Sources et limites de la croissance

3. Productivité et croissance

3.1. La notion de productivité

Documents associés - Textes de référence

Comment mesurer le travail ?


Vincent, André L.A (1968), La mesure de la productivité, Paris, Dunod, p. 89


La mesure du travail en tant que facteur de production est pratiquement liée à celle du nombre d'heures de travail. Certes, le nombre de travailleurs est une unité statistique qui peut être éventuellement considérée comme suffisante, et se trouve même parfois bien adaptée au problème à traiter. Mais, en règle générale, c'est le nombre d'heures de travail qui est, aujourd'hui, à la base de la mesure du travail. Base bien imparfaite, assurément, comme tous les auteurs le reconnaissent.

Ainsi, les conditions du travail, son intensité, sa pénibilité peuvent être très variables tandis que, dans certains cas, les heures de travail ne sont guère plus que des heures de présence. Même en laissant de côté la question des conditions de travail, un choix difficile est nécessaire : additionnera-t-on purement et simplement les heures de travail du manoeuvre, de l'ouvrier qualifié, de l'ingénieur, ou acceptera-t-on une pondération – et dans ce dernier cas, quels coefficients adoptera-t-on ? Comme toujours, le choix dépend du but recherché, tandis que la "solution comptable" fournit une convention, discutable certes, mais bien assise : les coefficients de pondération sont alors les coûts horaires, toutes charges comprises.

De toutes façons, en ce qui concerne les dirigeants, les inventeurs, les chercheurs en général, il est dérisoire de réduire leur travail à un nombre d'heures puisque c'est la réflexion, l'imagination, l'intuition qui en font toute la valeur, notamment du point de vue de la productivité. D'autre part, la recherche actuelle conduit à l'amélioration de la production future, et il serait logique d'amortir les dépenses de recherche sur plusieurs années. Mais les comptables ne sont pas engagés dans cette voie. Il appartient donc aux calculateurs des indices de productivité ou à leurs interprètes de tenir compte de ce décalage.

Finalement, les décomptes d'heures de travail restent indispensables. Ils ne sont pas toujours faciles à extraire des comptabilités d'entreprises ou des statistiques professionnelles, qui se réfèrent souvent aux heures "payées" et non aux heures "ouvrées". Pour la mesure de la productivité, la distinction est cependant essentielle et l'absentéisme sous toutes ses formes doit donner lieu, le cas échéant, à des déductions.

A l'échelle nationale et à celle des branches, le nombre d'heures de travail ou ses variations sont généralement saisies à l'aide de statistiques différentes : population active ou nombre de travailleurs d'une part, durée du travail par semaine, par mois ou par an d'autre part.