Avec le ChiNext, la Chine a enfin son Nasdaq

Fin octobre a été inauguré le nouveau marché boursier chinois destiné aux entreprises en forte croissance spécialisées dans les secteurs des hautes technologies, le ChiNext. Alors que les vieux pays industriels recherchent des ressources pour financer leurs plans de relance, la Chine offre de nouvelles opportunités de financement pour ses start-up.

Thème : croissance et développement, entreprise, mondialisation, monnaie et financement
Mise en ligne : 02/12/2009

Financer l'innovation 

Le vendredi 30 octobre 2009, la Chine a inauguré son nouveau marché financier, le ChiNext. Accueilli par le Shenzhen Stock Exchange, la deuxième bourse du pays après Shanghai, il reste néanmoins une bourse indépendante, destinée aux entreprises en forte croissance spécialisées dans les secteurs des hautes technologies sur le modèle du Nasdaq américain.

Le projet date d'il y a plus de 10 ans mais avait dû être ajourné à la suite de l'éclatement de la bulle Internet en 2001. Le ChiNext voit finalement le jour alors que l'économie internationale tente de sortir d'une de ses plus profondes crises financières. Cette démarche peut sembler paradoxale mais elle répond à un réel besoin du capitalisme chinois : aider les entreprises récentes à obtenir des financements auprès d’investisseurs non bancaires dans un contexte où les bourses de Shanghai et de Shenzhen sont dominées par les grandes entreprises d'Etat.

Les conditions imposées aux entreprises désirant être admises sur ce nouveau marché (pour majorité des start-up chinoises) sont relativement exigeantes. Elles doivent :

  • offrir un montant de leur capital à la souscription publique supérieur à 30 millions de yuans. Le total des actions proposées au public doit être supérieur à 25 % du capital (ou 10 % pour une société dont la capitalisation est supérieure à 400 millions de yuans) ;
  • attirer un nombre d'actionnaires supérieur à 200 ;
  • avoir réalisé un bénéfice supérieur de 10 millions de yuans (1 million d'euros) les deux années précédant l’introduction en bourse (ou un bénéfice de 5 millions de yuans et un chiffre d'affaires en forte croissance supérieur à 50 millions de yuans) ;
  • ne pas avoir été condamnées les trois dernières années avant l'introduction pour des activités illégales ou la manipulation de leurs comptes financiers.

Près de 200 entreprises des secteurs de l'électronique, des biotechnologies, l'industrie pharmaceutique, des énergies renouvelables ou de l'information ont été retenues. Parmi celles-ci, la première vague d'introduction a concerné 28 sociétés

Plus de 150 des "gazelles" chinoises sont donc sur liste d'attente et, pour certains financiers, ce nouveau marché pourrait accueillir plus de 1000 entreprises d'ici un an.

Effet casino

Les 28 sociétés introduites ont levé près de 15,5 milliards de yuans (2,3 milliards de dollars ou 1,5 milliard d'euros) grâce à leur introduction en bourse. La capitalisation boursière totale s'élevait à 70 milliards de yuans avant l'ouverture de la séance ; elle a atteint 140 milliards de yuans à la clôture.

 Le ChiNext au 30 octobre 2009

Nombre d'entreprises

28

Nombre d'actions

2,672,140,777

Capital négociable (flottant)

489,312,000

Capitalisation boursière (en yuan)

127,870,370,722

Nombre d'actions échangés

108,206,163

Nombre d'opérations

237,092

Ratio moyen cours/bénéfices

101.43


La première journée de cotation fut épique. Ces entreprises ont levé plus du double des montants prévus. De plus, toutes les sociétés admises au ChiNext ont enregistré une forte valorisation de leur capital. La plus faible hausse s'établit à 45 % et le cours de certains titres a plus que doublé par rapport au prix d'introduction. Certains ont même triplé à l'image du cours de Geeya. La cotation a d'ailleurs été interrompue en cours de journée compte tenu de l'afflux des ordres d'achats. L'engouement des investisseurs est même devenu inquiétant : les demandes de souscription excédaient en moyenne plus de 120 fois l'offre de titres !

