Où l'on présente la vie de Tocqueville et l'enseignement remarquable qu'il a tiré de son voyage aux Etats-Unis. Où l'on analyse le principe de l'égalité des conditions et sa puissance en termes de changement socia. Où l'on montre comment l'égalité des conditions ne signifie pas la fin des frustrations.
Dossier réalisé par Eric Keslassy
On connaît en Tocqueville l'homme politique, le philosophe, l'historien et le sociologue. On oublie trop souvent qu'il s'est également intéressé à un problème majeur de son temps : le paupérisme. Son voyage en Angleterre et en Irlande en 1835 où il découvre avec effroi les ravages de ce fléau social est à l'origine de cette préoccupation. Lorsqu'une société savante de sa région lui demande de produire une réflexion, il choisit d'évoquer la question du paupérisme et livre un Mémoire sur le paupérisme (1835) trop souvent négligé. Avant la Révolution de 1848, Tocqueville se penche à nouveau sur cette problématique au moment de construire le programme de la "jeune gauche", parti politique créé avec quelques amis parlementaires.
C'est à Manchester qu'il est donné à Tocqueville d'observer la détresse sociale et économique des classes laborieuses. La vision est apocalyptique... Force lui est de constater que le monde industriel contredit son principe d'égalisation des conditions, synonyme de la société démocratique. Cela tient évidemment à la mise en place de la division du travail et à ses conséquences en termes de distribution des revenus.
Pour assurer la pérennité du fait démocratique, il est donc nécessaire de lutter contre le paupérisme : Comment ? Faut-il laisser le marché fonctionner librement ? L'intervention de l'État doit-elle être systématique ? Tocqueville propose un entre-deux qui offre de nombreux points de comparaison avec les solutions contemporaines pour sortir de l'exclusion et du chômage. Entre le socialisme d'État qui réclame le droit au travail et le libéralisme économique qui souhaite laisser le marché atteindre l'optimum, Tocqueville semble ouvrir la perspective d'une troisième voie qu'il bâtit autour des principes fiscaux d'une société moderne d'une part, de l'épargne salariale de l'autre.