Sources et limites de la croissance


1. La croissance définitions et limites

Où l'on s'interroge sur ce que recouvre l'expression "croissance économique" à partir de la notion de valeur ajoutée. Où l'on montre toute la pertinence de cette notion en tant qu'indicateur synthétique de niveau de vie et, en même temps, toutes ses insuffisances. Où l'on présente la notion complémentaire de "développement", l'ambiguïté de sa relation à la croissance, les indicateurs qui lui sont associés.

1.2. Les limites de la mesure de la croissance

Dossier réalisé par Marc Hervelin et Jacques Bouchoux

L'indicateur usuel de la croissance économique est le Produit Intérieur Brut. Cet indicateur pose d'importants problèmes de représentativité. Il est soumis, si l'on peut dire, à une critique interne (comment il est construit) et à une critique externe (ce qu'il représente de la réalité qu'il veut décrire).

Les limites de l'indicateur de croissance dans sa construction

Le PIB est un indicateur monétaire. Tout ce qui ne prend pas cette forme lui échappe.

  1. Par nature, l'économie d'autosubsistance, marginale aujourd'hui, n'est pas prise en compte. Il reste que la comptabilité nationale procède à une évaluation de la valeur marchande de la production des jardins familiaux et de l'avantage monétaire que constitue le fait d'être propriétaire de son logement.
  2. Dans cette économie d'autosubsistance, on peut intégrer toute la valeur des services que les ménages se rendent à eux-mêmes. Pour faire simple, cela peut aller des services culinaires (la préparation quotidienne des repas) jusqu'aux services d'entretien de sa voiture, en passant par l'éducation scolaire des enfants (suivi des devoirs, explications complémentaires, etc.).
    Il peut être important de noter que le développement de l'activité féminine a pu contribuer doublement à l'accroissement du PIB : par la production propre des actives dans la mesure où la population active a augmenté d'une part, par la monétisation des services non marchands qu'elles rendaient autrefois et qu'elles achètent désormais sur le marché d'autre part (plats préparés, pour ne prendre qu'un exemple).
  3. Toute "l'économie souterraine" en constatant bien que sa motivation réside principalement dans des motifs fiscaux. On n'est pas loin de l'économie illicite (trafic de drogue) mais on comprend qu'il ne s'agit ni de la même logique, ni des mêmes montants.
    La notion d'"économie informelle", souvent utilisée dans les pays en développement, recouvre un peu l'ensemble de ces trois aspects. La forme monétaire peut y être plus développée dans la mesure où les appareils statistique, voire les obligations légales (en matière de fiche de salaire par exemple) ne sont pas aussi contraignantes.
  4. Les prélèvements sur l'environnement (pollution…) ne sont pas comptabilisés, sauf s'il existe des mesures légales de dépollution. Il est rare, néanmoins, qu'elles couvrent le coût exact de la pollution.
    Dans la partie monétaire de l'indicateur, certaines dépenses ne permettent pas d'accroître le bien-être.
  5. Justement, les dépenses pour lutter contre la pollution n'accroissent pas directement le bien-être (mais ils en préservent la durée dans le temps). Il en est de même des dépenses d'assurance liées aux accidents de toutes sortes (automobile, incendie, inondations, etc.).
    Pour ces dernières dépenses, il faut remarquer néanmoins que, à PIB donné, ce qui est consacré à la reconstitution du capital (voiture neuve, reconstruction ou réparation des immeubles…) n'est pas dépensé ailleurs. D'une certaine manière, le PIB n'est pas plus élevé ni plus faible mais la satisfaction que l'on en retire n'est pas la même.
  6. Sans entrer dans le débat philosophique sur les besoins de l'homme, il faut noter que le bien-être retiré de certaines consommations ne manque pas de laisser perplexe. L'ennui, c'est que ce sont souvent les consommations des tiers (et non les consommations de l'observateur critique) qui sont ainsi considérées comme superfétatoires…

Les limites de l'indicateur de croissance dans sa représentativité

Le PIB ne donne pas une bonne idée des conditions de vie concrètes qui permettent de juger de la qualité de vie. La question est fondamentale car l'on connaît toutes les nuisances qui peuvent rendre la vie quotidienne pénible, depuis l'exposition au bruit jusqu'au sentiment de sécurité (voire la réalité de l'insécurité) en passant par ce qu'A. Sen appelle la "capabilité", c'est-à-dire la possibilité d'exprimer toutes les potentialités de sa personnalité et apporter ainsi sa part au rayonnement de la société.

Il existe des instruments de mesure pour bon nombre des paramètres qui empoisonnent ou qui améliorent la vie quotidienne. La difficulté est qu'il n'existe pas d'indicateur synthétique du Bonheur National Brut.

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