Où l'on s'interroge sur la place et le rôle du conflit dans le fonctionnement de la société ; où l'on montre les conditions d'émergence de la conscience de classe ; où l'on se penche sur la signification des conflits qui ne seraient plus que d'intérêts catégoriels. Où l'on s'interroge sur les nouveaux mouvements sociaux ; où l'on montre la multiplication des mobilisations ponctuelles ; où l'on se penche sur les règles d'efficacité de l'action collective.
Dossier réalisé par Pierre Demeulenaere
Une grande part de la tradition d'analyse des sciences sociales s'est constituée à partir de l'analyse des conflits sociaux, notamment des conflits liés au travail. Alors que, d'un côté, Auguste Comte, prolongé par Durkheim et plus tard Parsons décrivait la société comme liée à une exigence de consensus central, l'analyse de Marx a insisté sur le caractère conflictuel de la vie sociale, à partir notamment des relations de production. L'analyse marxiste a eu de surcroît le destin exceptionnel de se transformer elle-même en force sociale, par l'attrait qu'elle a représenté pour des générations de militants ouvriers, syndicaux ou intellectuels : elle est devenue ainsi un acteur même de la vie sociale, dans la mesure où les représentations de Marx, de manière simplifiée ou fidèle étaient perçues comme pertinentes par les acteurs.
Les sciences sociales ont ensuite insisté sur la pluralité des formes de conflit, notamment du fait de la pluralité des formes de pouvoir, et leur irréductibilité à une opposition binaire entre deux groupes sociaux antagonistes. Toujours est-il que l'analyse du conflit demeure un des objectifs centraux des sciences sociales, dans la mesure où il apparaît d'une part qu'il n'y a pas d'évidence d'une harmonie complète des intérêts entre tous les membres de la vie sociale, et que d'autre part les représentations des acteurs expriment souvent un désaccord sur les valeurs plutôt qu'un consensus complet.
La question est alors de savoir qui est engagé par de tels conflits d'intérêts, et quelles sont ces modalités, notamment du point de vue de l'évolution historique. Si l'analyse classique s'était intéressée à la question de savoir si, à partir de situations sociales similaires, il pouvait y avoir un passage à une « conscience commune » de classe, la diversification des formes de travail, ainsi que le développement des valeurs individualistes et la tendance à l'augmentation du niveau de vie pose le problème de la continuité de cette problématique. Ceci a une incidence directe sur le syndicalisme, qui ne peut avoir la même signification suivant qu'il est perçu comme le représentant d'une classe sociale ou suivant qu'il est défini comme le défenseurs d'intérêts catégoriels dans une société complexe.