Où l'on montre que l'activité économique est naturellement soumise à des fluctuations économiques ; où l'on s'interroge sur la confiance que l'on peut accorder aux mécanismes autorégulateurs ; où l'on évalue l'opportunité de la régulation des cycles pour faciliter la croissance de long terme ; où l'on analyse la manière dont la politique budgétaire peut y contribuer.
Dossier réalisé par Gérard Thoris
Lorsque les économistes classiques s'interrogent sur le risque de crise, leur réponse négative s'inscrit tout entière dans la formule de Jean-Baptiste Say : "c'est la production seule qui ouvre des débouchés aux produits". La formule, pour être globalement correcte, peut néanmoins être discutée sous plusieurs angles.
En premier lieu, et c'est un point fondamental, la formule de Jean-Baptiste Say n'est valable que si l'argent distribué sous forme de salaires revient à l'entreprise en commandes de biens et services. C'est Thomas R. Malthus que, le premier, montrera les limites possibles de la formule et c'est John M. Keynes qui la systématisera avec la notion de préférence pour la liquidité. Chez cet auteur, la préférence pour la liquidité est immédiatement synonyme de thésaurisation, c'est-à-dire de sortie de liquidités du circuit économique. On comprend alors pourquoi l'injection de liquidités sous forme de dépenses publiques financées par la création monétaire est à la fois nécessaire et possible – c'est-à-dire non inflationniste. Cependant, avec la bancarisation, les liquidités ne sont plus thésaurisées mais constamment remises en circulation par les institutions financières. Les autorités politiques en prendront acte et, en France, c'est Raymond Barre qui, dans les années 1980, mettra fin au financement monétaire du déficit budgétaire.
Si elle permettait de comprendre qu'il n'y avait pas de crainte à avoir quant au bon fonctionnement du circuit économique, la théorie de Jean-Baptiste Say ne pouvait exclure l'existence de crises liées au partage du revenu entre consommation et épargne. Crise passagère, diront les classiques, puisque l'épargne d'aujourd'hui est utilisée pour l'investissement, c'est-à-dire pour la production future (cf. encore l'analyse de F. A. von Hayek en 1931), crise structurelle, dira Keynes, puisque la "loi psychologique fondamentale" veut que la consommation augmente moins vite que le revenu. Si, effectivement, la propension marginale à consommer est inférieure à la propension moyenne, on ne peut que craindre une insuffisance structurelle de la consommation. Celle-ci justifie en retour que les entrepreneurs diffèrent leurs investissements. L'épargne est excessive, le taux d'intérêt diminue et les ménages préfèrent la thésaurisation. Le débat sera repris après la Seconde guerre mondiale par James Duesenberry, Milton Friedman, Franco Modigliani. Chacun à sa manière montrera que l'épargne n'est pas excessive ou, ce qui revient au même, que la propension marginale à consommer est, a minima, égale à la propension moyenne. La politique budgétaire structurelle perdait ainsi son deuxième fondement structurel.
Avec le clôture de ces débats, la politique conjoncturelle a perdu une bonne part de ses lettres de noblesse. Elle n'en a pas perdu néanmoins sa nécessité. Simplement, celles-ci est beaucoup plus pragmatique et beaucoup moins politique. Lorsque la croissance est pénalisée par une épargne considérée comme excessive, il est toujours possible de réagir en proposant une redistribution des revenus des riches – supposés épargner – vers les pauvres – qui consomment normalement la totalité de leur revenu. Lorsque la croissance est pénalisée par la crainte des ménages face à la pérennité des régimes de retraite, l'argument précédent s'étiole. Combien plus lorsque les fluctuations de la conjoncture ont des causes strictement exogènes.
Chocs pétroliers, chocs technologiques, choc concurrentiels : de cette trilogie, le premier est le plus connu. C'est en effet le prototype du choc exogène, c'est-à-dire qui n'est pas commandé par l'interdépendance des mécanismes économiques. On peut globalement considérer qu'il y a eu trois chocs pétroliers en trente ans (1973, 1979 et 2000) et que le troisième est partiellement endogène à l'économie mondiale si l'on entend par là qu'il est le reflet de l'insertion de la Chine dans l'économie mondiale. La brutalité des deux premiers a posé la question d'une politique conjoncturelle contra-cyclique – c'était aussi l'époque où l'on croyait encore à la facilité d'une telle politique. Au contraire, le caractère progressif du troisième a permis aux entreprises de s'ajuster et n'a donné lieu qu'à une demande d'indemnisation de la part des ménages français.
Le choc technologique a commencé au début des années 1980, en liaison avec les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). Quant au choc concurrentiel, il ne cesse de se renouveler avec la concurrence par les "dragons" puis par les "tigres", puis par la Chine elle-même.
Ces trois chocs ont montré que, si des solutions conjoncturelles pouvaient atténuer leur ampleur, la solution relevait bien davantage de politiques structurelles (développement de la R&D, flexibilité des processus de production, etc.).
Dans leur "panorama des fluctuations cycliques", Denis Anne et Yannick L'Horty montrent qu'il existe une nouvelle vague de chocs exogènes qui tiennent à l'interdépendance des économies et qui peuvent avoir une forme keynésienne. Les politiques macro-économiques ont des effets sur les flux d'échanges et, donc sur la demande intérieure des pays exportateurs. De même, les fluctuations de change représentent aujourd'hui un facteur important d'instabilité macroéconomique qui joue sur les prix relatifs et donc sur l'offre compétitive. Là encore, une politique budgétaire stricto sensu ne représente pas une solution pertinente.
Pour terminer sur ce large éventail de points de vue, les attentats du 11 septembre 2001 ont eu de graves conséquences sur la confiance des agents économiques américains dans la sécurité de leur système. Voilà typiquement un choc exogène où la politique budgétaire discrétionnaire a pleinement sa place – et le président Bush Jr n'a pas hésité une seconde à l'utiliser.