France métropolitaine – juin 2010 – enseignement obligatoire
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Thème : société
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire
Dossier réalisé par Dominique Szczesny
La solidarité est confrontée à une crise de financement et de légitimité. En parallèle se développe la solidarité privée qui peut prendre différentes formes. Elle peut se matérialiser par les aides familiales ou par les aides que l’on pourrait qualifier d’humanitaires.
On peut expliquer ce regain des solidarités privées par l’essoufflement de la solidarité publique qui, dans ce cas, tendrait à se substituer à cette dernière. On peut aussi percevoir ces solidarités privées comme des compléments à la solidarité publique.
La protection sociale prend en charge une très grande diversité de risques. Toutefois, la prise en charge de la vieillesse ainsi que celle de la maladie représentent à elles deux 57,1 % des dépenses de protection sociale. Ceci met en lumière les problèmes de financement auxquels est confronté le système de protection sociale. En effet, devant la pression démographique que constitue l’augmentation du nombre de seniors, ces dépenses ne pourront que s’accroître, la réforme des financements apparaissant alors comme une nécessité. De même, une réflexion sur les modes de financement de la prise en charge du risque devient aussi nécessaire: prise en charge collective ou prise en charge plus individualisée comme par exemple les systèmes par capitalisation ?
La famille constitue un lieu d’entraide et, par conséquent, contribue à mettre en œuvre des solidarités privées. Celles-ci peuvent prendre la forme classique d’aides financières mais aussi d’autres formes comme la cohabitation temporaire, la prise en charge des enfants, etc.
Toutefois, tous les milieux sociaux ne disposent pas du même degré d’aide familiale. En effet, les milieux favorisés proposent une aide proportionnellement plus élevée que celle octroyée dans les familles les moins aisées : les aides familiales représentent 3,7 % du budget des cadres, des professions libérales ou des entrepreneurs alors qu’elles ne représentent que 2,2 % chez les ouvriers soit un écart 1,5 point de pourcentage. En revanche, les aides publiques constituent l’essentiel de l’aide reçue par ces derniers.
La famille constitue aujourd’hui le principal lieu de solidarité privée et de solidarité en général. Si l’on additionne les données statistiques relatives aux parents et celles portant sur les aides attendues du conjoint ou du petit ami en cas de la survenance d’un risque, 71 % des personnes interrogées comptent en premier lieu sur la famille pour résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées.
En second lieu, les personnes interrogées comptent aussi sur leurs amis en cas de problème. Dans les deux cas cités, ce sont les solidarités privées qui sont privilégiées. La référence aux aides sociales ou à des structures collectives comme le syndicat sont proportionnellement très peu évoquées.
Les taux d’adhésion aux associations sont très différents en fonction du type d’adhérent mais aussi en fonction du type d’association. Les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes attitudes en termes d’adhésion. Un écart de 10 points de pourcentage au profit des hommes existe entre les taux d’adhésion féminin et masculin. En revanche, les associations de nature artistique, culturelle, musicale ou de parents d’élèves sont davantage prisées par les femmes que les hommes.
En parallèle, ce sont les associations sportives et les clubs du troisième âge qui se détachent en termes de taux d’adhésion : 14 % pour les associations sportives contre seulement 3 % pour les syndicats, les associations de quartier ou locales soit un écart de 11 points de pourcentage.
Une tendance marque l’évolution du système de protection sociale français: on observe un glissement d’un modèle offrant une protection maximale des risques à un modèle minimaliste. Cette évolution a été facilitée par la dégradation du marché du travail et plus particulièrement par la crise du financement du système de protection sociale. En parallèle, un glissement dans le financement s’opère également: d’un financement reposant principalement sur les cotisations sociales, on observe une évolution vers un financement par l’impôt.
A ces deux modèles correspondent deux visions différentes de la solidarité publique : dans le modèle minimaliste, les dépenses de solidarité offre un filet de sécurité aux plus démunis; dans le modèle maximaliste, chacun doit être pourvu du minimum de ressources et de protections nécessaires à l’exercice sa citoyenneté sociale.
Les pays développés à économie de marché ont mis en place progressivement des systèmes de protection sociale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Sont alors apparus différents modèles correspondants à des logiques et des conceptions différentes de la prise en charge des risques sociaux. Ils avaient néanmoins tous pour objectif de mettre en place des solidarités collectives mais à des degrés divers.
En parallèle, des solidarités privées continuaient d’exister, contribuant ainsi à tisser du lien social.
