Stratification sociale et inégalités


3. La mobilité sociale

Où l'on s'interroge sur les aspects dynamiques de l'inégalité. La fluidité du corps social est une des conditions nécessaires de l'égalité des chances. Celle-ci est le fruit de l'histoire et varie considérablement d'un pays à l'autre. Elle peut être amendée par des politiques appropriées. Mais les résultats sont incertains tant les capacités de réaction des populations sont difficiles à prévoir. Même si l'investissement éducatif peut avoir des rendements différents, il représente une des conditions fondamentales de la mobilité sociale.

3.2. La mobilité économique et professionnelle

Dossier réalisé par Christian Morrisson

La mobilité économique est entendue au sens étroit en termes de revenu ou de salaire. Une population étant classée selon ce critère, on suit les individus pendant une période plus ou moins longue et on compare les classements en début et fin de période. La mobilité est révélée par le pourcentage d'individus qui ne restent pas dans le même décile d'une date à l'autre. En principe, plus la période est longue, plus ce pourcentage augmente.

Si la comparaison concerne deux générations, c'est ce même pourcentage qui sert d'indicateur. En cas mobilité totale, il n'y aurait aucun lien entre les classements du père et du fils. Un fils dont le père est classé dans le quintile 5 (le plus riche) aurait une chance sur cinq de se retrouver dans chaque quintile alors que, dans la réalité, il a 33% de se retrouver dans le même quintile que son père. Cette différence entre 20% et 33% indique l'avantage pour un fils d'être issu d'une famille particulière. Notons toutefois que la transmission n'a rien d'automatique : on peut lire le même résultat en observant que les deux-tiers des enfants de familles riches (5e quintile) ne parviennent pas à rester dans le groupe de leurs parents.

La mobilité économique est liée en partie à la mobilité professionnelle. Si un fils est employé alors que son père faisait partie des cadres supérieurs, il est presque certain qu'il ne sera pas classé dans le 5e quintile comme son père. Il faudrait que son père soit décédé, qu'il lui ait laissé un héritage important et que cet héritage n'ait pas été taxé par l'Etat pour que le fils soit classé dans le 5e quintile grâce à un revenu du patrimoine très supérieur à son salaire. Ainsi la CSP conditionne pour une large part le classement dans la hiérarchie des revenus, ce qui fait de la mobilité par catégories socioprofessionnelles un indicateur de mobilité proche de celui relatif au revenu.

Pour passer d'une CSP à l'autre, l'accumulation d'un capital humain ou matériel est un facteur clé. Le fils d'employé qui obtient un diplôme d'enseignement supérieur du niveau bac + 5 est presque certain de parvenir à un quintile revenu supérieur à celui de son père.

La mobilité professionnelle parmi les salariés est facile à discerner. En revanche les critères statistiques pour les non-salariés ne sont pas assez fins. Par exemple il faudrait distinguer petits et grands agriculteurs selon les recettes d'exploitation, ou chefs d'entreprise selon le nombre de salariés afin d'estimer la mobilité professionnelle pour ces catégories d'emplois.

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