Où l'on s'interroge sur les aspects dynamiques de l'inégalité. La fluidité du corps social est une des conditions nécessaires de l'égalité des chances. Celle-ci est le fruit de l'histoire et varie considérablement d'un pays à l'autre. Elle peut être amendée par des politiques appropriées. Mais les résultats sont incertains tant les capacités de réaction des populations sont difficiles à prévoir. Même si l'investissement éducatif peut avoir des rendements différents, il représente une des conditions fondamentales de la mobilité sociale.
Dossier réalisé par Christian Morrisson
La mobilité a deux dimensions temporelles. Soit on considère une cohorte d'individus à un moment donné de leur vie, par exemple à 25 ans, au début de leur vie professionnelle, et on compare leur situation 20 ou 30 ans plus tard à cette situation initiale ; soit on considère une cohorte à une âge donné et on compare la situation de chaque personne avec celle de ses parents (ou de son père) au même âge pour estimer une mobilité intergénérationnelle. On peut aussi comparer la situation des enfants et des parents au même moment, par exemple à 25-30 ans et 55-65 ans.
Pour classer les individus, divers critères sont possibles, comme le revenu, la CSP, le niveau d'éducation. Ainsi on compare les enfants et leur père selon la CSP. Des tableaux à double entrée (ou tables de mobilité) permettent de faire cette comparaison.
S'il s'agit de revenu ou de salaire, on répartit les individus entre les déciles et les quintiles aux deux dates et on calcule le taux moyen d'immobilité (le pourcentage d'individus qui restent dans le même décile) et le saut absolu moyen (la somme des sauts de décile comme -1, -2 ou +1, +2 multipliés par le pourcentage d'individus classés dans ce décile).
Si tous les individus disposaient d'un seul facteur de production, le travail non-qualifié, ils recevraient tous le même salaire sous l'hypothèse d'un temps de travail identique. La distribution serait égalitaire et aucune mobilité salariale ni professionnelle ne serait possible. Mais en réalité les uns n'ont que ce facteur tandis que les autres disposent d'un capital matériel (un patrimoine) ou d'un capital humain (une qualification estimée éventuellement par le nombre d'années d'étude). De plus si les marchés ne fonctionnent pas correctement, le recrutement comme le salaire dépendent aussi d'un capital social (possibilité d'accéder à tel emploi par des relations personnelles). La mobilité dépend alors de l'accumulation de ces facteurs.
Elle dépend aussi des comportements individuels. Par exemple un individu qui épargne beaucoup passe dans un décile supérieur après 20 ans parce qu'il cumule un revenu du patrimoine avec son salaire. A l'inverse un individu qui, disposant du même revenu, préfère l'utiliser totalement en consommation supportera, à terme, une dégradation de sa situation relative.