Certes, cet enthousiasme des épargnants et autres investisseurs chinois a fait quelques heureux : les actionnaires fondateurs des firmes choisies pour cette première vague d'introduction ont renforcé la valeur de leur patrimoine et certains petits investisseurs ont pu réaliser d'importantes plus-values en une seule journée. Cette journée s'est ainsi traduite par l'apparition de 86 milliardaires, dont 5 de ces "nouveaux riches" (les dirigeants de Beijing Ultrapower Software, de Huayi Bros. Media Group, d'Aier Eye Hospital Group et de Lepu Medical Technology) ont un patrimoine estimé à plus de 10 trillions de yuans. Toutefois, le montant de ces profits, tout comme leur rapidité d'acquisition, laissent supposer qu'il s'agit ici davantage d'une économie de casino que d'un ajustement à la valeur réelle de l’entreprise.

Au cours d’introduction, la valorisation moyenne des 28 sociétés dépassait déjà 50 fois les bénéfices. Le coefficient de capitalisation des résultats s'est établi à plus de 100 (contre en moyenne 20 sur le Nasdaq) ce qui signifie que les investisseurs étaient prêts à payer 100 yuans pour 1 yuan de bénéfice réalisé en 2008.

Pour freiner la spéculation, la Bourse de Shenzhen a décidé que toute action d'une entreprise qui varie de plus de 80 % serait suspendue pour être réintroduite avant la fermeture des marchés.

Un NASDAQ chinois

Le ChiNext est directement inspiré du Nasdaq (National Association of Securities Dealers Automated Quotations) américain. Comme lui, il vise à promouvoir le financement des entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies et les nouvelles industries.

Le Nasdaq participe au financement de plus de 3 000 entreprises. Il permet de diversifier leurs financements et sert de débouché naturel pour les fonds de capital-risque. Le groupe américain a d'ailleurs ouvert en 2007 un bureau à Pékin pour inciter les entreprises chinoises à se coter sur le marché américain. En 2009, plus de vingt sociétés chinoises y ont ainsi été nouvellement enregistrées. Au total, plus de 110 entreprises chinoises se financent sur cette plateforme, notamment des entreprises spécialisées dans les NTIC (Baidu, Sina, Sohu, etc.). Le groupe Baidu (moteur de recherche Internet) a d'ailleurs intégré dans le prestigieux indice Nasdaq-100.

Le succès du ChiNext devrait ralentir ce mouvement de cotation à l'étranger. Les entreprises privées en forte croissance seront moins incitées à rechercher des fonds en dehors du continent, sur le Growth Enterprise Board (GEB) de Hong Kong, le New York Stock Exchange ou le Nasdaq.

Un capitalisme en mutation

On peut relativiser l'importance de cette nouvelle place boursière. En effet, une entreprise sur le ChiNext lève, en moyenne, entre 300 et 500 millions de yuans contre plusieurs milliards de yuans pour les grands conglomérats sur les autres marchés boursiers chinois. Néanmoins, le ChiNext témoigne d'une double transformation du capitalisme chinois.

Premièrement, les entreprises performantes sont de moins en moins liées à l'Etat. En effet, le système financier chinois a longtemps privilégié les grandes sociétés publiques. Les sociétés du ChiNext sont essentiellement des entreprises privées ayant connu un développement par croissance interne alors que les bourses de Shanghai ou Shenzhen sont dominées par des structures oligopolistiques contrôlées par l'État. Le ChiNext confirme le développement d'un capitalisme dont le financement des investissements des entreprises sera davantage orienté par le marché.

Deuxièmement, ce nouveau marché renforce la visibilité d'une "Chine nouvelle", un pays dont un nombre croissant d'entreprises base sa compétitivité sur la création de produits ou de services à forte valeur ajoutée, une puissance commerciale dont les avantages comparatifs seront aussi fondés, à terme, sur l'innovation et les nouvelles technologies.

Vingt ans après le développement du marché des capitaux chinois, le lancement de ChiNext est un nouvel indicateur de la capacité de la Chine à s'intégrer aussi dans la mondialisation financière.

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