Amérique du Nord – 2009 – enseignement obligatoire
Thèmes : croissance, société
Type : question de synthèse étayée par un travail préparatoire
Dossier réalisé par Dominique Szczesny
L’expression en euros constants signifie que l’estimation du niveau de vie qui a été réalisée par l’Insee n’incorpore pas les effets de l’inflation qui a tendance à surévaluer cette même estimation. Il s’agit alors de comparer la variation des revenus détenus par les ménages à celle des prix des biens et des services qu’ils peuvent acquérir avec ces revenus.
Une croissance économique soutenue permet d’accroître le niveau de vie des ménages mais aussi facilite la réduction des écarts entre les plus riches et les plus pauvres. En revanche, une croissance ralentie ne permet pas toujours l’élévation des niveaux de vie et, par conséquent, ne permet plus la réduction de ces écarts.
Selon une étude menée en France par le secrétariat d'État chargé de la Prospective de l’évaluation des politiques publiques, les ménages les plus riches disposaient en moyenne de revenus après impôts et prestations sociales (ne comprenant pas une partie des revenus du patrimoine) 3,1 fois plus élevés que ceux des plus pauvres.
Globalement, les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres se sont réduits sur la période 1970-2005 (les revenus des premiers étaient 4,8 fois plus élevés que ceux des seconds en 1970 alors qu’ils n’étaient que 3,1 fois plus élevés en fin de période). Toutefois, ce rattrapage fut plus important sur la période 1970-1984 (de 4,8 fois plus élevé à 3,5 fois sur la première période) que sur la période 1984-2005 (de 3,5 fois plus élevé à seulement 3,1 fois plus élevé). On assiste donc à un ralentissement de la réduction des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres depuis le milieu des années 1980.
L’espérance de vie dépend en partie de l’appartenance sociale dans le sens où quel que soit le sexe elle est beaucoup plus élevée chez les cadres que chez les ouvriers par exemple (on note environ sept ans d’écart entre l’espérance de vie à 35 ans entre les hommes cadres et les hommes ouvriers dans les années 1991-1999 ; cet écart est de 2,5 ans entre les femmes cadres et les femmes ouvrières sur la même période). L’espérance de vie dépend aussi du sexe de l’individu puisque les femmes quelle que soit leur appartenance sociale ont une espérance de vie supérieure à celle des hommes. Enfin, il s’avère que l’espérance de vie a progressé tout au long du dernier quart du siècle précédent.
Le niveau de revenus est un facteur discriminant pour l’occupation des logements. Les habitions confortables disposant d’un cadre de vie agréable, généralement caractéristiques de loyer ou de prix d’achat élevés, sont prioritairement occupées par les ménages qui disposent des revenus les plus élevés. L’habitat des ménages les plus modestes est en revanche plus souvent concentré dans des zones qui connaissent plus de nuisances, de dégradations.
Il existe un lien entre le niveau d’activité économique et la réduction des inégalités. Quand la croissance économique est forte, les écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres se réduisent. Elle permet notamment un financement plus aisé de la protection sociale et, par là même, de réduire les écarts que cela soit dans le cadre de la redistribution verticale mais aussi horizontale. En revanche, quand l’activité ralentit, le processus de réduction des écarts s’en trouve aussi touché.
Les écarts de revenus (excepté une partie de ceux du patrimoine) se sont globalement réduits sur le dernier quart du XXe siècle. Par conséquent, la croissance a permis cette réduction des écarts. La décennie des années 1970 et le début des années 1980 ont été marqués par une réduction importante des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres (les premiers disposaient de revenus 4,8 fois élevés que les seconds au début des années 1970 alors qu’ils ne disposaient plus que de revenus 3,5 fois plus importants en 1984).
En revanche, depuis le milieu des années 1980, les écarts se sont un peu réduits voire maintenus au milieu des années 2000.
L’espérance de vie a globalement progressé tout au long du dernier quart du XXe siècle. Ces progrès ont été perceptibles quelle que soit l’appartenance sociale et quel que soit le sexe. La création de richesses a donc permis une plus grande prise en charge des risques via la protection sociale. De même, l’amélioration des conditions de travail dans le cadre d’une mobilisation différente du facteur travail dans le processus productif a aussi conduit à cette amélioration (ex : développement des nouvelles formes d’organisation du travail, introduction du progrès technique dans les processus de production réduisant par exemple les tâches de manutention, etc.).
