de nouveau développée. A quoi cela est-il dû ?
La crise du travail peut apparaître comme l’un de ses  principaux facteurs explicatifs. De même, ses transformations et plus particulièrement la montée de la précarité viennent renforcer ce constat. Toutefois, l’exclusion est aussi multiforme et il s’avère que d’autres facteurs cumulatifs viennent l’expliquer.

Première partie : le chômage et la précarité constituent les principaux facteurs de déclenchement du processus d’exclusion sociale

A. La montée du chômage affaiblit le travail comme instance d’intégration

  • Le chômage peut apparaître comme la première phase du processus d’exclusion : il en constitue souvent l’élément déclencheur (document n°1).
  • Le travail ne permet donc plus d’intégrer l’ensemble des membres d’une société : sa fragilisation peut produire l’exclusion (document n°5).
  • Ce défaut de travail quand il s’inscrit dans la longue durée peut conduire à la pauvreté monétaire (document n° 3) mais aussi à l’exclusion sociale (document n°5).

B. La précarisation du travail peut aussi conduire à l’exclusion sociale

  • La précarité peut se traduire par des situations de pauvreté monétaire et à terme conduire à l’exclusion (document n°1 et n°4).
  • De plus, elle peut aussi se matérialiser par des situations de pauvreté durable : développement du nombre de « travailleurs pauvres »  ne pouvant avoir accès aux modèles de consommation du plus grand nombre  (document n°4). 

Deuxième partie : le cumul d’autres facteurs à ces deux éléments principaux peut aussi conduire à l’exclusion

A. La fragilisation de l’institution familiale peut aussi expliquer le processus

  • La famille qui est considérée comme une instance fondamentale d’intégration peut conduire à certaines formes d’exclusion dans l’hypothèse où elle est elle-même fragilisée (document n°5).
  • La fragilisation des liens familiaux peut venir amplifier les effets du chômage en termes d’exclusion sociale (document n°5 et n°6).

B. Les difficultés de prise en charge par les pouvoirs publics  des situations de fragilité sociale contribuent aussi à expliquer le processus

  • Le renoncement aux soins, à l’école, les difficultés liées à l’accès au logement social illustrent aussi  le processus d’exclusion (document n° 4).
  • Les difficultés financières auxquelles est confronté le système de protection sociale réduisent son champ d’intervention et ne lui permettent plus de prendre en charge les risques sociaux des individus (document n°3).

Conclusion

L’exclusion sociale apparaît donc comme un processus multiforme où le travail et la précarité constituent les principaux facteurs déclenchant. De plus, ce processus peut être renforcé par la fragilisation d’autres instances d’intégration comme la famille, l’école, etc.
L’exclusion sociale est donc un processus cumulatif et peut apparaître come une spirale sans fin : la perte de l’emploi entraînant la pauvreté monétaire mais aussi la stigmatisation et la fragilisation d’autres liens, et notamment familiaux.
Toutefois, de nouvelles solidarités apparaissent même si elles sont mues par des sentiments que l’on pourrait qualifier d’individualistes. Il serait alors intéressant de mener une étude sur le long terme sur la montée de cet individualisme et la naissance de nouvelles solidarités.

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