France métropolitaine – juin 2009 – enseignement obligatoire
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Thèmes : PCS, inégalités
Type : question de synthèse étayée par un travail préparatoire
Dossier réalisé par Dominique Szczesny
En France, selon l’INSEE, 2,1 % des cadres ou de ceux qui exercent une profession intellectuelle supérieure vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2004. Ce dernier correspond à 60 % du revenu médian (la médiane partage la population en 2 parties égales : la moitié des ménages touche le revenu médian ou moins, l'autre moitié, gagne plus du revenu médian). Ce sont les cadres qui sont les moins touchés par la pauvreté que les autres PCS (ils sont proportionnellement trois moins touchés que les ouvriers).
Les situations des ouvriers et des cadres sont très différentes tant au plan économique qu’au plan social et culturel. En effet, dans le premier cas, le niveau de vie moyen des individus dont la personne de référence est un cadre ou exerce une profession une profession intellectuelle supérieure est pratiquement deux fois plus élevé que celui des ouvriers (30 036 euros contre 15 062 euros ). Cette différence peut en partie expliquer les inégalités relatives aux départs en vacances : 90 % des premiers partent en vacances contre seulement 48 % pour les seconds. De plus, la proportion de personnes touchées par la pauvreté était quasiment six fois plus élevée chez les ouvriers que chez les cadres (taux de pauvreté égal à 12,6 % pour les ouvriers contre seulement 2,1 % chez les cadres).
Quant aux inégalités sociales et culturelles, il s’avère que l’espérance de vie des hommes cadre âgés 35 ans est beaucoup plus élevée que celles des ouvriers : la différence est de l’ordre de 7 années. De même, la fracture numérique persiste encore aujourd’hui puisque 82,9 % des cadres ont une connexion internet contre seulement 46 % des ouvriers soit une différence de 36,2 points de pourcentage. Enfin, l’écart demeure important quant à la fréquentation du cinéma : 81 % des cadres y sont allés au moins une fois en 2006 contre seulement 46 % pour les ouvriers.
Les inégalités économiques ne peuvent constituer la seule cause explicative des autres inégalités. En effet, il existe un écart de 4,5 années en termes d’espérance de vie au profit des agriculteurs comparée à celle des ouvriers, alors que ces mêmes agriculteurs ont le niveau de vie le plus faible de toutes les PCS (14 076 euros en 2004 contre 18 304 euros pour le total et 15 062 euros pour les ouvriers). De même, certaines PCS qui ont des niveaux de vie proches ont des pratiques culturelles différentes : 58 % des employés sont allés au moins une fois au cinéma en 2006 en France contre seulement 46 % des ouvriers, soit une différence de 12 points de pourcentage.
Le chômage et la précarité ont marqué l’évolution de l’emploi depuis plus de vingt années. En effet, les emplois atypiques se sont développés au détriment des CDI et le niveau de chômage est demeuré élevé. Par conséquent, ils ont provoqué la naissance d’inégalités au sein même de chaque catégorie (inégalités intra catégorielles). De même, ils touchent davantage certaines franges d’actifs et c’est notamment le cas des plus jeunes, ce phénomène contribuant à creuser les inégalités entre les générations (inégalités intergénérationnelles).
Etant mises en place en 1982, les PCS ne pouvaient prendre en compte les mutations qui allaient bouleverser le marché du travail. En effet, des emplois atypiques se sont développés au détriment des emplois stables. De même, le chômage a progressé et s’est maintenu à des niveaux plus élevés que pendant la période précédente. Enfin, un chômage répétitif s’est aussi installé, des actifs alternant entre période d’activité précaire et chômage. Or il s’avère que ces nouvelles situations sont génératrices d’inégalités et que les PCS ne peuvent les prendre en compte. La nomenclature continue de rassembler les actifs occupés et ceux à la recherche d’un emploi (c’est le cas pour les 6 premières catégories) et ne tient pas compte du type d’emploi occupé : précaire ou non.
Le document permet de mettre en avant trois formes d’inégalités face à l’emploi : selon l’origine nationale, selon le sexe et selon l’âge. De manière générale, quel que soit le sexe ou l’âge des immigrés, le chômage les frappe davantage que les nationaux (l’écart le plus important étant enregistré entre le taux de chômage des femmes actives non immigrées d 25 à 39 ans et celui des femmes immigrées de 25 à 39 ans (13,4 points) : ce qui indique que les inégalités peuvent être cumulatives.
