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Comment la solidarité s'exerce-t-elle en France aujourd'hui ?

  
France métropolitaine – juin 2010 – enseignement obligatoire

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Thème : société
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire

Dossier réalisé par Dominique Szczesny

Analyse du sujet

  • Mots clefs : solidarité
  • Liens entre les notions : il s’agit de mettre en exergue les moyens par lesquels la solidarité s’exerce en France et par conséquent de montrer leur diversité. De même, il faudra mettre en avant la complémentarité  de ces moyens voire leur substituabilité
  • Hypothèses de travail possibles :
    •  hypothèse 1 : la solidarité peut être publique en mutualisant des risques sociaux mais elle peut aussi s’exercer de manière privée
    • hypothèse 2 : différentes formes de solidarité peuvent être mises en œuvre et se compléter mais elles  peuvent aussi se substituer les unes aux autres
  •  Choix retenu pour traiter le sujet :  hypothèse 1
  • Hypothèses ne permettant pas de traiter le sujet :
    • hypothèse 3 : après avoir présenté toutes les formes de solidarité, il s’agira de montrer qu’elle est moins présente aujourd’hui
    • hypothèse 4 : après avoir mis en avant le rôle de l'État dans la mise en place de solidarités, il faudra s’attacher à étudier les limites de ses interventions

Mobilisation des connaissances de cours pour traiter le sujet

  • solidarité
  • lien social
  • cohésion sociale
  • socialisation
  • intégration
  • exclusion
  • pauvreté
  • anomie
  • déviance
  • individualisme
  • solidarité mécanique
  • solidarité organique
  • Etat-providence
  • Risques sociaux
  • Redistribution
  • universalisme
  • communautarisme

Mobilisation des savoir-faire pour traiter le sujet

  • Repérer les différentes formes de solidarité évoquées dans un document (document n°1 : solidarité publique et solidarité privée; au sein de la solidarité privée, on peut distinguer celle qui se manifeste dans le cadre familial de celle qui s’inscrit dans le cadre humanitaire)

  • Lire les données chiffrées contenues dans un graphique circulaire (document n°2 : sur 100 euros dépensés en 2007 dans le cadre de la protection sociale, 38,3 euros l’étaient pour prendre en charge la vieillesse)

  • Comparer les degrés d’entraide dans les différents milieux sociaux en effectuant des transformations statistiques (document n°3 : la part de l’aide offerte au cours d’une année par les ménages ouvriers représente 2,2 % du budget de ces ménages alors qu’elle représentait 3,2 % dans les classes moyennes, soit une différence de un point de pourcentage)

  • Comparer des données chiffrées contenues dans un tableau statistique (document n°4 : les personnes comptent fortement sur leur entourage familial en cas de problème plutôt que sur leurs réseaux d’amitiés ; 42 % et 29 % des personnes interrogées pensent compter plutôt sur leurs parents ou leur conjoint/petit ami que sur leurs amis ou copains (seulement 12 % des personnes interrogées) ; document n°5 : les deux associations qui se détachent en termes d’adhésion sont les associations sportives et les clubs du troisième âge avec des taux d’adhésion respectivement de 14 % et 13 % ; les syndicats connaissent, quant à eux, un taux d’adhésion de 3% pour l’ensemble de la population active)

  • Retrouver des notions de cours contenues dans un document (document n° 6 : système d’assurance et système d’assistance)

Etude du dossier documentaire

>> Voir les documents

Document n°1 – S. PAUGAM, Repenser la solidarité, PUF, 2007 (extrait)

La solidarité est confrontée à  une crise de financement et de légitimité. En parallèle se développe la solidarité privée qui peut prendre différentes formes. Elle peut se matérialiser par les aides familiales ou par les aides que l’on pourrait qualifier d’humanitaires.
On peut expliquer ce regain des solidarités privées par l’essoufflement de la solidarité publique qui, dans ce cas, tendrait à se substituer à cette dernière. On peut aussi percevoir ces solidarités privées comme des compléments à la solidarité publique. 

Document n°2 – Structure des dépenses de protection sociale en France en 2007 (graphique)

La protection sociale prend en charge une très grande diversité de risques. Toutefois, la  prise en charge de la vieillesse ainsi que  celle de  la maladie représentent à elles deux 57,1 % des dépenses de protection sociale. Ceci met en lumière les problèmes de financement auxquels est confronté le système de protection sociale. En effet, devant la pression démographique que constitue l’augmentation du nombre de seniors, ces dépenses ne pourront que s’accroître, la réforme des financements apparaissant alors comme une nécessité. De même, une réflexion sur les modes de financement de la prise en charge du risque devient aussi nécessaire: prise en charge collective ou prise en charge plus individualisée comme par exemple les systèmes par capitalisation ?

