Où l'on analyse comment l'agriculture pourrait se mettre au diapason de la marche généralisée vers un libre-échange accru. Où l'on rappelle que le protectionnisme domine toute l'histoire des marchés agricoles mondiaux, et que les effets d'une libéralisation sont encore difficiles à prévoir faute d'une expérience significative de véritable libre-échange agricole par le passé. Où l'on explique que les principales institutions internationales continuent d'oeuvrer pour plus de liberté dans les échanges mondiaux et dénoncent de manière constante l'intervention des Etats sur les marchés agricole, le protectionnisme agricole et les effets de distorsion dans les échanges qui en résultent. Où l'on constate que les résistances locales demeurent néanmoins très fortes dans ce contexte, et que le démantèlement des politiques protectionnistes est encore un lointain objectif.
L'Organisation Mondiale du Commerce, chargée de la poursuite des négociations multilatérales qui ont permis de mettre en place le GATT (Accord général sur les droits de douanes et le commerce) joue un rôle moteur dans la libéralisation des marchés agricoles. Elle constitue l'instrument de mise en œuvre du libre-échange mondial, et focalise les critiques contre la mondialisation de ce fait. La marche vers le libre-échange conduite par l'OMC est également soutenue par de nombreuses institutions internationales qui interviennent dans le développement de l'économie sur un plan global, qu'il s'agisse de l'OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique), du FMI (Fonds Monétaire International), de la Banque Mondiale…
Le dossier agricole s'est imposé assez tardivement comme un sujet de négociations majeur. Pendant longtemps il fut tenu à l'écart des négociations internationales. Le cycle de négociations du GATT débuté en Uruguay en 1986 ("Uruguay round") a incorporé les produits agricoles dans les discussions, pour aboutir à l'Accord de Marrakech de 1995. Les grandes institutions internationales comme celles précitées partagent l'idée selon laquelle le libre-échange des produits agricoles sera favorable à la croissance économique de l'ensemble des nations tout comme le libre-échange des biens industriels. En dépit de critiques croissantes sur la validité de cette théorie, le nouveau cycle de négociations de l'OMC ouvert à Doha au Qatar en novembre 2001 a posé les bases de la poursuite de cette évolution.