Politique monétaire


1. La production d'une monnaie honnête

Où l'on s'interroge sur les origines intellectuelles de la politique monétaire fondée sur la stabilité des prix et où l'on revient sur l'impasse dans laquelle conduisent les manipulations monétaires. Où l'on analyse le mouvement mondial de désinflation depuis un quart de siècle et où l'on s'interroge sur la responsabilité des politiques monétaires dans ce mouvement  

1.1. Réfléchir en terme de "monnaie honnête"

Dossier réalisé par Matthieu Mucherie


Avant d'être une exigence technique/économique (liée aux pertes d'efficience induites par l'inflation, voir 1.2), la lutte pour une monnaie honnête est une exigence d'ordre public et, au-delà, une exigence morale. Ce point est souvent passé sous silence dans la littérature consacrée aux questions monétaires mais il suffit d'ouvrir un livre d'histoire (et en particulier un livre consacré à l'entre-deux-guerres) pour s'apercevoir que le caractère profondément malfaisant de l'inflation s'exerce surtout dans la sphère politique et sociale. En premier lieu, l'inflation divise la société entre gagnants (emprunteurs, décideurs publics…) et perdants (épargnants, salariés…). En conséquence, l'inflation provoque logiquement des troubles politiques entre ces catégories ; un exemple connu et aux conséquences tragiques nous a été donné par l'Allemagne en 1923. Finalement, il est illusoire de penser que l'inflation aide les plus démunis : les coûts de l'inflation sont supportés essentiellement par les pauvres, parce que ces derniers n'ont pas les moyens de diversifier leur patrimoine en acquérant des actifs insensibles à l'inflation. Contrairement aux apparences, l'inflation est sans doute l'un des impôts les plus régressifs.

Alors que la stabilité des prix ne trompe pas, l'inflation est toujours un mensonge, un masque ("L'inflation est l'œuvre du diable parce qu'elle respecte les apparences et détruit les réalités ", écrivait André Maurois). On peut bien entendu raisonner en économiste et analyser l'"illusion nominale " et la distinction entre changements relatifs et absolus des prix. Nous le ferons. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette perturbation des signaux de prix est entretenue par les autorités politiques qui se subordonnent les autorités monétaires. Les banques centrales ont été crées pour permettre à l'Etat de disposer d'un prêteur complaisant et, en échange de cette complaisance, l'Etat accordait le privilège du monopole de l'émission de monnaie. Comme les historiens l'ont montré[i], la monnaie d'Etat est depuis toujours une monnaie de faux-monnayeurs liée au droit de seigneuriage.

Ce point est fondamental : la monnaie d'Etat est, dans une démocratie, une sorte de contrat implicite entre le peuple et ses décideurs. L'inflation est une taxation sans représentation. Elle est donc anti-démocratique par nature[ii].

Nous présentons à l'appui du raisonnement en termes moraux un texte d'un pasteur malicieux publié par la Fed de Dallas ; ce texte s'écarte parfois du raisonnement strictement économique mais il présente l'avantage d'être à la fois stimulant intellectuellement et très révélateur d'un certain état d'esprit outre-Atlantique. Un texte de Milton Friedman éclaire le lecteur sur la responsabilité écrasante des décideurs politiques dans ce phénomène dont ils sont les premiers bénéficiaires. Knut Wicksell la résume admirablement dans les termes suivants :

“But, with regard to money, everything is determined by human beings themselves, i.e. the statesmen, and (so far as they are consulted) the economists; the choice of a measure of value, of a monetary system, of currency and credit legislation – are all in the hands of society, and natural conditions (e.g. the scarcity or abundance of the metals employed in the currency, their chemical properties, etc.) are relatively unimportant. Here, then, the rulers of society have an opportunity of showing their economic wisdom – or folly. Monetary history reveals the fact that folly has frequently been paramount; for it describes many fateful mistakes. On the other hand, it would be too much to say that mankind has learned nothing from these mistakes.” Knut Wicksell (1935), p. 3-4

 

[i ] On pense en particulier à Georges Le Rider dans La Naissance de la monnaie.
[ii]   Pour une analyse liant la représentation et le pouvoir fiscal depuis la Magna Carta, voir Gabriel Ardant, Histoire de l'Impôt.

 

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