Toutefois, les écarts entre le haut et le bas de la hiérarchie sociale se sont maintenus voire accrus si l’on s’appuie sur l’écart entre l’espérance de vie à 35 ans des hommes cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure et celle des ouvriers (6 ans d’écart dans les années 1970 et 7 ans dans les années 1990). Les effets de la croissance seraient alors plus perceptibles chez les uns que chez les autres. De même, l’espérance de vie féminine est restée bien supérieure à celle des hommes même si l’on a assisté à un léger recul des écarts quel que soit la catégorie sociale concernée.
Il existe des inégalités fortes face au logement. Le facteur explicatif principal est le revenu. En effet, les ménages disposant de revenus élevés vont disposer de logements confortables et peuvent y accéder même si ces derniers sont coûteux. Ces revenus élevés sont notamment issus de la répartition primaire des revenus.
En revanche, les ménages les plus modestes habitent des logements en général moins agréables. S’instaure alors une certaine forme de « dualisme » en termes d’occupation de logement même si l’Etat développe ses interventions en termes de revenus de transfert, d’impôts, de logement social ou en termes d’aides pour y remédier (ex : APL).
La révolution industrielle a marqué le début d’un accroissement progressif et relativement continu des richesses produites. Mais quel effet cela a-t-il eu sur la réduction des inégalités ? La croissance économique a-t-elle touché toute la population de façon homogène ou a-t-elle, au contraire, bénéficiée plus aux uns qu’aux autres ?
S’il s’avère que la croissance économique peut conduire à réduire les inégalités, il arrive également que, dans certaines circonstances, la création de richesses contribue à les maintenir, voire à les accroître.
L’Etat en prélevant l’impôt sur les richesses produites et en les redistribuant via les revenus de transfert) peut corriger la répartition primaire des revenus et par là même réduire les inégalités. Les écarts entre les plus riches et les plus pauvres peuvent alors se réduire : les plus riches disposaient d’un revenu disponible (non comptés certains revenus du patrimoine) 4,8 fois supérieur à ceux des plus pauvres au début des années 1970 alors qu’ils n’étaient que de 3,1 fois supérieur en 2005 (document n°2).
Les inégalités ne s’inscrivent pas seulement dans un cadre économique ; elles peuvent être aussi sociales. La création de richesses permet le financement de la protection sociale qui a pour objectif de couvrir les risques (ex : prise en charge de la maladie, du veuvage, de la vieillesse, etc.) (document n°1). Son impact est perceptible en termes de progression de l’espérance de vie quel que soient le sexe ou l’appartenance sociale des individus (document n°3).
Un niveau de croissance modeste remet en cause le processus de réduction des inégalités. En effet, le début des années 1990 (marqué par la crise de 1993) se caractérise par un ralentissement du processus de réduction des inégalités. De même, le milieu des années 2000 se caractérise par un maintien des inégalités. La croissance économique contribue à réduire les inégalités si et seulement si elle s’effectue à un rythme soutenu (document n°1 et n°2).
Il apparaît que certaines inégalités se sont développées malgré l’accroissement des richesses produites. Les inégalités face à la mort se sont accrues entre certaines catégories sociales : c’est notamment le cas de l’écart entre l’espérance de vie à 35 ans chez les hommes cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure et celle des ouvriers (document n°3).
Enfin, de nouvelles inégalités apparaissent sans que la croissance économique ne puisse les résoudre. C’est le cas notamment des inégalités face au logement : l’habitat disposant d’un cadre de vie agréable est en général cher et donc plus facilement accessibles aux ménages aisés alors que les plus modestes connaissent plus souvent un habitat dégradé (document n°4).
La croissance économique a, sur le long terme, permis l’élévation des niveaux de vie et aux plus pauvres de mieux satisfaire leurs besoins. L’Etat providence a pu corriger la répartition primaire des revenus via les impôts, les revenus de transfert, la mise place de la protection sociale, mais aussi en allouant des ressources.
Toutefois le processus de réduction des inégalités est remis en question depuis quelques années et l’on assiste à leur maintien et même, dans certains cas, à leur développement.
Dans ces conditions, une réflexion sur l’efficacité des mesures prise par l’Etat pour réduire ces inégalités s’impose, mais aussi sur les contraintes financières qui pèsent sur ces actions et notamment la dette publique.