En second lieu, le chômage est aussi sélectif selon le sexe de l’individu : le taux de chômage masculin et de 1,5 point supérieur à celui des femmes (8,1 % contre 9,6 %)
Enfin, ce sont les jeunes actifs qui sont le plus frappés par rapport aux autres tranches d’âge : globalement 9 % d’entre eux y sont confrontés contre seulement 6,4 % pour les personnes âgées entre 40 à 49 ans.
Les PCS peuvent rendre compte des inégalités économiques : si l’on s’appuie sur le niveau de vie ou le taux de pauvreté, il s’avère que les inégalités demeurent très importantes si l’on compare la situation des cadres à celle des ouvriers. En effet, le niveau de vie des premiers est pratiquement deux fois plus élevé que celui des seconds. Une des incidences possibles est la persistance des inégalités quant aux départs en vacances : il existe encore aujourd’hui un écart de 42 points de pourcentage en faveur des cadres si l’on s’appuie sur les taux de départ en vacances de deux catégories.
Elles peuvent aussi rendre compte des inégalités sociales et culturelles. L’espérance de vie des cadres est beaucoup plus importante chez les cadres que chez les ouvriers (7 années). Toutefois, il faut amender le constat puisque l’espérance de vie des agriculteurs exploitants est supérieure à celle des ouvriers alors que le niveau de vie est plus faible. Le développement de la protection sociale a notamment permis l’élévation de l’espérance de vie quel que soit le niveau de revenus des ménages. Enfin, les inégalités culturelles demeurent encore fortes aujourd’hui : la fréquentation des cinémas et la connexion à internet est beaucoup plus importante chez les cadres que chez les ouvriers. De même, à niveau de vie proche, des inégalités existent : la fréquentation des cinémas est de 12 points supérieure chez les employés par rapport aux ouvriers (58 % des premiers se sont rendus au moins une fois au cinéma en 2006 contre seulement 46 % des seconds).
Les PCS constituent un outil perfectible pour mesurer des inégalités économiques ou sociales. En effet, les évolutions récentes du marché du travail ont créées de nouvelles situations qu’elles ne prennent pas en compte. La précarisation des emplois s’est accentué ces trente dernière années et le chômage est demeuré à un niveau élevé et a frappé davantage certaines catégories d’actifs et notamment les plus jeunes. S’installent donc au sein des catégories des inégalités qui ne sont pas prises en compte par l’outil PCS. La distinction entre personnes actives bénéficiant d’une situation « stable » quelle que soit sa catégorie sociale et personnes « vulnérable » est occultée.
Les inégalités sont très fortes face au chômage : ce dernier constitue bien un phénomène sélectif. On peut même évoquer un cumul des inégalités si l’on dresse un profil type de la personne au chômage : une personne de sexe féminin, jeune et immigrée.
Le sexe, l’âge et l’origine sociale constituent des facteurs discriminants face à l’emploi. Ce sont les plus jeunes qui sont les plus frappés par le chômage (9 % des jeunes actifs sont touchés par le chômage contre 6,4 % pour les 40 à 49 ans) ; de même ce sont les femmes qui connaissent un chômage plus élevé que celui des hommes (9,6 % des femmes actives sont touchées par le chômage contre 8,1 % pour les hommes actifs) ; enfin, ce sont les personnes immigrées qui enregistrent des taux de chômage plus élevés que ceux des nationaux (dans son ensemble la population immigrée est confrontée à un taux de chômage de 15,5 % contre 8,8 % pour les nationaux ; l‘écart le plus important concerne la situation des femmes immigrées et les femmes non immigrées : les premières connaissent un taux de chômage de 13,4 points supérieur à celui des secondes).
En 1982, un nouvel outil de mesure de l’évolution de la société française a été mis en place, les professions et catégories socioprofessionnelles (PCS), succédant à la nomenclature de 1954, dite nomenclature des catégories socioprofessionnelle (CSP), dont la finalité était de prendre en compte les changements intervenus au sein de la population française. Cependant, à peu près simultanément, c’est-à-dire dès la fin des années 1970, l’emploi a connu de profondes mutations, caractérisées par la montée des emplois atypiques et aussi celle du chômage. Les ménages touchés par ces mutations ont vu leur situation et sociale se fragiliser. En même temps, de nouvelles discriminations apparaissaient, fondées notamment sur l’âge et le sexe.
Face au développement de toutes ces inégalités apparues à la fin du siècle dernier, l’outil PCS est-il fiable quant à leur mesure ou au contraire perfectible ?
