Politique monétaire


1. La production d'une monnaie honnête

Où l'on s'interroge sur les origines intellectuelles de la politique monétaire fondée sur la stabilité des prix et où l'on revient sur l'impasse dans laquelle conduisent les manipulations monétaires. Où l'on analyse le mouvement mondial de désinflation depuis un quart de siècle et où l'on s'interroge sur la responsabilité des politiques monétaires dans ce mouvement  

1.2. Les coûts économiques de l'inflation

Dossier réalisé par Matthieu Mucherie

"La fonction des prix et des salaires est moins de rétribuer les individus pour ce qu'ils ont fait que de leur dire ce qu'ils devraient faire dans leur propre intérêt comme dans l'intérêt général " : cette célèbre phrase de F. A. von Hayek suggère que l'inflation va principalement perturber l'économie via le brouillage des signaux de prix ; brouillage de ce qui existe (l'état présent de l'économie ou les balises) mais aussi et surtout brouillage de ce qui devrait être (les incitations ou les signaux). C'est un point qu'il ne faudra pas oublier car si l'on mesure bien les coûts de l'inflation liés au premier effet, il est plus délicat d'estimer les pertes liées au second.

Les coûts de l'inflation peuvent être classés selon le degré d'anticipation (cf. M. Edey, référence ci-dessous)

I/ Les coûts d'une inflation totalement anticipée (c'est-à-dire une inflation à laquelle les dispositifs institutionnels et contractuels sont complètement adaptés) proviennent de deux sources :

Cette inflation anticipée fonctionne comme une taxe sur les encaisses monétaires : les agents économiques vont réduire leurs encaisses réelles. Fischer (1981) estimait qu'une réduction de l'inflation de 10% aux Etats-Unis amène à long terme une augmentation de 0,3% du PIB (voir la rubrique "Données ").

Il existe des coûts de "réétiquetage " dus aux changements périodiques des prix (menu costs) mais ils sont délicats à mesurer et sans doute de moindre importance.

II/ Les principaux coûts de l'inflation sont dus au fait que dans la pratique les dispositifs institutionnels et contractuels sont mal adaptés : toute une gamme de transactions économiques vont être faussées.

1.    Inflation et fiscalité : du fait de la non indexation des systèmes fiscaux sur le mouvement des prix, on assiste à une escalade des taux (IR), à une surestimation des bénéfices imposables (IS) et à un encouragement donné au laxisme budgétaire (puisque les recettes croissent mécaniquement).

2.    Inflation et incertitude sur l'évolution des prix (niveau général des prix et prix relatifs) : l'inflation réduit le contenu informatif du système de détermination des prix et entrave la conclusion des contrats nominaux à long terme (par exemple, les dettes à long terme) ; l'incertitude se reflète sous la forme de primes de risque supplémentaires qui élèvent le coût du capital.

3.    Inflation et croissance : les effets négatifs de l'inflation sur l'accumulation du capital et sur la productivité globale des facteurs (PGF) peuvent réduire le taux de croissance de la production aussi bien que son niveau (voir le tableau de synthèse de l'OCDE dans la rubrique "Données ") ; on peut retenir l'étude de Barro (1995) qui conclut à la baisse de 0,02% à 0,03% de la croissance annuelle du PIB en cas d'élévation du taux d'inflation de un point de pourcentage[i] .


A noter que l'inflation peut se traduire par d'autres effets insidieux tels que le coût en ressources qu'entraîne la protection contre l'inflation, les effets redistributifs déjà analysés (cf. 1.1), mais aussi les problèmes extérieurs liés à l'arbitrage entre dévaluation et perte de compétitivité…

Enfin, le lien est très robuste entre le niveau de l'inflation et la difficulté à la contrôler : l'inflation élevée engendre une volatilité qui réduit sa prévisibilité et fait ainsi monter les primes de risque ; c'est pourquoi la formule "peu importe le niveau, pourvu qu'il reste stable ", qui peut s'appliquer aux taux de change, n'a pas de sens s'agissant de l'inflation.

Pour illustrer ces problèmes, nous avons choisis de présenter deux textes de Milton Friedman issus de Dollars and Deficits (traduction française sous le titre Inflation et systèmes monétaires). Ces textes, rédigés à une époque où l'inflation était forte et instable, illustrent bien le caractère pernicieux de l'inflation et en particulier les tentations qu'elle suscite (contrôle des prix, croyance en un arbitrage inflation-chômage…). Un texte de Jean-Paul Fitoussi vient ensuite clarifier la notion d'illusion nominale. Les estimations des coûts de l'inflation présentées dans la rubrique "Données " pourront être complétées et actualisées par la lecture de Lucas (2000), Inflation and Welfare, Econometrica. Enfin, les erreurs de prévision de l'inflation dans les années 1990 aux Etats-Unis par la Fed (voir les données issues de Brender et Pisani) illustrent le fait que, même en régime de basse inflation, et même de la part d'agents très "informés ", les mouvements de hausse des prix sont toujours très imparfaitement anticipés. Pour une étude montrant les difficultés liées aux prévisions d'inflation, on pourra consulter Cecchetti, Chu et Steindel (2000), The Unreliability of Inflation Indicators, dont les résultats sont reproduits en 3.3 dans la rubrique "Données ".


[i]  Pour une lecture des conclusions de Robert Barro en langue française sur cette question, voir Les facteurs de la croissance économique, une analyse transversale par pays, Paris, Economica (2000).

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