Amartya Sen est né en 1932 près de Dhaka, la désormais capitale du Bangladesh, non loin du campus de Ramna où son père enseigne la chimie. Il est élève au Presidency College de Calcutta entre 1951 et 1953 où il obtient un Bachelor of Arts en économie et en mathématiques. Il part compléter ses études au Trinity College de Cambridge entre 1953 et 1955. Il y découvre un enseignement moins formaliste et prend plaisir aux débats vigoureux entre keynésiens et néoclassiques. Bien que préoccupé par le sort des plus démunis et proche des mouvements de gauche, il ne militera pas au sein d'un quelconque parti politique par attachement à la liberté de pensée. Comme le veut la tradition familiale, il devient enseignant à l'université nouvellement créée de Jadavpur à Calcutta, alors même qu'il n'a que 23 ans. Cette nomination provoquera une vague de protestation des élèves et des enseignants. Il enseignera par la suite dans de nombreuses universités, parmi lesquelles celles de Cambridge, de Delhi, d'Oxford et d'Harvard, ainsi que la London School of Economics.
Selon Sen, depuis 1932 et la parution du livre de Robbins intitulé The nature and significance of political economy, la dimension éthique a disparu de la science économique. Il s'élève contre cet état de fait et s'efforce de la ramener au sein de l'économie au motif que nombre de comportements économiques sont normés par des considérations ou des valeurs sociales. Sen récuse ainsi la présomption de rationalité des agents, pivot de la théorie utilitariste néo-classique, au profit du concept de "capabilités" (capabilities) qui représente l'ensemble des conditions d'existence ou d'action accessibles à l'individu et que ce dernier peut choisir de réaliser.
Les travaux de Kenneth Arrow, notamment son ouvrage Social choice and individual values paru en 1951, le marquent profondément. En effet, le "théorème des impossibilités" d'Arrow postule qu'il n'est pas possible de dériver une règle d'agrégation des préférences individuelles pour obtenir une notion de préférence collective. Il y répond avec son ouvrage Collective choice and social choice, qui ouvrira le champ à la théorie du choix social qui procède de l'analyse de l'information sur le bien-être des individus pour obtenir une relation de préférence collective non "dictatoriale".
Sen spécifie, par ailleurs, les conditions générales qui éliminent les intransitivités de la règle majoritaire. Dit plus simplement, la primauté de la règle majoritaire dans les choix collectifs conduit à des décisions discutables et mal acceptées. Le vote à la majorité est imparfait car il ne prend pas en compte le vote des minorités et permet un vote stratégique. Grâce aux travaux de Sen, il devient possible de dépasser ces aléas et d'aboutir à une décision qui prenne en compte les préférences de l'ensemble de la communauté.
L'économiste indien est, enfin, connu pour ses travaux en matière de théorie du développement, en montrant que les famines peuvent se produire même en présence de ressources alimentaires importantes du fait de problèmes liés aux dotations et aux droits. Il est à cet égard l'un des précurseurs du concept de "développement durable".
(1997), On economic inequality, Clarendon Press
(1992), Inequality reexamined, Clarendon Press
(1991), La liberté individuelle: une responsabilité sociale, Esprit, n° 170, 5-25, Mars-Avril
(1991), On ethics and economics, 2ème éd., Basil Blackwell
(1990), Justice: means versus freedom, Philosophy and Public Affairs, 19, 2, 111-121
(1985), Commodities and capabilities, North Holland
(1985), Well-being, agency and freedom : the Dewey lectures 1984, The Journal of Philosophy, vol. LXXXII, n° 4, 169-221, Avril
(1982), What equality, Choice, welfare and measurement, MIT Press, 353-369
(1981), Poverty and famines, Oxford Univ. Press
(1970), Collective choice and social welfare, Holden day