Aujourd’hui, il apparaît que les PCS peuvent encore rendre compte de certaines inégalités économiques et sociales. Toutefois, l’instrument ne permet pas de les mesurer toutes.
En effet, les PCS permettent de mettre en avant les écarts de niveau de vie entre actifs ou entre actifs et inactifs. Par exemple, le niveau de vie annuel moyen des individus du ménage dont la personne de référence est cadre est 2 fois plus élevé que celui dont la personne de référence est un ouvrier.
Ces inégalités économiques sont aussi mesurables quant à la consommation des ménages. En effet, les taux de départ en vacances sont supérieurs de 42 points chez les cadres par rapport à ceux des ouvriers.
De plus, les cadres sont beaucoup moins frappés par la pauvreté que les ouvriers dans le sens où leur taux de pauvreté est trois moins élevé que celui enregistré pour les ouvriers.
Il faut aussi mettre en avant le fait qu’une différence notable existe entre la situation des actifs et des inactifs : les retraités connaissent des taux de pauvreté plus élevés que ceux des actifs exceptés les employés et ouvriers. De même, des inégalités importantes existent entre inactifs : les retraités enregistrent un taux de pauvreté de l’ordre de 8,4 % contre 20,9 % pour les autres inactif soit une différence de 12,1 points.
Les PCS permettent aussi de rendre compte des inégalités sociales et culturelles. Les explications en termes de revenus demeurent insuffisantes pour comprendre certaines inégalités notamment celles relatives aux écarts de niveaux de vie. En effet, ces derniers demeurent importants malgré le développement de la protection sociale et la prise en charge des soins. Ces écarts peuvent aller jusqu’à 9 ans entre l’espérance de vie à 35 ans des cadres et celle des ouvriers. De plus, certaines catégories sociales disposant d’un niveau de vie inférieur à d’autres (c’est le cas des agriculteurs par rapport ouvriers) ont une espérance plus longue (4,5 ans au profit des agriculteurs). Les modes de vie et les conditions de travail viennent alors expliquer les différences constatées.
Les différences constatées dans les dépenses des ménages peuvent aussi s’expliquer par la dotation différente en capital culturel (ex : la fréquentation des cinémas) voire social (entrée dans l’emploi, nature de l’emploi occupé à l’origine).
L’emploi a connu des changements profonds depuis le début des années 1980. Le développement des emplois atypiques et la montée puis le maintien d’un chômage à un niveau élevé ont généré de nouvelles inégalités. On assiste donc à la naissance d’une forme de dualisme sur le marché du travail : des emplois qualifiés et stables coexistent avec des emplois souvent non qualifiés et instables. Or les PCS ne prennent pas en compte ces situations. En effet, elles n’opèrent pas de distinction entre les situations différentes en termes de type d’emploi (CDI et emplois atypiques) ou en termes de chômage (elles regroupent les personnes ayant un emploi et celles qui connaissent le chômage).
Les inégalités face à l’emploi ou au chômage demeurent importantes si l’on s’appuie sur des critères comme l’âge, le sexe ou l’origine nationale des individus. En effet, les écarts entre nationaux et immigrés, entre hommes et femmes et entre jeunes et actifs plus âgés sont importants. De même, ces inégalités se cumulent : ce sont les jeunes femmes actives immigrées qui étaient le plus touchées par le chômage en 2006 (22,7 % d’entre elles étaient au chômage) ; à l’opposé, les hommes non immigrés âgés de 40 à 49 ans connaissaient un taux de chômage égal à 4,8 %.
Or, ces différents critères ne sont pas pris en compte dans l’élaboration de la nomenclature des PCS.
Les PCS peuvent encore aujourd’hui rendre compte de certaines inégalités : en termes de niveau de vie, de consommation, de santé, etc. Toutefois, elles ont été créées dans un contexte économique et social donné. Or, depuis 1982, des bouleversements sont intervenus dans le domaine de l’emploi, et aussi dans la société de manière plus générale. Par conséquent, l’outil n’est plus toujours adapté pour rendre compte de l’ensemble des inégalités et notamment celles découlant de la montée de la précarité au sein du marché du travail ou du chômage. De plus, elles ne permettent pas non plus d’appréhender celles résultant de phénomènes de discrimination.
Il s’agit alors de rendre l’outil plus proche du réel qu’il étudie et d’incorporer dans sa construction de nouveaux critères, tâche à laquelle s’attellent actuellement les statisticiens. On peut prendre appui sur la nomenclature PCS-ESE publiée en 2003 et applicable début 2004.