Politique monétaire


4. Quel objectif d'inflation

Où l'on analyse les termes d'un débat très technique mais particulièrement vivace en zone euro. Du fait de l'existence de rigidités nominales et de biais de mesure de l'inflation, viser une inflation nulle peut parfois s'avérer contre-productif ; mais, dans ce cadre d'analyse, où doit se situer la limite haute de l' "inflation tolérable" (compatible avec la stabilité des prix) ?

4.2. Les objectifs de politique monétaire de la BCE

Dossier réalisé par Matthieu Mucherie

Le débat sur le taux d'inflation optimal est particulièrement vif en zone euro, compte tenu

1/ de la définition de la stabilité des prix adoptée par la BCE (une fourchette ambitieuse contenant l'inflation entre 0 et 2% par an),

2/ du capital réputationnel assez réduit de la BCE et de très fortes rigidités nominales (comme nous l'avons vu en 4.1, il s'agit là de deux arguments militant pour une inflation positive),
 
3/ du biais de mesure de l'inflation (la hausse des prix est surestimée par les statistiques officielles, à hauteur probablement de 0,5 point environ en zone euro),
 
4/ de l'hétérogénéité intra-zone, et en particulier de la présence de pays en forte croissance (Irlande… voir la rubrique "Données" pour une illustration à travers les prix de l'immobilier) ou en rattrapage (les pays d'Europe centrale et orientale, qui ont vocation à rejoindre la zone euro à partir de 2006-2007). Dans ces derniers, on observe un puissant mouvement de désinflation mais aussi un écart structurel vis à vis des économies de la zone euro, en lien avec l'effet Balassa-Samuelson (BS). Revenons sur ce concept, qui nous parait constituer une objection majeure à l'encontre des "0-2%" à moyen terme.


Un pays qui connaît une croissance supérieure à celle des autres voit ses prix relatifs s'apprécier de manière structurelle car la productivité du secteur dit "exposé" (au commerce international) progresse rapidement, produisant, par contagion, une hausse des salaires dans l'ensemble de l'économie : l'industrie distribue des revenus importants, d'où une hausse de la demande de services, d'où une hausse des prix de ces derniers. Par ailleurs, les coûts de production dans le secteur "abrité" (où les gains de productivité sont moindres, du fait d'une concurrence moins vive) montent, et donc les prix de production dans ce secteur font de même : dès lors que le poids des secteurs (abrité et exposé) est stable dans l'économie (ce qui est valable à court et moyen terme), le niveau global des prix s'élève. A taux de change nominal fixe, le niveau des prix domestiques augmente par rapport au niveau des prix étrangers. L'inflation supplémentaire qui découle de cet effet Balassa-Samuelson n'est pas condamnable, elle ne relève pas de déséquilibres sur les marchés et n'affecte pas la compétitivité mais résulte directement du processus de rattrapage.

Conséquences pour les PECO dans le cadre de l'UEM : l'effet BS peut être une source de difficultés si l'objectif strict d'inflation n'est pas révisé avant leur intégration, car il pourrait engendrer (selon le CEPII) entre 2,5 et 7,5 points d'inflation supplémentaire pour les PECO (par rapport au reste de la zone euro) et donc entre 0,25 et 0,75 point d'inflation supplémentaire pour la zone euro chaque année. Cette estimation du CEPII repose sur le concept d'écart d'inflation, fonction 1/ de l'importance du secteur abrité, 2/ des différentiels de croissance de la productivité du travail dans le secteur exposé. Si l'on admet un poids du secteur abrité correspondant à 70% du PIB, et en retenant une croissance annuelle du PIB de 2,5% en zone euro, on obtient un écart d'inflation soutenable avec le reste de la zone euro qui va de 2,5% (dans le cas où la croissance des PECO se conforme à celle des pays du sud de l'Europe) à 7,5% (si le sentier de croissance des PECO se conforme à la croissance potentielle de la région, évaluée à 5% l'an). L'estimation de ces écarts d'inflation soutenables est toutefois un exercice très délicat et de nombreuses études aboutissent à des écarts sensiblement inférieurs. Mais, en tout état de cause, la limite des 2% risque d'apparaître de plus en plus comme un plafond d'inflation à la fois trop bas et trop rigide pour être crédible et optimal dans le cadre d'une union monétaire élargie.

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