Face à la montée de la pauvreté et aux bouleversements économiques et sociaux actuels, comment la solidarité s’exerce-t-elle aujourd’hui? Il apparaît que si elle peut prendre une forme publique (via les interventions de l'État et de la protection sociale), des formes de solidarité privées demeurent importantes et peuvent pallier les défaillances de la solidarité publique ou apparaître comme complémentaires d’une prise en charge privée des risques sociaux.
(document 2, document 4, document 6)
La mise en place de la protection sociale a permis d’élargir progressivement le nombre de ses bénéficiaires mais aussi le nombre de risques couverts. Aujourd’hui, elle peut aussi bien prendre en charge la vieillesse ou la maladie (qui représentent un peu plus de 57 % des dépenses) que le handicap, la pauvreté ou la maternité. Cette solidarité s’exprime alors par la prise en charge collective du risque et par son mode de financement : par les cotisations sociales (ex : la prise en charge des retraites) ou par l’impôt (ex : la prise en charge de la pauvreté).
De même, la solidarité publique apparaît comme le complément nécessaire d’autres formes de solidarité, comme les solidarités familiales. En effet, la prise en charge des personnes âgées ou celle des enfants ne peuvent naturellement exclure la solidarité familiale.
L’endettement de l'État mais aussi les mutations démographiques ont eu pour conséquence une remise en cause de ces solidarités. Par exemple, le système de prise en charge de certains risques fondée sur un principe de répartition connaît des difficultés de financement (le rapport actif/inactifs se dégradant au fil des années, la prise en charge des seconds devient plus difficile). De même, le financement par l’impôt de certains risques devient nécessaire dans la mesure où le nombre de personnes prises en charge augmente : c’est notamment le cas de la prise en charge de la pauvreté et de l’exclusion par l’intermédiaire du RMI puis du RSA.
En outre, la crise de l'État-Providence passe aussi par une remise en cause des solidarités qu’il a mises en place : on assiste progressivement à un glissement d’une solidarité publique maximaliste à une solidarité plus minimaliste.
(document 1, document 2, document 3, document 4, document 5)
Aujourd’hui encore, la famille permet de tisser des liens sociaux et met en place des solidarités privées. Qu’elle soit proche ou élargie, elle est la plus sollicitée en cas de problème de la vie quotidienne. Si l’on agrège les différentes personnes sollicitées en premier lieu faisant partie de la famille (parents et conjoint), cette dernière apparaît comme la principale structure d’aide (les personnes interrogées y faisant appel en premier lieu représentent près de 70 % de l’échantillon interrogé).
Toutefois, d’autres structures peuvent aussi être sollicitées. C’est le cas des associations qui permettent la mise en place de solidarités de proximité ou des organisations humanitaires (ex: mobilisation des individus pour venir en aide aux populations victimes de catastrophes naturelles, etc.).
Ces solidarités privées peuvent alors pallier les déficiences des solidarités publiques. Ce rôle peut notamment être joué par la famille, en particulier à l’heure où les prises en charge collectives des risques sont remises en question dans leur version maximaliste au profit d’une conception plus minimaliste de l’intervention publique en matière de solidarité. Cette dernière conception vise à n’offrir qu’un filet de sécurité minimal aux individus. De même, les structures collectives sont peu sollicitées dans le cas où un problème de la vie quotidienne apparaît. (document 4)
La solidarité peut donc s’exprimer de manière collective par l’intermédiaire du système de protection sociale ou s’inscrire dans un cadre privé au travers de la structure familiale par exemple. Ces deux formes de solidarité peuvent être complémentaires ou substituables. En effet, si la famille ne peut, par exemple, pas prendre en charge seule la vieillesse de l’un de ses membres, l’intervention de la collectivité rend cette prise en charge possible.
De même, la protection sociale se heurte à des problèmes de financement, de sorte qu’elle tend à n’offrir qu’une couverture minimaliste des risques, ce qui rend nécessaire l’intervention d’autres acteurs. Néanmoins, les solidarités privées demeurent inégalitaires, tant en ce qui concerne les personnes qui les rendent effectives (ex: ce sont surtout les femmes qui sont sollicitées) qu’en ce qui concerne des différents milieux sociaux (ex: chez les cadres/professions libérales/entrepreneurs, les aides familiales représentent une part de leur budget plus importante que celle des ouvriers).
Il serait alors intéressant de mener une réflexion sur le poids de ces différentes formes de solidarité dans les autres pays développés à économie de marché disposant d’un système de protection sociale proche du nôtre afin, notamment, de savoir si leur modèle de protection évolue également vers une prise en charge plus minimaliste des risques sociaux.