Document n°3 – J. H. DECHAUX, Sociologie de la famille, La Découverte, 2007  (extrait)

La famille constitue un lieu d’entraide et, par conséquent, contribue à mettre en œuvre des solidarités privées. Celles-ci peuvent prendre la forme classique d’aides financières mais aussi d’autres formes comme la cohabitation temporaire, la prise en charge des enfants, etc.
Toutefois, tous les milieux sociaux ne disposent pas du même degré d’aide familiale. En effet, les milieux favorisés proposent une aide proportionnellement plus élevée que celle octroyée dans les familles les moins aisées : les aides  familiales représentent 3,7 % du budget des cadres, des professions libérales ou des entrepreneurs alors qu’elles ne représentent que 2,2 % chez les ouvriers soit un écart 1,5  point de pourcentage. En revanche, les aides publiques constituent l’essentiel de l’aide reçue par ces derniers.

Document n°4 – Les jeunes salariés et la solidarité en 2009 (tableau)

La famille constitue aujourd’hui le principal lieu de solidarité privée et de solidarité en général. Si l’on additionne les données statistiques relatives aux parents et celles  portant sur  les aides attendues du conjoint ou du petit ami en cas de la survenance d’un risque, 71 % des personnes interrogées comptent en premier lieu sur la famille pour résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées.
En second lieu, les personnes interrogées comptent aussi sur leurs amis en cas de problème. Dans les deux cas cités, ce sont les solidarités privées qui sont privilégiées. La référence aux aides sociales ou à des structures collectives comme le syndicat sont proportionnellement très peu évoquées.

Document n°5 – Taux d'adhésion à différentes associations en 2006  (tableau)

Les taux d’adhésion aux associations sont très différents en fonction du type d’adhérent mais aussi en fonction du type d’association. Les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes attitudes en termes d’adhésion. Un écart de 10 points de pourcentage au profit des hommes existe entre les taux d’adhésion féminin et masculin. En revanche, les associations de nature artistique, culturelle, musicale ou de parents d’élèves sont davantage prisées par les femmes que les hommes.  
En parallèle, ce sont les associations sportives et les clubs du troisième âge qui se détachent en termes de taux d’adhésion : 14 % pour les associations sportives contre seulement 3 % pour les syndicats,  les associations de quartier ou locales soit un écart de 11 points de pourcentage.

Document n°6 – CASTEL, « Protection sociale », in S. MESURE, P. SAVIDAN (dir.), Le dictionnaire des sciences humaines, PUF, 2006

Une tendance marque l’évolution du système de protection sociale français: on observe un glissement d’un modèle offrant une protection maximale des risques à un modèle minimaliste. Cette évolution a été facilitée par la dégradation du marché du travail et plus particulièrement par la crise du financement du système de protection sociale. En parallèle, un glissement dans le financement s’opère également: d’un financement reposant principalement sur les cotisations sociales, on observe une évolution vers un financement par l’impôt.
A ces deux modèles correspondent deux visions différentes de la solidarité publique : dans le modèle minimaliste, les dépenses de solidarité offre un filet de sécurité aux plus démunis; dans le modèle maximaliste, chacun doit être pourvu du minimum de ressources et de protections nécessaires à l’exercice sa citoyenneté sociale.

Plan détaillé

Introduction

Les pays développés à économie de marché ont mis en place progressivement des systèmes de protection sociale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Sont alors apparus différents modèles correspondants à des logiques et des conceptions différentes de la prise en charge des risques sociaux. Ils avaient néanmoins tous pour objectif de mettre en place des solidarités collectives mais à des degrés divers.
En parallèle, des solidarités privées continuaient d’exister, contribuant ainsi à tisser du lien social.
Face à la montée de la pauvreté et aux bouleversements économiques et sociaux actuels, comment la solidarité s’exerce-t-elle aujourd’hui? Il apparaît que si elle peut prendre une forme publique (via les interventions de l'État et de la protection sociale), des formes de solidarité privées demeurent importantes et peuvent pallier les défaillances de la solidarité publique ou apparaître comme complémentaires d’une prise en charge privée des risques sociaux.

Première partie : la solidarité peut se matérialiser par des interventions publiques

(document 2, document 4, document 6)

A. Les solidarités publiques permettent de couvrir une grande diversité de risques sociaux et apparaissent comme le complément indispensable des solidarités existantes.

