Sources et limites de la croissance


1. La croissance définitions et limites

Où l'on s'interroge sur ce que recouvre l'expression "croissance économique" à partir de la notion de valeur ajoutée. Où l'on montre toute la pertinence de cette notion en tant qu'indicateur synthétique de niveau de vie et, en même temps, toutes ses insuffisances. Où l'on présente la notion complémentaire de "développement", l'ambiguïté de sa relation à la croissance, les indicateurs qui lui sont associés.

1.1. La mesure de la croissance

Dossier réalisé par Marc Hervelin et Jacques Bouchoux


"La croissance est définie par l'accroissement durable de la dimension d'une unité économique, simple ou complexe, réalisé dans des changements de structure et éventuellement de système, et accompagné de progrès économiques variables". Cette formule de François Perroux (L'économie du XX° siècle, Paris, PUF, 1961, note 1, p. 408) exprime très bien le champ des relations entre "croissance, changement social et développement". Il suffit d'en reprendre les termes.

  1. La croissance est un phénomène durable ; elle se distingue bien de l'expansion. Selon le même auteur, et conformément à la théorie des cycles, l'expansion est "l'accroissement temporaire et réversible de quantités économiques lié aux mouvements courts de la conjoncture".
  2. La croissance est "réalisée dans des changements de structures".
    Voyons d'abord ce que sont les structures. On dira avec Fritz Machlup (Essai de sémantique économique, Paris, Calmann-Lévy, 1971, p. 151) qu'il s'agit des "variables et relations économiques dont le changement lent est utile à l'explication des processus à transformation plus rapide". Le mieux, et pour faire simple, consiste à renvoyer à la structure sectorielle de la production (agriculture, industrie, services) ou aux structures industrielles (degré de concentration, etc.).
    La formule de François Perroux signifie que certains changements de structure sont une condition nécessaire de la croissance : en ce sens, la croissance "nécessite des changements de structure". Ces changements sont analysés dans la partie "les sources préalables à la croissance". En même temps et parallèlement, la croissance secoue les vieilles structures et les transforme, tantôt lentement, tantôt brutalement : c'est en ce sens que l'on parle de révolution industrielle. Le travail essentiel de l'économiste comme du sociologue, consiste à analyser ces changements de structure. Si chacun d'entre eux a sa propre boîte à outils, il est évident que la réalité imbrique souvent fortement les aspects économiques et sociaux d'une même phénomène. D'où la spécificité et l'intérêt d'un programme de sciences économiques et sociales.
  3. La croissance est éventuellement réalisée "dans des changements de système".
    On parle de système à propos des "institutions qui conditionnent l'accomplissement des fonctions économiques fondamentales". Cette formule, encore reprise de François Perroux, ne serait pas démentie par Karl Marx. Ce dernier a tellement annoncé que le développement même de l'accumulation capitaliste obligerait à passer du "système capitaliste" au "système socialiste". Il serait d'ailleurs intéressant de pointer toutes les transformations institutionnelles qui sont allées dans le sens de la socialisation des relations humaines et, pour n'en citer qu'une, le passage du contrat individuel au contrat collectif de travail. Ce mouvement de transformation des institutions ne paraît d'ailleurs jamais fini et il n'est pas toujours linéaire.
  4. La croissance est "accompagnée de progrès économiques variables"
    C'est une question très discutée de savoir si la croissance apporte, au moins, les conditions matérielles du bonheur. Notons simplement à ce stade que tout dépend de ce que l'on appelle "progrès économique". Pour suivre encore François Perroux, il s'agit de "la propagation aux moindres coûts humains, à la vitesse optimum, de la nouveauté, au sein d'un réseau d'activités dont le sens, la signification deviennent accessibles à tous". Chaque mot compte et il n'est pas difficile d'en trouver l'application avec l'Internet et la notion de "fracture numérique", à condition de bien comprendre que, sous cet angle, c'est moins une question de coût que de sens.

Malgré cette définition pleine de subtilités, la croissance est souvent ramenée à "la capacité permanente d'offrir à une population en augmentation, une quantité accrue de biens et services par habitant". Cette définition de Simon Kuznets (Population, Capital and Growth, New York, p. 1-2) renvoie tout simplement à la création d'un indicateur qui puisse servir de base à la mesure de la croissance.

La mesure de la croissance

  • Ce qui croît, c'est la valeur ajoutée définie comme la différence entre le chiffre d'affaires et les consommations intermédiaires. Cette notion n'est pas utilisée dans la comptabilité d'entreprise. Néanmoins, elle a une signification intuitive évidente pour peu que l'on se souvienne que la consommation est une opération de "destruction économique" d'un bien. Ainsi, tout ce qui est transformé (l'acier pour la production d'une automobile) ou qui disparaît (l'électricité pour le fonctionnement des machines) dans le processus de production fait partie des consommations intermédiaires.
  • Cette valeur ajoutée est ensuite distribuée entre ce qu'il est convenu d'appeler les "parties prenantes" de l'entreprise :
    1. Le travail sous la forme de "rémunération des salariés"
    2. Le capital sous la forme d'"excédent brut d'exploitation"
      Cette rémunération du capital bénéficie aux propriétaires (dividendes…), aux prêteurs (intérêts…) et à l'Etat lui-même (impôts courants sur le revenu et le patrimoine). Les propriétaires peuvent être des salariés, y compris grâce aux différentes formules d'intéressement…
    3. L'Etat, à nouveau, sous la forme d'"impôts sur la production et les importations nets de subventions d'exploitation versées" soit les impôts indirects…
    Cette présentation suppose de raisonner à prix constant. Si le prix des biens produits diminue, du fait de la concurrence ou du progrès technique, on peut dire que la valeur ajoutée est redistribuée directement aux consommateurs. En tous cas, elle n'est plus disponible pour les trois agents économiques présentés ci-dessus (ménages, entreprises, administrations publiques).
  • Ces revenus issus de la valeur ajoutée (rémunération des salariés, dividendes) sont ensuite dépensés ou épargnés. D'un point de vue macroéconomique, l'épargne est placée pour être investie.

Ce raisonnement de nature microéconomique peut être transposé au niveau macroéconomique : le Produit Intérieur Brut (PIB) est alors la somme des valeurs ajoutées. Il peut être également présenté sous forme de somme de revenus et de somme de dépenses.

En conclusion, la croissance économique est usuellement mesurée par l'évolution du PIB.

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