Où l'on présente les modes de financement alternatifs de l'investissement. Où l'on s'interroge sur les critères de choix entre l'autofinancement, l'émission d'actions ou d'obligations et l'emprunt bancaire pour aboutir à la notion de convention de financement. Où l'on présente les avantages et les risques de l'introduction en bourse.
Dossier réalisé par Marc Hervelin et Hervé Bouchoux
L'investissement dépend des fonds disponibles dans l'entreprise. Globalement, ceux-ci sont déterminés par le pouvoir de marché des entreprises – l'entreprise peut alors fixer ses prix de manière plus avantageuse pour elle-même, du coût des consommations intermédiaires – selon que l'entreprise peut ou non répercuter les hausses de coûts sur les prix de vente de ses produits et, surtout, par le taux de marge – soit l'excédent brut d'exploitation rapporté à la valeur ajoutée. Or, celui-ci est déterminé principalement par l'évolution des salaires rapportée à celle de la productivité (coût salarial unitaire). On voit que, par la politique gouvernementale en matière de salaire minimum, nombre d'entreprise voient leur taux de marge, et donc leur politique d'investissement, sous influence de l'Etat.
L'investissement dépend aussi de la capacité des agents de faire appel au marché primaire des actions. Les émissions d'action permettent d'accéder à des ressources dont la rémunération est finalement liée à la réussite même de l'entreprise. Le fait que le risque soit supporté par l'actionnaire diminue a priori, le coût des capitaux levés. Cependant, ce qui est vrai à court terme ne l'est plus à moyen et long terme.
L'opportunité immédiate de l'investissement est plus facile à saisir lorsque l'entreprise dispose de fonds libres de tout usage. La réactivité de l'entreprise est plus grande, puisqu'il n'y a pas à convaincre les partenaires financiers, et l'entreprise n'accroît pas son insolvabilité. De ce fait, les pouvoirs publics sont parfois tentés de favoriser fiscalement la mise en réserve des bénéfices plutôt que la distribution des dividendes.
Il faut néanmoins rappeler que l'usage de ces fonds doit être passé au crible du meilleur usage pour la société et non au seul jugement du propriétaire du capital. En d'autres termes, il faut calculer le coût d'opportunité des fonds propres, ce qui revient à dire qu'il faut confronter le taux de rentabilité interne des fonds investis avec la rentabilité que peut offrir le marché dans d'autres secteurs d'activité. Les structures conglomérales ont un temps joué ce rôle de marché financier interne mais, sauf exception, elles n'ont pas fait la preuve de l'efficacité du modèle à long terme. Cela tient sans doute au fait que la connaissance précise des opportunités d'investissements dépasse les capacités de jugement d'un seul homme (rationalité limitée). En d'autres termes, les analystes financiers préfèrent que les entrepreneurs se concentrent sur leur cœur de métier. Ceci explique pourquoi certaines entreprises procèdent à des rachats d'actions : elles ont épuisé les opportunités d'investissement dans leur domaine d'activité et elles préfèrent restituer les fonds disponibles à leurs actionnaires, à charge pour eux de découvrir le placement économiquement le plus avantageux.
Finalement, il y a complémentarité entre les fonds propres et les fonds empruntés : les banques acceptent au mieux, de prêter un euro pour un euro de fonds propres – le ratio est certainement plus proche de 0,4 euro de fond prêté pour 0,6 euro de fonds propres. Ainsi, l'autofinancement est source de croissance également parce qu'il accroît les possibilités d'endettement bancaire des entreprises et, indirectement, l'effet de levier.