Stratification sociale et inégalités


1. Les inégalités de revenu et la croissance

Où l'on s'interroge sur les relations entre les inégalités de revenu et la croissance. D'abord dans le long terme, en discutant de la capacité de la croissance économique à réduire mécaniquement les inégalités de revenus. Ensuite dans le moyen terme, autour du débat désormais classique entre équité et efficacité. Enfin, dans la relation entre revenus et patrimoines.

1.2. Inégalité des revenus et taux de croissance du revenu par habitant

Dossier réalisé par Christian Morrisson


Il s'agit d'étudier l'évolution des inégalités des revenus depuis la Seconde Guerre mondiale. La question de l'impact de la croissance sur les inégalités continue à être étudiée. Mais elle est désormais retournée sous la forme suivante : dans un monde où les inégalités extrêmes ont été considérablement réduites, sans être supprimées, il s'agit de savoir si une inégalité modérée suscite une croissance plus forte ou plus faible. Dans le premier cas, la croissance est la cause de la réduction des inégalités ; dans le second, un certain degré d'inégalités est susceptible de stimuler la croissance.

Une inégalité initiale modérée implique des écarts de salaire limités et par suite un capital humain abondant, ce qui est un facteur de croissance. Une inégalité initiale forte est liée à une part élevée des revenus du capital, cet élément peut favoriser l'investissement et par suite la croissance, mais cet effet n' a rien d'assuré (les revenus du capital peuvent être consommés, placés à l'étranger, et l'offre de fonds n'entraîne pas nécessairement un taux d'investissements élevé). De plus ces inégalités élevées suscitent des conflits politiques qui remettent en question l'appropriation privée des bénéfices de la croissance, ce qui entraîne moins d'investissements.

Une croissance rapide réduit le chômage, le sous-emploi et augmente les salaires par ses effets sur la demande de travail. Mais cette croissance favorise aussi les revenus des chefs d'entreprises qui se classent souvent dans les hauts revenus.

Ainsi, les deux relations, l'effet de l'inégalité sur la croissance et la relation inverse, sont complexes. Lorsque l'inégalité initiale est importante comme c'est souvent le cas dans les PVD, son impact sur la croissance s'avère défavorable ; il en va de même pour 8 pays européens du milieu du XIXème au XXème siècle étudiés par période de 20 ans.

En revanche dans les pays développés où l'inégalité est moins grande, et même parfois faible (Royaume-Uni et en Suède dans les années 1970), une politique inégalitaire passant par réduction des impôts directs et des transferts sociaux (Etats-Unis et au Royaume-Uni depuis les années 1980) n'a pas empêché une croissance plus rapide que dans les pays comme la France qui ont engagé au même moment une politique opposée.

Cette croissance plus rapide, notamment aux Etats-Unis, a eu un impact favorable en réduisant beaucoup le chômage. Ainsi une croissance dans un contexte initial inégalitaire peut avoir des effets positifs sur la distribution des revenus.

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