Où l'on distingue entre croissance extensive et croissance intensive, à travers le concept d'efficacité des facteurs de production ou productivité. Où l'on montre quelles sont les différentes sources possible des la croissance intensive. Où l'on voit que la question de la répartition des progrès de productivité est au cœur de la pensée économique dès son origine.
Dossier réalisé par Gérard Thoris
On dit que la croissance est "extensive" lorsque le volume de la production augmente proportionnellement aux facteurs de production et des consommations intermédiaires utilisés pour l'obtenir. Au contraire, la croissance est dite "intensive" lorsque le volume de la production augmente plus que proportionnellement au volume des facteurs de production et des consommations intermédiaires.
La croissance extensive est nécessaire pour maintenir le niveau de vie d'une population en croissance : il faut davantage d'écoles, de logements, de produits. Seule la croissance intensive, nourrie par les progrès de productivité, permet l'augmentation des niveaux de vie. Cette distinction est partiellement formelle dans la mesure où, comme l'indique A. Sauvy, les investissements démographiques nécessaires pour assurer le maintien des niveaux de vie incorporent nécessairement les progrès économiques généraux.
La croissance intensive se définit comme un accroissement de la production qui est plus que proportionnel à l'accroissement des facteurs de production utilisés.
Pour bien comprendre que les sources de la croissance intensive sont variées, on les classera en considérant d'abord celles qui n'utilisent pas de capital supplémentaire pour traiter ensuite des effets de substitution entre travail et capital.
1. La division du travail
Chacun sait que l'enquête d'Adam Smith porte sur la richesse des nations. Chacun sait aussi que la réponse principale se trouve dès le premier chapitre sous le thème de "la division du travail". Mais, dans l'exemple de la manufacture d'épingles, l'accroissement substantiel de la productivité est obtenu sans usage de capital supplémentaire. Il est vrai que, en 1776, James Watt n'avait pas encore mis au point sa fameuse machine à vapeur. Cependant, un siècle plus, tard, lors de sa première expérience de direction scientifique du travail, Frédéric W. Taylor n'utilise pas davantage de capital. Même le premier test du convoyeur d'Henri Ford est réalisé à l'énergie humaine. Beaucoup plus tard, c'est encore une réflexion sur les méthodes de travail qui aboutira au toyotisme. L'organisation du travail est donc, en elle-même, une source de productivité.
2. Les économies de consommations intermédiaires
La notion de productivité des consommations intermédiaires est trop souvent oubliée. Or, elle représente une des sources extraordinaires de la croissance.
Bien entendu, il ne faut pas confondre le mouvement microéconomique de productivité des consommations intermédiaires avec les indicateurs macroéconomiques qui témoignent d'une diminution de la consommation d'énergie par unité de PIB. Ces derniers en effet sont la somme des premiers et d'un effet de structure : avec le développement économique, la production d'acier (consommateur d'énergie) représente un pourcentage décroissant de la production totale, du fait de la consommation de services (moins gourmands en énergie).
La lutte contre le gaspillage s'inscrit globalement dans cette logique d'économie des consommations intermédiaires. On a ainsi observé que "le coût pour les entreprises de l'ensemble des défaillances et gaspillages entraînées, retours-clients, etc.) a été estimé en France à 1 000 franc par mois et par salarié de l'industrie" (Marie-Florence Estimé, 1988, p. 30)
La révolution agricole est un excellent résumé de toutes les améliorations de la croissance intensive. Le changement des rythmes d'assolement représente une véritable "direction scientifique du travail" ; l'amélioration du rendement des semences relève de la productivité des consommations intermédiaires – d'où le débat sur les OGM – tandis que l'usage des machines agricoles relève de la substitution du capital au travail.
3. Le capital et l'accroissement de la productivité
A nouveau, le rôle du capital dans la productivité peut se lire de deux façons. En premier lieu, du fait de la substitution du capital au travail, ce qui accroît la productivité apparente du travail et rend donc possible l'augmentation du revenu du travailleur. Ensuite, l'amélioration des machines elles-mêmes fait que, pour la même somme (en euros) la machine la plus récente a une productivité plus élevée que la génération précédente. On parle d'obsolescence pour décrire ce fait que les nouvelles générations de capital sont plus productives. Les ordinateurs nous auront habitué à cette évolution.
Pour autant, la substitution de capital au travail n'est source de productivité que sous certaines conditions qui relèvent, pour l'essentiel, de la comparaison entre le prix de la machine et l'économie de salaire qu'elle engendre.
Dans la pratique, on a pris l'habitude de présenter les résultats de la croissance sans préciser s'il s'agissait de la croissance économique globale, du produit par habitant, voire du produit par heure travaillée. Cela peut conduire à des confusions dans l'interprétation des phénomènes de croissance. P. Krugman a ainsi modifié la perception que l'on avait de la croissance asiatique en parlant d'une croissance "par transpiration" plutôt que "par "inspiration". L'image est porteuse de sens dans la mesure où elle signifie, bien entendu, qu'il s'agit d'une croissance plus extensive qu'intensive mais surtout parce qu'elle montre que la concurrence issue de cette zone géographique peut être contrée par de l'invention et de la productivité.
Estimé Marie-Florence (1988), "La qualité : un impératif pour l'industrie", L'observateur de l'OCDE, n° 153, août-septembre