La mise en place de la protection sociale a permis d’élargir progressivement le nombre de ses bénéficiaires mais aussi le nombre de risques couverts. Aujourd’hui, elle peut aussi bien prendre en charge la vieillesse ou  la maladie (qui représentent un peu plus de 57 % des dépenses) que le handicap, la pauvreté ou la maternité. Cette solidarité s’exprime alors par la prise en charge collective du risque et par son mode de financement : par les cotisations sociales (ex : la prise en charge des retraites) ou par l’impôt (ex : la prise en charge de la pauvreté).  
De même, la solidarité publique apparaît comme le complément nécessaire d’autres formes de solidarité, comme les solidarités familiales. En effet, la prise en charge des personnes âgées ou celle des enfants ne peuvent naturellement exclure la solidarité familiale.  

B. Toutefois, elles sont confrontées à une crise de l'État-providence qui les remet en cause

L’endettement de l'État mais aussi les mutations démographiques ont eu pour conséquence une remise en cause de ces solidarités. Par exemple, le système de prise en charge de certains risques fondée sur un principe de répartition connaît des difficultés de financement (le rapport actif/inactifs se dégradant au fil des années, la prise en charge des  seconds devient plus difficile). De même, le financement par l’impôt de certains risques devient nécessaire dans la mesure où le nombre de personnes prises en charge augmente : c’est notamment le cas de la prise en charge de la pauvreté et de l’exclusion par l’intermédiaire du RMI puis du RSA.
En outre,  la crise de l'État-Providence passe aussi par une remise en cause des solidarités qu’il a mises en place : on assiste progressivement à un glissement d’une solidarité publique maximaliste à une solidarité plus minimaliste.

Deuxième partie : elle peut aussi s’inscrire dans un cadre privé

(document 1, document 2, document 3, document 4, document 5)

A. Ces solidarités peuvent être exercées par différents acteurs et prendre différentes formes

Aujourd’hui encore, la famille permet de tisser des liens sociaux et met en place des solidarités privées. Qu’elle soit proche ou élargie, elle est la plus sollicitée en cas de  problème de la vie quotidienne.  Si l’on agrège les différentes personnes sollicitées en premier lieu faisant partie de la famille (parents et conjoint), cette dernière apparaît comme la principale structure d’aide (les personnes interrogées y faisant appel en premier lieu représentent près de 70 % de l’échantillon interrogé).
Toutefois, d’autres structures peuvent aussi être sollicitées. C’est le cas des associations qui permettent la mise en place de solidarités de proximité ou des organisations humanitaires  (ex: mobilisation des individus pour venir en aide aux populations victimes de catastrophes naturelles, etc.).   

B. Elles peuvent alors pallier les déficiences des solidarités publiques

Ces solidarités privées peuvent alors pallier les déficiences des solidarités publiques. Ce rôle peut notamment être joué par la famille, en particulier à l’heure où les prises en charge collectives des risques sont remises en question dans leur version maximaliste au profit d’une conception plus minimaliste de l’intervention publique en matière de solidarité. Cette dernière conception vise à n’offrir qu’un filet de sécurité minimal aux individus. De même, les structures collectives sont peu sollicitées dans le cas où un problème de la vie quotidienne apparaît. (document 4)

Conclusion

La solidarité peut donc s’exprimer de manière collective par l’intermédiaire du système de protection sociale ou s’inscrire dans un cadre privé au travers de la structure familiale par exemple. Ces deux formes de solidarité peuvent être complémentaires ou substituables. En effet, si la famille ne peut, par exemple, pas prendre en charge seule la vieillesse de l’un de ses membres, l’intervention de la collectivité rend cette prise en charge possible.
De même, la protection sociale se heurte à des problèmes de financement, de sorte qu’elle tend à n’offrir qu’une couverture minimaliste des risques, ce qui rend nécessaire l’intervention d’autres acteurs. Néanmoins, les solidarités privées demeurent inégalitaires, tant en ce qui concerne les personnes qui les rendent effectives (ex: ce sont surtout les femmes qui sont sollicitées) qu’en ce qui concerne des différents milieux sociaux (ex: chez les cadres/professions libérales/entrepreneurs, les aides familiales représentent une part de leur budget plus importante que celle des ouvriers).
Il serait alors intéressant de mener une réflexion sur le poids de ces différentes formes de solidarité dans les autres pays développés à économie de marché disposant d’un système de protection sociale proche du nôtre afin, notamment, de savoir si leur modèle de protection évolue également vers une prise en charge plus minimaliste des risques sociaux.

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