Dossier réalisé par Gilles Ferréol
Comme l'observait Jean Baechler dans l'une de ses contributions au Traité de sociologie publié en 1992 aux Presses universitaires de France sous la direction de R. Boudon, il convient ici d'être très attentif à la terminologie adoptée afin d'éviter amalgames et confusions.
Trois niveaux de réflexion peuvent être ainsi mis en évidence. La sodalité, en premier lieu, se réfère à la capacité humaine à fonder des groupes, définis comme des unités actives tels un couple ou une famille, une entreprise ou un syndicat, une Église ou une armée. Lorsque l'on raisonne cette fois en termes de réseaux ou de civilité et que l'on s'intéresse aux rapports qui s'établissent au sein d'une parenté ou d'un voisinage, d'un cercle ou d'un salon, le vocable le plus adéquat est celui de sociabilité. La socialité, enfin, désigne des morphologies, qu'il s'agisse de tribus ou de féodalités, de cités ou de nations, et renvoie à l'analyse des formes de solidarité.
L'étude des phénomènes de mobilisation s'inscrit dans ce cadre et intègre structures de contrôle et stratégies d'échange. Les premières sont de nature normative (intériorisation), coercitive (soumission), institutionnelle (délégation de pouvoir) ou "actionnelle" (participation) ; les secondes répondent à diverses finalités (inclusives ou exclusives). Envisagée, à la manière de Mancur Olson ou d'Albert Hirschman, dans une perspective "relationnelle", la combinaison de toutes ces variantes est alors susceptible de rendre compte des comportements d'exit ou de voice, de loyauté ou d'apathie.
La thématique du lien social est plus ambitieuse et attire notre attention sur les arbitrages entre "lumières universalistes", "engagements communautaires" et "libertés individuelles", la question centrale étant celle du "vivre ensemble" ou, dans le vocabulaire durkheimien, de l'intégration.
Au fur et à mesure que la conscience collective perd de son pouvoir de coercition et que les échanges se multiplient, la spécialisation des activités tend à s'imposer. Le droit n'est plus, dès lors, "répressif" mais "coopératif". Dans la mesure où elle conjugue complémentarité et interdépendance, cette parcellisation des tâches s'avère bénéfique, même si des "dysfonctionnements" sont toujours possibles (risques d'anomie, d'inadéquation ou d'incoordination).